Des marraines d'allaitement à la rescousse des mères de prématurés

SantéLe Service de néonatologie du CHUV organise des rencontres entre mamans d’enfants nés avant le terme. Le but: créer un lien entre des femmes qui vivent la même épreuve.

Vidéo: @SAM-CHUV

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«En ce moment, je tire 700 millilitres de lait par jour.» «Waouh bravo!» «Joli!» Autour d’une table garnie de fruits et de sandwiches, les petits succès de Nastasia, jeune mère de famille, suscitent beaucoup d’enthousiasme. Elle trouve une écoute attentive auprès d’autres mères qui connaissent les mêmes difficultés qu’elle.

Depuis octobre 2016, le Service de néonatologie du CHUV a mis en place les réunions «Cafés-Au-Lait». Une fois par semaine, pendant une heure, des mamans bénévoles se tiennent à disposition pour parler d’allaitement avec les mères de bébés nés prématurément ou ayant eu des problèmes à la naissance.

«Nous nous focalisons en priorité sur ces mamans car elles et leurs nouveau-nés sont dans des situations particulièrement vulnérables, tant émotionnellement qu’au niveau de leur santé», explique Céline Fischer Fumeaux, médecin associée responsable de l’Unité de soutien à l’allaitement.

«Pour monter ce projet, nous nous sommes basés sur une étude américaine qui établit le lien entre le «marrainage» et la poursuite de l’allaitement: quand une femme est accompagnée par une consultante en lactation, ses chances de continuer à allaiter augmentent. Mais quand une professionnelle et une marraine l’accompagnent dans sa démarche, la probabilité de continuer à allaiter monte en puissance», selon Céline Fischer Fumeaux (voir encadré).

L’Unité de soutien à l’allaitement a lancé ces rencontres en octobre 2016 en s’inspirant d’autres pays, comme le Canada, où ce type de groupe est très implanté.

Discussion non médicalisée

Pour Cristina Guillet, coresponsable des marraines, la rencontre «entre pairs» est importante: «La discussion n’est pas médicalisée, ce qui permet aux participantes de se livrer davantage qu’avec le personnel soignant car elles se sentent plus en confiance.» Elle poursuit sur l’importance du soutien en général: «Allaiter peut prendre beaucoup d’énergie et peut être difficile pour les mamans. Ce n’est pas forcément quelque chose d’intuitif.» Les marraines sont recrutées par le CHUV sur la base de leur intérêt et de leur passage en néonatologie, cela afin qu’elles aient une expérience partagée avec les jeunes mamans qu’elles conseillent. «On leur demande également d’avoir une expérience positive de l’allaitement, peu importe combien de temps et la manière dont elles l’ont fait», précise Cristina Guillet.

Écoute attentive

Autour d’un thé ou d’une tisane de fenouil (réputée pour faire monter le lait), on échange des conseils d’ordre plus affectif que technique. «J’ai appris qu’il faut absolument apprendre à se faire confiance, car le moral joue beaucoup sur l’allaitement. Les montagnes russes émotionnelles, c’est normal au début», rassure Anne-Christine, une des deux marraines présentes le jour de notre visite. Et de rassurer une jeune maman présente sur le poids de son enfant à la naissance: «Ma fille faisait 1,6 kilo quand elle est née prématurément à 31 semaines.» Elle écarte les bras: «Aujourd’hui, je vous laisse imaginer comme elle est grande!»

Côté pratique, on se donne aussi des astuces sur les brassières adaptées aux tire-lait et sur les différents groupes de soutien de la région.

Deux mamans sont en quête de soutien ce jour-là. Elles ont accouché trois semaines auparavant et partagent leur vécu. Et les langues se délient vite: «Pour mon premier enfant, le médecin m’a dit que je n’avais plus rien à bouffer dans mes seins!» s’exclame Nastasia. Cette maman d’un petit garçon prématuré est venue ce jour-là pour partager son histoire et écouter celle des autres. «J’ai eu une expérience d’allaitement un peu difficile par le passé, c’est donc important d’en parler. Mais aujourd’hui, je suis aussi là pour recevoir deux, trois tuyaux».

Pour Fatime, qui a accouché récemment de triplés, la rencontre a été bénéfique: «Je suis heureuse d’être près de mes enfants, mais je passe mes journées seule au CHUV. Mon mari travaille et je connais peu de monde ici. Psychologiquement, ça m’a fait beaucoup de bien d’avoir pu écouter les expériences des autres.» (24 heures)

Créé: 04.03.2018, 08h20

Le CHUV recherche des marraines

Votre enfant est un bébé prématuré de moins de 37 semaines? Vous l'avez allaité?Cet expérience a été positive pour vous et vous aimeriez partager cela avec une maman ayant un bébé prématuré en acceptant de la rencontrer au minimum une fois par semaine pour la soutenir?

Si vous répondez par oui à ces questions et que vous souhaitez devenir mère accompagnante, rendez vous sur cette page ou écrivez un mail à l'adresse nat.allaitement@chuv.ch

Le CHUV s'intéresse aux mères accompagnantes

Une consultante en lactation, plus une maman accompagnante: voilà la formule gagnante pour favoriser significativement la poursuite de l’allaitement, selon une étude américaine. Mais le contexte culturel et social n’est pas le même outre-Atlantique que sous nos latitudes. C’est la raison pour laquelle une recherche similaire sera menée dans dix centres hospitaliers européens entre la Suisse, la France et la Belgique. Le CHUV en fait partie et lancera l’enquête de terrain à l’automne 2018.

«Le peer support, soutien par les pairs, est une pratique très répandue dans le monde anglo-saxon, que ce soit pour l’allaitement ou dans d’autres domaines. Nous souhaitons vérifier, sur des bases scientifiques, si on constate le même bénéfice ici», explique Céline Fischer Fumeaux, médecin au Service de néonatologie. «Nous irons plus loin que les «Cafés-Au-Lait» et proposerons un marrainage en tête-à-tête et qui s’étend au-delà du contexte hospitalier, continue-t-elle.

La marraine rencontrera la maman soutenue avant l’accouchement, durant l’hospitalisation et après son retour à la maison.» La participation à ce projet s’inscrit dans la politique de la maternité, qui promeut l’allaitement en tant qu’enjeu de santé publique.

«Notre but est de soutenir les femmes dans leur allaitement, tout en respectant celles qui n’allaitent pas», précise la doctoresse. Une perspective long terme serait d’élargir le marrainage aux mamans de bébés nés à terme. «Mais ce n’est pas pour tout de suite.»

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