Cancer du poumon: le nouveau grand mal des femmes

SantéCette maladie est encore trop peu connue et dépistée tard: seuls 20% des patients survivent.

Avec ses confrères, Paola Gasche-Soccal, médecin-chef au Service de pneumologie, voit près de 350 patients par an.

Avec ses confrères, Paola Gasche-Soccal, médecin-chef au Service de pneumologie, voit près de 350 patients par an. Image: LUCIEN FORTUNATI

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La lutte contre le tabagisme a porté ses fruits chez les hommes: entre 1992 et 2017, le pourcentage de fumeurs a reculé de 37% à 31%, selon l’Office fédéral de la statistique. Chez les femmes en revanche, le pourcentage ne faiblit pas, surtout chez les 15 à 34 ans. Conséquence: le cancer du poumon, imputable dans 80% des cas au tabac, est en augmentation chez les femmes. Il représente même la troisième cause de décès par cancer chez cette population – la première chez l’homme. Alors que les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) inaugurent un «Centre du cancer du poumon», le point sur cette maladie mal connue avec Paola Gasche-Soccal, médecin-chef au Service de pneumologie des HUG.

Quel est le profil des patients atteints par un cancer du poumon?
En majorité, des hommes âgés de 60 ans qui fument depuis plusieurs années. Mais on constate que la maladie a tendance à frapper de plus en plus tôt, la population étant exposée de plus en plus jeune à la cigarette. Et qu’elle frappe plus de femmes. Après un pic de cancers chez les hommes dans la période d’après-guerre, qui a été enrayé, c’est maintenant au tour des femmes d’être touchées de plein fouet. Leur courbe va suivre celle des hommes et on peut espérer une inflexion des cancers d’ici à quinze ans. Entre-temps, le nombre de cancers du poumon pourrait dépasser celui du cancer du sein, premier cancer chez la femme.

Quels sont les facteurs de risque?
Le tabagisme est à l’origine de 80% des cas. À cela s’ajoutent des prédispositions génétiques, une exposition au radon présent dans certaines régions comme le Valais, la pollution et la fumée passive.

Comment se manifeste ce cancer?
Les symptômes cardinaux sont la toux, des expectorations de sang, des douleurs thoraciques, une perte de poids, un essoufflement inhabituel.

C’est le cancer le plus meurtrier en Suisse, où il provoque 3200 décès par an. Seuls 20% des patients suivis survivent à la maladie… Comment l’expliquer?
Quatre-vingts pour cent des patients qui viennent consulter sont déjà à un stade trop avancé de la maladie. Ce cancer est encore mal connu du public et ses symptômes, pour les fumeurs, sont difficiles à identifier et ne sont pas forcément alarmants, les fumeurs s’en accommodent. La plupart d’entre eux toussent déjà régulièrement, expectorent, ont une bronchite chronique. Il faut être attentif à une modification de la toux, si elle devient plus intense, se manifeste la nuit, que les expectorations se teintent de sang.

Selon une étude américaine, le dépistage systématique pour les populations à risques permettrait de diminuer le taux de mortalité dû à ce cancer de 20%. Pourquoi ne pas le généraliser en Suisse?
La question est lancée. Avec d’autres professionnels, nous avons constitué un groupe de travail pour que la Suisse se positionne sur ce sujet.

Mais ce dépistage fait débat…
En effet. En faisant passer un scanner à une personne à risque mais qui ne présente pas de symptômes particuliers, on pourra peut-être détecter un cancer. Mais on pourrait aussi découvrir des lésions qui questionnent et qui nécessitent une biopsie, d’autres scanners ou des interventions qui ne sont pas sans risques sur la santé. Il faut être prudent et mesurer les conséquences en termes de coûts et de répercussions sur le patient. Or, certains instituts privés commencent à offrir des scanners du poumon à prix cassé. Ils sont dans une logique d’une médecine de consommation, qui engendre un besoin d’effectuer, pour des suspicions, des examens plus ou moins invasifs qui, eux, ne sont pas à prix cassé. Nous constatons d’ailleurs un afflux de patients qui arrivent chez nous avec un scanner effectué dans le privé.

