Vivez sainement, vous vivrez douze ans de plus

SantéUne recherche menée aux États-Unis montre que les Américains peuvent espérer vivre 12 à 14 ans de plus s’ils ont une bonne hygiène de vie. Le constat est identique en Suisse.

Un mode de vie sain contribue, encore plus que l’accès aux soins, à la longévité.

Un mode de vie sain contribue, encore plus que l’accès aux soins, à la longévité. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

On le sait: si l’on veut vivre longtemps, mieux vaut remplacer le tabac, l’alcool et le sucre par des fruits, des légumes et du sport. Mais combien d’années de vie pourrait-on y gagner? Une étude réalisée par des chercheurs de l’Université Harvard et publiée dans «Circulation», le journal de l’association américaine de cardiologie, fournit une réponse. Les adultes américains qui suivent les conseils de base de la prévention voient leur espérance de vie augmenter de 12,2 ans pour les hommes et de 14 ans pour les femmes, en comparaison de leurs concitoyens moins vertueux.

Les chercheurs de Harvard ont obtenu ce résultat en analysant notamment les données de plus de 100 000 personnes actives dans le secteur de la santé. Celles-ci ont été suivies sur plusieurs dizaines d’années et ont répondu à des questionnaires sur leur comportement. Si les conclusions ne sont pas surprenantes, l’étude est intéressante par son ampleur. «Nous avons beaucoup plus de recherches sur les médicaments, notamment grâce au financement de l’industrie pharmaceutique, que sur le mode de vie», explique Nicolas Rodondi, chef de la policlinique médicale et responsable de la consultation des lipides à l’Hôpital de l’Île, à Berne. «Et ce qui nous manque vraiment, ce sont les études qui comparent ces deux solutions pour savoir laquelle fonctionne le mieux.»

Pas d’étude en Suisse

Une telle enquête n’a jamais été réalisée en Suisse. Selon les experts, la tendance y serait la même qu’aux États-Unis. «Avec une marge de manœuvre probablement un peu moins importante car notre style de vie est globalement meilleur», précise Nicolas Rodondi. Une vie saine permet surtout de prévenir les maladies non transmissibles – dont les maladies cardiovasculaires et le cancer, qui restent les principales causes de décès dans notre pays.

Mais ne vaudrait-il pas mieux décéder à 75 ans que de traîner des maladies jusqu’à 90 ans? L’enquête américaine ne dit rien sur les années de vie en bonne santé gagnées. Catherine Favre Kruit, membre de la direction de Promotion Santé Suisse, souligne néanmoins qu’«un comportement sain n’augmente pas uniquement l’espérance de vie, il en améliore la qualité».

François Mach, spécialiste en cardiologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), complète: «On ne peut évidemment pas choisir telle ou telle maladie qui entraînera notre propre mort. Mais les personnes obèses, par exemple, deviennent souvent diabétiques et passent beaucoup de temps à l’hôpital. Ces maladies chroniques peuvent durer des années.»

Garantir l’accès aux soins

Le constat posé, que faire? Les chercheurs de Harvard ne veulent pas seulement influencer les comportements individuels. Ils souhaitent sensibiliser les politiciens. Le système de santé américain a mis l’accent sur la découverte de médicaments et de traitements. Pourtant, l’espérance de vie y est inférieure à celle d’autre pays riches (voir l’infographie). Pour les experts, il est donc essentiel d’insister sur la prévention.

En Suisse aussi, la question de la prévention revient à chaque fois qu’une législation sur le tabac ou l’alcool est débattue. En 2012, le parlement avait enterré une loi nationale qui devait chapeauter la promotion de la santé. Les élus avaient estimé que cette question était de la responsabilité de chacun et qu’il ne fallait pas empiéter sur les compétences des cantons. Depuis, une stratégie nationale de prévention des maladies non transmissibles a été mise en place pour les années 2017-2024, sachant qu’elles entraînent 80% des coûts de la santé.

