La vogue des cosmétiques maison

Corps et âmesDe plus en plus de consommateurs fabriquent eux-mêmes leurs produits de beauté.

Gabrielle Favre donne toute l’année des cours pour apprendre à confectionner des crèmes, shampoings et autres cosmétiques naturels.

Gabrielle Favre donne toute l’année des cours pour apprendre à confectionner des crèmes, shampoings et autres cosmétiques naturels. Image: Georges Cabrera

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Adieu produits chimiques et bonjour hydrolats, poudres et huiles végétales. Le marché des produits labellisés verts est en pleine croissance, mais la mode est aussi aux cosmétiques naturels «faits maison». Si par le passé, faire soi-même ses produits était surtout une activité récréative, cette pratique prend de l’ampleur. On ne compte plus les blogs, les comptes Instagram spécialisés et les recettes disponibles sur Internet. Le débat sur les perturbateurs endocriniens contenus dans certains soins vendus en grande surface et les arguments écologiques font aussi grossir les rangs du «do-it-yourself».

La marque star: Aroma-Zone

Sur les étals de la pharmacie Bédat, on mesure l’engouement. Plusieurs centaines de produits naturels bruts et des ustensiles estampillés Aroma-Zone occupent le quart de l’espace. La pharmacie genevoise est le seul distributeur agréé de la marque Aroma-Zone. Cette entreprise française a été fondée en 1999 et frôlait en 2017 les 60 millions d’euros de chiffre d’affaires. Résultat, à l’angle du boulevard James-Fazy, les clients de tous âges se pressent pour acheter des eaux florales, de la poudre d’orange ou de l’aloe vera pour se concocter des soins.

L’idée de se tourner vers le naturel vient de Cathy Bédat: «J’adorais les cosmétiques, mais ma peau réagissait mal aux produits conventionnels, se souvient la responsable de la partie parapharmacie. Je souffrais d’eczéma et de couperose, c’était un cercle vicieux terrible. Il y a deux ans, j’ai découvert les produits Aroma-Zone, certifiés bio par Ecocert, qui ont sauvé ma peau. En parallèle, je suis tombée à la télévision sur Gabrielle Favre, qui présentait une recette de crème de jour. Cela a d’abord été une rencontre personnelle avant de devenir une collaboration professionnelle. Elle avait la licence Aroma-Zone pour enseigner et nous la possibilité de vendre des produits, une activité qui ne l’intéresse pas. On se complétait parfaitement.» À la pharmacie Bédat, les commandes de marchandise auprès du fournisseur sont passées en deux ans de 200 articles par semaine à 600.

Gabrielle Favre, qui a fondé l’entreprise Formule Nature, anime, elle, des cours plusieurs fois par mois, mêlant théorie et pratique, dans un atelier au-dessus de la pharmacie, quand elle n’enseigne pas à l’École-club Migros. Cette thérapeute de métier de 53 ans, qui s’est formée par la suite en cosmétique naturelle, accueille à chaque cours environ six participants. Elle leur apprend à fabriquer shampoing solide, baume à lèvres ou encore déodorant.

Le succès est là: «Les cosmétiques maison suivent la même tendance que le slow food». Les trois produits indispensables à avoir, selon elle? De l’huile de jojoba, pour se démaquiller ou nourrir la peau et les cheveux, de l’eau florale de lavande et une cire. «Avec ces trois ingrédients, on peut déjà faire des crèmes et des laits très intéressants», précise-t-elle. Comment expliquer ce succès? «Les gens deviennent plus critiques et méfiants envers les produits vendus en grande surface. Tous les âges viennent à mes cours, mais surtout des jeunes entre 20 et 30 ans. Faire soi-même ses produits de beauté n’est plus réservé aux soixante-huitards ou aux enterrements de vie de jeune fille.»

Shampoings trois fois moins cher

Les mentalités changent, mais la formatrice regrette que le corps médical ne suive pas le mouvement: «Les dermatologues nous rient encore bien souvent au nez, et c’est dommage.» Naïda fait partie des convaincus. Cette étudiante en naturopathie de 27 ans a commencé à fabriquer ses produits de beauté il y a huit mois: «Je sais dorénavant ce que je mets sur mon visage et sur mes cheveux. Et l’économie financière n’est pas négligeable.» Selon Gabrielle Favre, un shampoing solide fait maison coûterait près de trois fois moins que certains de leurs équivalents bios du commerce.

