Un aimant nommé «wilderness»

Grand NordLa nature sauvage et l'exotisme de la vie polaire attirent au Svalbard des visiteurs toujours plus nombreux.

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Un ours polaire empaillé regarde défiler les valises des touristes sur le tapis à bagages de l’aéroport de Longyearbyen. Les appareils photo crépitent. Seigneur de l’Arctique malmené par le changement climatique, le plantigrade faussement débonnaire est la vedette locale. Peu importe que son image surexploitée à des fins marketing contraste avec sa grande discrétion sur le terrain: il est le symbole, l’aimant qui attire les visiteurs au Svalbard, archipel norvégien à mi-chemin entre le Cap Nord et le Pôle Nord.

L’arrivée à Longyearbyen, en été, laisse une impression étrange. Des résidus de neige salie s’accrochent aux pentes brun sombre de vastes montagnes tabulaires à l’allure avachie. Caillasse et toundra composent un paysage austère. Les motoneiges à l’arrêt au bord des routes ajoutent une touche absurde. Des vestiges industriels spectaculaires racontent une histoire révolue: l’extraction du charbon a longtemps fait vivre la microcapitale de l’archipel, mais cette industrie est à l’agonie. La tonne de charbon payée encore 160 dollars en 2008 en vaut à peine 50 cet été. La fermeture de la dernière grande mine du Svalbard, à Svea plus au sud, a été annoncée fin 2015.

Un curieux paradoxe

Le maire Arild Olsen positive. Il veut voir ce coup dur porté à sa communauté comme «une opportunité». Curieux paradoxe! C’est à lui, un ancien mineur du Svalbard, que revient la tâche d’accélérer la conversion de la ville à la modernité. «Notre avenir est dans la science et le tourisme en plein essor», répète-t-il à chacune de ses interventions publiques.

Quelque 100 000 visiteurs se sont rendus au Svalbard en 2015, chiffre en progression constante. Les touristes ne font pas ce long voyage pour Longyearbyen. Ils recherchent une expérience unique au contact des beautés brutes de l’Arctique. Fjords et glaciers, silence de la vie polaire, clarté de l’air, lumières étranges, froid extrême en hiver, soleil de minuit en été, l’archipel ne manque pas d’exotisme.

Un parfum d'aventure

Des groupes de visiteurs plutôt âgés arrivent chaque jour par avion et par bateau. La plupart feront une croisière confortable autour du Svalbard. Les plus jeunes ont des ambitions sportives. A l’instar de ce Néerlandais, équipé comme un alpiniste dans les Alpes, qui projette un trek de plusieurs jours à travers le Spitzberg, la plus grande île de l’archipel: «Je cherche un parfum d’aventure!»

«On ne badine pas avec la sécurité. Sans guide, vous ne verrez rien», avertit l’employée de l’Office du tourisme. Plusieurs agences proposent des excursions d’une ou de plusieurs journées. L’éventualité de rencontrer l’ours polaire impose des précautions: impossible de sortir de Longyearbyen sans un pistolet d’alarme et un fusil avec sa réserve de cartouches. Les drames sont rares mais ils frappent les esprits. Comme en août 2011, quand un ours attaqua quatre jeunes Britanniques. Un garçon de 17 ans y laissa la vie.

L’autre danger est la météo, capricieuse. Guide arctique, Oula Niemelä, un jeune Finlandais installé depuis trois ans au Svalbard, met en garde: «Le temps change vite. Les précipitations sont rares mais même en été le froid, les vents tempétueux et le brouillard peuvent transformer une ballade d’une journée en exercice de survie.»

Soyez invisibles!

Selon le conservateur du Musée du Svalbard à Longyearbyen, la Norvège «prend très au sérieux» sa responsabilité de préserver la nature que lui confère le Traité du Svalbard de 1920. Pas moins de 29 réserves naturelles ont été délimitées. Couvrant 65% du territoire, elles sont interdites aux activités commerciales. La discrétion est attendue des visiteurs. Les messages du gouverneur du Svalbard, affichés sur la voie publique, appellent au bon sens sans manquer d’humour: «Ne laissez aucune trace durable de votre passage. Nous savons que ce n’est pas possible d’être un touriste invisible, mais nous apprécions vos efforts dans ce sens.»