«Une partie de la longévité actuelle est liée au fait que la Suisse est un pays riche qui garantit un bon accès aux soins»

Est-ce suffisant? Catherine Favre Kruit souligne que «2,4% de nos dépenses de santé étaient allouées à la prévention en 2015, contre 2,8% pour la moyenne des pays de l’OCDE». La Suisse n’en affiche pas moins l’une des espérances de vie les plus élevées au monde. «Une partie de la longévité actuelle est liée au fait que la Suisse est un pays riche qui garantit un bon accès aux soins», réagit François Mach. Si un jour notre PIB baissait, cette espérance de vie risquerait de diminuer.

«En augmentant la prévention, nous pourrions de toute manière faire encore mieux», assure le cardiologue des HUG. Il rappelle le succès de l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Aux Grisons, les infarctus avaient reculé de 21% deux ans après l’entrée en vigueur de cette mesure. Aux HUG, les hospitalisations pour BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive) décompensées ont baissé de 46%. (24 heures)

Créé: 12.05.2018, 09h07

Cinq pistes

La recette d’une longue vie tient en cinq points, rappellent les chercheurs américains:

Alimentation

Manger sainement.

Alcool

Boire modérément (5 à 15 g par jour pour les femmes, 5 à 30 g pour les hommes, sachant qu’un verre de vin de 1 dl en contient environ 12 g).

Tabac

N’avoir jamais fumé.

Sport

Effectuer au moins trente minutes d’activité physique par jour.

Masse corporelle

Conserver un indice compris entre 18,5 et 24,9 kg. Pour le calculer, il s’agit de diviser son poids en kilos par le carré de sa taille en mètres. C.Z.

Encourager les gens plutôt que les faire culpabiliser

Plusieurs progrès ont été enregistrés en Suisse sur le front de l’hygiène de vie. L’indice de masse corporelle des petits enfants diminue et celui des ados est stabilisé (même s’il est à un niveau élevé). La consommation d’alcool baisse. La proportion de fumeurs s’est réduite jusqu’en 2010 et stagne depuis autour de 25% de la population.

Ces indicateurs sont positifs à plus d’un titre. «Contrairement aux médicaments, les changements de comportement n’ont pas d’effets secondaires et ils agissent sur la prévention de plusieurs types de maladies», souligne Nicolas Rodondi, chef de la policlinique médicale à l’Hôpital de l’Île, à Berne. Mais les conseils de base ont beau être rabâchés, nous avons de la peine à les appliquer et l’évolution prend du temps. «Pour les médecins aussi, c’est plus rapide de prescrire une pilule», ajoute Nicolas Rodondi.

Comment faire davantage? Le premier constat est qu’il vaut mieux encourager que culpabiliser. «L’étude américaine, par exemple, prend en compte les gens qui n’ont jamais fumé, relève le cardiologue genevois François Mach. Il serait plus intéressant de leur montrer tout ce qu’ils peuvent gagner en arrêtant.» Et puis, la prévention ne vise pas seulement à éduquer le public. Il s’agit aussi de faciliter l’accès à une vie saine, avec des programmes comme Pédibus, le label Fourchette verte, les parcours fléchés permettant de se promener en ville ou les programmes de promotion du sport. Autre signe encourageant, selon le Genevois: le fait que l’interdiction de fumer dans les lieux publics est entrée dans les mœurs montre que nous pouvons changer.

Aux professionnels de la santé qui préconisent une politique plus active, Philippe Nantermod (PLR/VS) rappelle que nous avons pris la bonne direction. Pour soutenir ces efforts, le conseiller national croit davantage aux mesures prises par les assurances-maladie, dont certaines promettent des rabais à ceux qui respectent des règles de vie saine. La conseillère aux États Liliane Maury Pasquier (PS/GE), elle, insiste sur un point qui n’est pas étudié par les chercheurs américains: l’influence de l’origine sociale. Une recherche réalisée à Berne a montré que, dans une même région, l’espérance de vie passe de 83 à 78 ans suivant que l’on vit dans un quartier aisé (Kirchenfeld) ou pas (Bümpliz). D’où l’importance, pour la Genevoise, de mener des campagnes ciblées et d’agir sur l’environnement et les conditions de vie de ces populations.

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 6

Une irlandaise remet les coucous à l'heure, publié le 18 août
Plus...