Le sucre, si bien caché dans nos assiettes

À l’affiche au cinéma, le film australien «Sugarland» dénonce l’omniprésence du sucre, jusque dans les aliments industriels estampillés «sains». Le point en Suisse aussi.

Pour les besoins du film, Damon Gameau a ingurgité durant deux mois l'équivalent de 40 cuillerées à soupe de sucre.

Pour les besoins du film, Damon Gameau a ingurgité durant deux mois l'équivalent de 40 cuillerées à soupe de sucre.

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Addictif, régressif, synonyme de fête, de récompense ou de réconfort, le sucre est partout. Le consommer en excès nuit à la silhouette et à la santé. Chacun le sait. Mais la substance a de puissantes armes de séduction. Elle serait aussi addictive que la cocaïne selon certains spécialistes. Et puis, ne suffit-il pas de limiter les gâteaux, bonbons et autres crèmes glacées?

Alors qu’il s’apprêtait à devenir père, l’acteur australien Damon Gameau a voulu en avoir le cœur net, et tester sur lui les effets de ce sucre qu’il ingurgitait jusqu’alors moins que la moyenne, grâce aux préparations attentives de sa compagne. Dans «Sugarland», sorti dans son pays en 2014 et en France au début de cette année, le voilà donc transformé en cobaye. Un film dans la veine de «Supersize me», où l’Américain Morgan Spurlock éprouvait dans sa chair, mais sous contrôle médical, les effets de la malbouffe au pays de l’Oncle Sam.

Ici, pas de «junk food». Dans l’assiette, des produits réputés sains tels que müeslis, barres de céréales, jus de fruits, smoothies… Pendant deux mois, Damon Gameau avale sous cette forme l’équivalent de la consommation journalière moyenne de sucre en Australie, soit 160 grammes, ou 40 cuillères à café. Lors du bilan de santé final, le réalisateur accusait 8,5 kilos supplémentaires sur la balance et son tour de taille avait gagné 10 cm. Ses analyses de sang ont montré un prédiabète et un foie devenu gras. Au cours de l’expérience, il éprouvera en outre une baisse drastique d’énergie lorsqu’il est en manque de sucre, et de fortes variations de l’humeur.

Du sucre pour compenser le gras

Pourquoi le sucre ajouté est-il omniprésent dans nos assiettes? Vers la fin des années 70, le gras est devenu l’ennemi à abattre. Or pour faire baisser sa teneur dans les aliments sans nuire au goût, les industriels y ont ajouté… du sucre. Une saveur entretenue à coups de recherches sur le «bliss point», soit l’apogée gustative, qui provoque cette envie presque irrépressible de consommer à nouveau le produit. Or le système digestif n’est pas adapté pour traiter la surabondance de sucres raffinés, récente à l’échelle de l’humanité.

Damon Gameau l’a constaté. Lors de l’expérience, il a veillé à conserver l’apport journalier en calories (2300) qui était le sien avant, lorsqu’il se nourrissait d’aliments tels que l’avocat ou les noix. Or même en continuant à faire du sport, il a pris beaucoup de poids. «L’industrie alimentaire fait croire aux consommateurs qu’ils grossissent juste parce qu’ils mangent trop, mais toutes les calories ne se valent pas», dénonce-t-il.

Le type de sucre qui est ajouté importe aussi. Le fructose inquiète désormais, car sa surconsommation charge le foie en graisse, jusqu’à détruire ses fonctions. Aussi appelée la «maladie du soda», la NASH touche 1% de la population mondiale. Le fructose entre pour moitié, avec le glucose, dans la composition du saccharose (sucre du sucrier). Or les industriels intègrent de plus en plus des produits sucrants à haute teneur en fructose, comme le sirop de mais (high fructose corn syrup). «Il ne faut pas confondre le sucre du fruit avec le fructose qui est ajouté en tant qu’ingrédient dans les produits industriels. Il n’a pas les mêmes effets sur l’organisme, et rassasie par exemple moins que le sucre normal», relève Muriel Laffaille Paclet, diététicienne cheffe au CHUV.

