Le sperme des Suisses est de mauvaise qualité

SantéUne étude universitaire menée sur 2523 jeunes montre que la qualité de sperme globale est «critique» et peut affecter leur fertilité future.

Les causes pouvant affecter la qualité du sperme représentent un champ qui reste à explorer.

Les causes pouvant affecter la qualité du sperme représentent un champ qui reste à explorer. Image: DR

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L’acte si naturel de la reproduction deviendra-t-il un jour une opération artificielle en laboratoire pour pallier l’impuissance des organismes? C’est sûrement alarmiste. N’empêche, la santé reproductive craint pour son avenir. L’infertilité – l’inaptitude de concevoir après une année de rapports réguliers – touche de manière égale les hommes et les femmes. Parmi les causes: des femmes qui enfantent plus tard – la fertilité baisse dès 35 ans – et le nombre de spermatozoïdes par millilitre qui a diminué de moitié en cinquante ans dans le monde. Entre 2000 et 2010, l’infertilité a fait doubler le nombre de couples recourant à la procréation médicalement assistée (de 3000 à 6000 par an) en Suisse.

Dans ce contexte, une étude inédite de l’Université de Genève (UNIGE) s’est penchée sur la situation et a évalué le sperme d’Helvètes de 18 à 22 ans. Résultat: la qualité globale est «critique». Cela pourrait augmenter le temps nécessaire à la conception et créer des problèmes d’infertilité.

Inférieur aux ratios de l’OMS

Cette étude a démarré sous l’impulsion de la fondation d’andrologie et de biologie de la reproduction, avant d’être menée à terme par l’UNIGE, avec le soutien financier de la Fondation privée des HUG et du Centre suisse de toxicologique humaine appliquée, entre autres. Durant une quinzaine d’années, 2523 jeunes de tous les cantons ont répondu à des questionnaires dans le cadre du recrutement militaire. «Sur leur santé, leur alimentation, leur style de vie, par exemple l’utilisation de leur téléphone mobile, explique Rita Rahban, chercheuse au Département de médecine génétique et développement de l’UNIGE. Leurs parents aussi ont été sollicités, pour renseigner notamment sur la grossesse et la gestation.» Enfin, les jeunes – volontaires – ont fourni un échantillon de sperme, d’urine et de sang.

Trois paramètres ont été étudiés: la concentration de spermatozoïdes, leur mobilité et leur morphologie. Les normes émises par l’OMS, sur la base des données de plusieurs milliers d’hommes fertiles, ont servi de repères. «Alors que globalement la concentration moyenne de spermatozoïdes est passée de 99 millions par millilitre il y a cinquante ans à 47 millions, il a été démontré qu’en dessous de 40 millions par millilitre, le temps pour parvenir à concevoir un bébé augmente significativement», rapporte Serge Nef, professeur au Département de génétique et développement de l’UNIGE.

«Nous avons déjà identifié que le tabagisme maternel durant la gestation est associé à une diminution de la qualité du sperme»

Rita Rahban, chercheuse au Département de médecine génétique et développement de l’UNIGE

En dessous de 15 millions, l’individu rencontrera probablement des problèmes pour concevoir un enfant. Le chercheur précise toutefois que «cette valeur n’est pas une preuve d’infertilité, mais montre que la fertilité peut être affectée». Sur les jeunes suisses sondés, 17% présentent une concentration de spermatozoïdes inférieure à 15 millions par millilitre. De plus, 5% d’entre eux cumulent des valeurs inférieures aux normes de l’OMS pour les trois paramètres mesurés que sont la concentration, la mobilité et la morphologie. De quoi paniquer? «Non, mais cela doit interpeller, répond Serge Nef. Avec de telles valeurs, il y a de fortes probabilités que leur fertilité soit altérée et nécessite l’aide de la PMA s’ils désirent concevoir.» Les deux chercheurs veulent promouvoir la recherche dans le domaine de la santé reproductive. «Il y a un problème potentiel et il est important d’en comprendre les causes.»

Car à cette baisse de qualité s’ajoute la diminution de fécondité chez les femmes, qui enfantent toujours plus tard. Pour Serge Nef, on court le risque de se retrouver face à une hausse du nombre de couples infertiles ces prochaines années. «Des questions de santé publique se poseront alors, par exemple sur le remboursement intégral de la procédure de procréation assistée.»

Causes durant la gestation

Les causes pouvant affecter la qualité du sperme représentent un champ qui reste à explorer. «Nous avons déjà identifié que le tabagisme maternel durant la gestation est associé à une diminution de la qualité du sperme, indique Rita Rahban. Mais de nombreux autres facteurs doivent encore être analysés, comme la consommation de drogues et d’alcool, la sédentarité, les perturbateurs endocriniens.»

Enfin, cette étude a également permis d’observer une corrélation entre la mauvaise qualité du sperme et l’augmentation du cancer des testicules, en hausse régulière depuis trente-cinq ans. L’hypothèse est que ce cancer serait une conséquence d’une altération du développement testiculaire au stade fœtal. (24 Heures)

Créé: 22.05.2019, 07h31

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