Soucieuse d’encadrer le tourisme à ces latitudes extrêmes, la Norvège a créé un diplôme universitaire de guide en milieu arctique. Son succès ne se dément pas. Chaque nouvelle volée accueille 25 aspirants triés parmi des candidats toujours plus nombreux (150 en 2015). Le volet théorique embrasse des connaissances poussées en sciences de l’environnement (géologie, océanographie, faune, flore, climat). Les stages pratiques, au Svalbard, enseignent la sécurité et les techniques de survie en milieu polaire.

Guide en Arctique

Hilde Marita Haraldsuik, 23 ans, achève ce cursus d’une année et témoigne: «Je veux que mes clients se sentent à l’aise même quand les conditions deviennent hostiles.» Petter Aker, 25 ans, revendique une approche sportive de son métier de guide: «C’est dur de concilier les ambitions d’un touriste surentraîné avec celles d’un débutant. Les tensions au sein d’un groupe sont fréquentes, il faut des trésors de psychologie pour les gérer.»

Cet Eden arctique n’en a pas toujours été un. Au XVIIe siècle, les pionniers du Svalbard chassaient morses et baleines jusqu’à leur quasi-extermination. Récemment protégées, ces espèces sont revenues. Aujourd’hui, la crainte est que l’ours polaire disparaisse, privé de banquise par le réchauffement. Sans sa star, le Svalbard perdrait un peu de son pouvoir de séduction.

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Créé: 13.07.2016, 20h36

Galerie photo

L'ours polaire, vedette locale au Svalbard

L'ours polaire, vedette locale au Svalbard Il y a davantage d'ours polaires que d'habitants dans l'archipel norvégien. Ils sont difficiles à voir dans la nature. Mais ils sont partout, récupérés par le marketing qui exploite à fond l'image de l'icône de l'Arctique.

Le mot du jour: «Friluftsliv»

Littéralement, friluftsliv se traduit, en français, par quelque chose comme «la vie sauvage libre en plein air».

Ce concept emprunté au vocabulaire norvégien embrasse une réalité complexe. Il décrit un mode de vie cher aux Norvégiens. Et même davantage: presque une philosophie de l’existence, avec ses valeurs et sa dimension culturelle. On est à la limite d’une matière à part entière que l’on pourrait enseigner à la maison et à l’école. Comme les maths ou une langue.

Friluftsliv renvoie à cet état de sérénité que recherchent constamment les Norvégiens au contact de la nature. Candidate au brevet de guide arctique, Hilde Marita Haraldsuik explique pourquoi le Svalbard est propice à expérimenter le friluftsliv. «On évolue au milieu de nulle part. La montagne et les fjords sont un écrin unique. A certains moments, le silence s’impose au contact de cette nature grandiose.»

Elle évoque comment, au quotidien, elle vit le friluftsliv: «Je marche sur la toundra, dans la neige ou sur un glacier. Mon esprit vagabonde, je savoure la simplicité de l’instant. Il n’y a rien ou presque plus rien dans cet environnement à première vue hostile. Et soudain on découvre une fleur, on croise un renard, où on entend un oiseau chanter. On se focalise sur cette manifestation de la vie qui surgit au milieu du rien. Et ce cadeau prend une valeur inestimable, tellement plus grande que partout ailleurs où l’abondance est la règle.»

Un gastro dans la toundra



Ce n’est pas un gag: Longyearbyen compte une des cinq meilleures tables de Norvège. La compagnie SAS l’assure dans la revue distribuée sur tous ses vols. Un peu à l’écart, dans une bâtisse blanche visible de loin, Huset, «la maison» en norvégien, propose une cuisine gastronomique de l’Arctique et son cellier riche de 25000 grands crus classés d’Europe. La délicatesse des mets et le raffinement des vins contrastent avec la rudesse et la simplicité de la petite ville. Cette incongruité participe au charme de Huset. Hillary Clinton est passée par là. Et tant d’autres grands - le prince Harry, Ban Ki-Moon, Zinedine Zidane…

Epicurienne, diplômée en œnologie, Sara Weiberg est venue pour un stage, elle n’est plus repartie. Cette Suédoise de 26 ans relève le défi de faire tourner côte à côte la table gastro et une brasserie accessible à tous. Renne de Laponie, poissons de la mer de Barents, phoque du Svalbard: la cuisine basée sur les produits locaux est fraîche et inventive. Le régime fiscal favorable de l’archipel, une zone hors taxe, a permis de monter la cave exceptionnelle. Sara trouve l’inspiration «dans le rythme lent de la vie polaire, qui favorise des rapports humains plus intenses». Une clef du succès, assure-t-elle.

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