Donc on ne dépiste pas et on renonce à ces 20% en plus de patients sauvés?
Non. Notre groupe de travail est convaincu du bien-fondé du dépistage, mais pour un groupe de patients défini, avec des critères en cours d’évaluation. Nous avons estimé que 400 000 personnes en Suisse pourraient faire partie du groupe cible. Cela signifie 400 000 scanners et 400 000 consultations. Ce n’est pas anodin. Il faut un programme de dépistage contrôlé, une prise en charge structurée et réenclencher les démarches auprès des assurances pour la couverture du scanner de départ et de la suite, entre autres.

Les HUG inaugurent le 24 janvier un «centre du cancer du poumon». Celui-ci n’est pas un bâtiment mais une pratique, instaurée depuis 2012. Alors qu’inaugure-t-on?
Cette pratique a évolué sous le terme confidentiel de «programme de soins». Sa transformation en centre par un processus d’accréditation aux critères stricts est avant tout la valorisation à l’interne et à l’externe de l’expertise des HUG dans le domaine du cancer pulmonaire. C’est aussi la garantie de la qualité des prestations grâce à la mise en place d’un contrôle continu d’indicateurs de qualité, de protocoles standardisés. Une fois par semaine, nos spécialistes se réunissent pour décider ensemble de diagnostic, du traitement, du suivi des dossiers. Cette organisation permet de diminuer les délais de transmission entre médecins, de concentrer les compétences, de coordonner la prise en charge et d’assurer l’amélioration continue de l’offre de soins. Depuis 2012, nous avons doublé le nombre de patients, atteignant les 350 par an. (24 heures)

Créé: 10.02.2019, 08h15

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Quand le tabac faisait mincir et libérait la femme

La cigarette a longtemps été un objet de consommation exclusivement masculin, «répandu notamment par les soldats américains, qui ont fait connaître mondialement le tabac blond, bien moins âcre que le brun», raconte Jean-Paul Humair, médecin directeur du CIPRET Genève (Centre d’information pour la prévention du tabagisme).

Après la Seconde Guerre mondiale, on estime qu’un homme sur deux fumait. «Jusqu’à la première moitié du XXe siècle, il n’y avait que quelques fumeuses et elles étaient considérées comme des originales ou des femmes de mauvaise vie!» indique le médecin. Les mœurs empêchent les fabricants de tabac de rallier cette clientèle féminine qui leur échappe. Ils vont alors s’atteler à briser les clichés et passent à l’offensive dans les années 1950, en jouant sur plusieurs tableaux. «Ils axent d’abord leurs campagnes de publicité sur l’idée que la cigarette permet de rester mince.» Une marque bien connue affirme ainsi: «Allumez une cigarette et les bonbons qui vous grossissent ne vous manqueront plus!»

Puis, la cigarette est érigée en atout de séduction du mâle. Les fabricants affinent sa silhouette, la clope se fait plus fine et distinguée. «Menez-les par le bout du nez avec votre cigarette», vante une marque. On s’adresse aussi à la ménagère, en lui promettant un moment de détente bien mérité grâce à la cigarette. «Les publicités encouragent la femme au foyer à prendre du temps pour elle. On voit même des affiches avec un bébé qui exhortent ses parents à fumer pour être plus détendus.»

Enfin, fumer devient un symbole d’émancipation. Ce bastion masculin est désormais porté aux lèvres des femmes. «Des actrices et des femmes influentes comme Chanel se sont approprié cet objet réservé aux hommes, qui a longtemps été un symbole de virilité – on se rappelle du cow-boy de Marlboro – et ont été des vecteurs de sa libéralisation.»

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