Les Suisses aussi en mangent trop

Laurence Margot, diététicienne à Fourchette Verte Vaud, salue un film qui tire la sonnette d’alarme, tout en indiquant qu’il parlera surtout aux convaincus, alors que ce sont les populations défavorisées qui doivent en premier lieu être sensibilisées, notamment sur le fait d’arrêter de boire du soda.»

Elle précise aussi qu’en Suisse, la consommation moyenne de sucre est de 110 gr. par personne. Ce qui représente tout de même deux fois les recommandations de la Société suisse de nutrition, soit 50 gr. par jour pour un adulte. «L’OMS a même réduit la dose maximale journalière à 25 gr., mais c’est très difficile à tenir. Cependant, le but est d’inciter les industriels à baisser la quantité de sucre dans leurs produits.»

Lausanne, Zinema

90’, 16/16. Tous les jours à 18h.

Projections supplémentaires di 13 mai (10h, 12h et 14h) Ma 15 mai (20h) au Cinéma d’Oron

www.zinema.ch (24 heures)

Créé: 13.05.2018, 09h53

Conseils

Les conseils de deux diététiciennes pour respecter la dose journalière de sucre recommandée en Suisse, soit 50 grammes par adulte.

Cuisiner avec des produits non transformés


Pour les deux spécialistes, il ne s’agit pas de manger moins, mais mieux. «Le meilleur moyen de maîtriser sa consommation de sucre, mais aussi de sel et de matières grasses, est de cuisiner le plus possible avec des aliments bruts, détaille Laurence Margot. Autant manger moins de produits sucrés, mais avec du vrai sucre (ndlr: de betterave ou de canne) plutôt que d’opter pour des allégés.» Comme leur goût n’est souvent pas satisfaisant, on aura tendance à consommer deux yoghourts light au lieu d’un. Se réapproprier son assiette demande cependant de la logistique: «L’important, pour y arriver, est de ne pas être pris de court», remarque Muriel Lafaille Paclet.

S’autoriser deux produits sucrés par jour au maximum

Toutefois, comme notre mode de vie rend très compliqué la préparation de tous les plats maison, Laurence Margot conseille de mettre au menu au maximum un produit sucré au déjeuner et un autre dans la journée. Muriel Lafaille Paclet a travaillé au CHUV sur ce que devrait manger un ado: «Sur une journée, il ne devrait pas avaler plus qu’une cuillère à soupe de confiture le matin, et 20 gr. de chocolat au goûter.»


Éviter les sodas et limiter les jus de fruits


En première ligne de la lutte anti-obésité figurent les sodas, à limiter le plus possible. Les jus de fruits ne sont toutefois pas en reste. Laurence Margot conseille d’en boire au maximum un verre par jour. «Une des portions des cinq fruits et légumes peut être remplacée par un jus de fruits, mais pas au-delà. Pour les enfants, on conseille d’ailleurs de diluer les jus avec de l’eau». «Privée des fibres alimentaires qui rassasient, la nourriture liquide, comme les frappés ou même certains smoothies, est un piège, car elle ne provoque pas la sensation de satiété», met en garde Muriel Lafaille Paclet.

Sensibiliser les enfants


Les petits sont environnés d’aliments sucrés. Selon Laurence Margot «il faut les aider à gérer ces produits plutôt que de les diaboliser, car en grandissant, l’enfant risque d’en avaler en cachette.» Fourchette Verte Vaud a ainsi labellisé une série de structures de restauration dans l’accueil parascolaire. Il s’agit aussi de sensibiliser le personnel éducatif.

Bannir les édulcorants


«Le meilleur moyen pour arriver à se passer de sucre est de se déshabituer de son goût. Les édulcorants n’ont ainsi aucun intérêt nutritionnel, ils visent juste à entretenir ce goût du sucré», indiquent les spécialistes.

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