Drogue, viols et décès: rien ne va plus au royaume de la K-pop

SociétéUne série de suicides projette une lumière macabre sur ce genre musical et montre la pression subie par ces jeunes artistes, produits d’export du gouvernement sud-coréen.

Les chanteuses Goo Hara (ci-dessus) et Sulli ainsi que les chanteurs KimJong-Hyun et Cha-In-Ha ont tous été retrouvés morts à leur domicile. Ils n’avaient pas 30 ans.( Photos: DR/GETTY IMAGES)

Les chanteuses Goo Hara (ci-dessus) et Sulli ainsi que les chanteurs KimJong-Hyun et Cha-In-Ha ont tous été retrouvés morts à leur domicile. Ils n’avaient pas 30 ans.( Photos: DR/GETTY IMAGES)

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K-pop, ton univers impitoyable. Le phénomène musical mondial, qui a déjà fait parler de lui ces derniers mois pour des affaires de drogue, prostitution et corruption, doit désormais faire face à une série de suicides de ses stars. Le dernier en date, Cha In Ha, acteur et chanteur du groupe Surprise U, a été retrouvé mort chez lui le 3 décembre. Le troisième en à peine deux mois.

Le premier, Kim Jong-Hyun, âgé de 27 ans, s’est donné la mort dans sa chambre d’hôtel de Séoul en décembre 2017. «Je suis cassé de l’intérieur. La dépression qui me ronge doucement m’a finalement englouti tout entier», révélait-il dans un message d’adieu. En octobre dernier, c’est la chanteuse Sulli qui était retrouvée morte à son domicile, quelques semaines après avoir dénoncé le cyberharcèlement dont elle était victime.

Commentaires de haine

Le 24 novembre, Goo Hara, victime elle aussi de harcèlement en ligne et souffrant de dépression, a été retrouvée chez elle, sans vie. «D'après la scène et le témoignage de sa famille, il n’y a aucun signe d’un crime, du moins à l’heure actuelle», ont déclaré les autorités lors d’une conférence de presse. Une note «très pessimiste» rédigée par la chanteuse a été retrouvée sur une table du salon, alimentant la thèse du suicide. «La famille et les amis de Goo sont sous le choc en ce moment, alors nous demandons aux médias et aux fans de s’abstenir de visiter le site commémoratif, de répandre des rumeurs et de publier des reportages trompeurs», lit-on dans un communiqué publié au nom de l’agence de la star et relayé par «The Korea Times».

«S’il vous plaît, protégez les gens contre les commentaires de haine et les critiques qui se propagent comme un virus», demandent les auteurs d’une pétition sur le site du bureau du président sud-coréen, réclamant ainsi des sanctions contre les harceleurs.

Abus sexuels souvent impunis

Depuis quelque temps, Goo Hara n’était plus sous le feu des projecteurs en raison d’un litige avec son ex-petit ami. L’homme avait menacé à maintes reprises de divulguer des photos et vidéos à caractère sexuel pour la faire chanter. Ils en étaient venus aux mains plusieurs fois et un procès avait été engagé. Fin août, Choi Jong Bum a finalement été condamné à un an et six mois de prison avec sursis pour trois ans de probation. «Beaucoup de gens estiment toujours que les femmes non mariées ne doivent pas avoir de relations sexuelles», expliquait Lee Soo-yeon, chercheuse au Korean Women’s Development Institute. «Le stigmate peut être encore plus important pour les personnes connues.» Jusqu’à provoquer des drames?

Connue pour son engagement pour les droits des femmes, Sulli (de son vrai nom Jin-ri) avait, peu avant sa mort, refusé de porter un soutien-gorge en public et avait fait l’objet de harcèlement en ligne. Dans une récente émission de télévision, elle avait fait part de son expérience de lutte contre le trouble panique et la phobie sociale. La maladie mentale reste une question taboue en Corée du Sud. Son franc-parler a trouvé un écho chez de nombreuses jeunes femmes sud-coréennes.

Concurrence impitoyable

Comment expliquer toute cette violence et cette lumière macabre portée sur les célébrités de la K-pop? Derrière l’image glamour des bands, il y a la concurrence impitoyable, la renonciation à toute vie privée, le harcèlement et une pression publique constante pour entretenir les apparences. Ces personnalités sont soumises à une forte pression du public et se doivent de conserver une image respectable. Elles représentent en effet le fer de lance culturel de l’économie sud-coréenne. Le gouvernement les soutient activement comme produit d’exportation, ce qui aggrave l’onde de choc suscitée par les scandales à répétition.

En mars dernier déjà, les stars du genre étaient devenues les parias de tout un pays en l’espace de quelques jours. D'abord visé en début d’année dans une enquête d’évasion fiscale et de trafic de drogue, le chanteur populaire Seungri avait été inculpé pour «incitation à la prostitution». Après la publication par la chaîne de télévision SBS d’extraits de conversations privées, c’est son ami Jung Joon-young, leader d’un groupe de rock, qui s’était attiré les foudres de la population coréenne. L’affaire avait également révélé plusieurs cas de corruption au sein de la police. «Je reconnais tous mes crimes», déclarait Jung Joon-young dans une lettre d’excuse. «J’ai filmé des femmes sans leur consentement, j’ai partagé les images dans un chat et pendant que je faisais ça, je ne ressentais pas une grande culpabilité.»

Selon SBS, la conversation groupée dans laquelle il partageait les preuves de ses «conquêtes» réunissait huit membres, dont trois artistes hommes, parmi lesquels figuraient Seungri et le guitariste du groupe FT Island, Choi Jong-hun. «Comme si c’était normal, Jung Joon-young filmait les femmes et les traitait comme des objets», commente SBS. «Il prenait du plaisir à les filmer de manière illégale, tout en étant conscient du caractère criminel de ses actes.»

Après la publication de cette lettre d’excuses, l’agence de Jung Joon-young a annoncé dans un communiqué avoir rompu son contrat avec lui. Dans l’un des derniers extraits de sa correspondance divulgués par la chaîne, le chanteur encourage les autres membres du groupe à «se retrouver tous sur le Net, aller dans un club de strip-tease, et violer quelqu’un dans une voiture». Dans un autre, alors que le membre «Kim» raconte avoir eu une relation sexuelle avec une femme après lui avoir donné des somnifères.

Forts soupçons de corruption policière

Selon l’avocat de Jung Joon-young, qui a été placé en détention le 21 mars dernier, une partie de la police sud-coréenne serait mêlée à cette affaire. Sans révéler les noms des agents de police présumés corrompus, il a admis avoir trouvé parmi les fichiers des éléments laissant penser que certains délits perpétrés par des membres du groupe auraient été étouffés en échange de sommes d’argent.

La corruption aurait déjà sauvé Jung Joon-young par le passé. En 2016 déjà, une ancienne petite amie portait plainte contre lui pour l’avoir filmée sans son accord lors d’actes sexuels. Mais l’enquête de police a été étouffée.

Ces scandales concernant les stars Seungri et Jung Joon-young sont liés à la très mauvaise réputation du club Burning Sun, dont Seungri était le directeur des relations publiques. Cette onde de choc du printemps dernier se prolonge aujourd’hui à travers les morts de Sulli et Goo Hara. Elle expose au grand jour des agissements trop fréquents et souvent ignorés dans l’industrie sud-coréenne du divertissement. Sans oublier que la Corée du Sud est le pays avec le plus haut taux de suicide de l’OCDE depuis 2003. En 2016, plus de 13'000 Coréens ont mis fin à leurs jours, selon les plus récentes statistiques. ©Le Figaro

Créé: 12.01.2020, 10h10

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