Le bio et le fait maison ne sont toutefois pas dénués de dangers. «Il faut être particulièrement vigilant notamment avec les huiles essentielles, qui sont extrêmement condensées, précise Gabrielle Favre. Il faut informer et souvent freiner les clients qui veulent acheter beaucoup et s’essayer rapidement à des recettes complexes. Mon conseil: commencer par des recettes simples et en petite quantité, pour ne pas gaspiller. Et méfiez-vous des recettes dénichées sur Internet, on trouve de tout!» Prochaine initiation aux cosmétiques naturels: vendredi 24 août 2018 de 9 h à 17 h, pharmacie Bédat, sur inscription sur le site formule-nature.ch


Sept règles d’or pour réaliser ses cosmétiques maison

Faire ses propres cosmétiques naturels présente de nombreux avantages écologiques, économiques et pour notre santé. Quelques règles de base doivent toutefois être respectées.

1. Choisir des matières de première qualité Privilégiez les matières premières végétales et bios. Il est aussi important de connaître son type de peau.

2. Une hygiène parfaite est requise Lavez-vous les mains avant et après avoir manipulé les ingrédients. Les surfaces et tous les récipients utilisés, qu’ils soient en métal ou en verre, doivent être nettoyés et stérilisés. Pour cela, on les fait bouillir durant cinq minutes ou on utilise de l’alcool à 70 degrés, avant de les faire sécher sur un torchon propre.

3. Préférez des ustensiles en inox Utilisez des ustensiles en acier inoxydable pour réaliser les mélanges et conservez vos cosmétiques faits maison de préférence dans des flacons en verre propres et teintés pour les protéger de la lumière.

4. Restez prudent avec les huiles essentielles Les huiles essentielles sont des concentrés d’actifs très puissants. Il convient de les utiliser avec précaution et de respecter les dosages indiqués. Les huiles essentielles sont à proscrire si vous êtes enceinte ou allaitante, épileptique, asthmatique ou si vous souffre d’un cancer hormono-dépendant.

5. Préparez de petites quantités Si les produits cosmétiques faits maison contiennent souvent des conservateurs naturels, leur durée de conservation est moindre que ceux du commerce. Ils nécessitent parfois d’être maintenus au frais. Indiquez sur une étiquette la date de fabrication et la durée de conservation conseillée dans la recette.

6. Réalisez un test Effectuez un essai cutané sur une petite partie de votre corps (à l’intérieur du bras par exemple), avant de l’appliquer ailleurs. Patientez ensuite 48 heures pour observer les possibles réactions.

7. Surveillez l’aspect du produit Jetez votre préparation à la moindre formation de moisissure ou au moindre changement d’aspect (couleur, odeur, texture, etc.). (24 heures)

Créé: 11.08.2018, 10h42

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L’avis de la dermatologue

«Attention aux risques d’allergie!»

Ancienne cheffe de clinique responsable du service d’hospitalisation et de l’unité plaies et cicatrisation aux HUG, la doctoresse Neda Barouti supervise le service de dermatologie de la Clinique Rive Gauche à Genève. Selon elle, fabriquer ses cosmétiques n’est pas sans danger.

Y a-t-il des risques à confectionner ses propres cosmétiques?

Effectivement, il y a des risques, car la peau est un organe très particulier avec un environnement hyperdélicat. Choisir et calculer les proportions des ingrédients pour un produit cosmétique est un travail qui peut prendre des années, même pour les grands laboratoires. De plus, les tests allergiques et bactériologiques ne sont pas effectués, induisant ainsi des risques importants d’allergies de contact et d’infections.

Quelles sont les précautions à prendre?

Chaque personne a une peau différente. Pour cette raison, une même recette ne peut pas fonctionner pour tous. Le fait d’utiliser des produits n’ayant pas suivi les contrôles de qualité spécifiques au domaine de la santé peut entraîner plus facilement des problèmes de sensibilité, d’allergie, d’acné, d’eczéma et d’infection sur la peau.

Quel regard portez-vous sur le nombre important de sites et comptes sur les réseaux sociaux qui diffusent des recettes «do-it-yourself»?

En les consultant, les personnes doivent garder en tête que les recettes «do-it-yourself» non fournies par un professionnel et non approuvées et contrôlées par des organisations sanitaires reconnues (la FDA aux États-Unis, l’EMA et le marquage CE en Europe) peuvent toujours déclencher diverses réactions. Pour cette raison, les études menées par les laboratoires sur un grand nombre de personnes sont indispensables et permettent d’éviter des réactions parfois imprévisibles et d’importantes infections.

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