Sous le ciel surchauffé de Lars, ça pousse!

Grand NordUn biologiste norvégien teste les effets du réchauffement climatique sur l’agriculture aujourd’hui presque impossible dans son Grand Nord.

A l’orée de la forêt de Pasvik, Lars Ola Nilsson teste les effets d’un réchauffement climatique?sur le fourrage.

A l’orée de la forêt de Pasvik, Lars Ola Nilsson teste les effets d’un réchauffement climatique?sur le fourrage. Image: ODILE MEYLAN

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Il y a la recherche, pointue, exigeante. La recherche qui s’expose et sait se mettre en vitrine. Et… il y a Lars Ola Nilsson, biologiste un peu seul au milieu de son champ d’expérimentation. De la vraie terre! De celle, ingrate, qui passe en moyenne six mois – mais parfois jusqu’à sept ou huit – au blanc pendant l’hiver pour se mettre en mode semi-aride durant l’été. Un sol où les plantes régulent d’elles-mêmes leur croissance pour ne pas plier devant les journées trop courtes, un substrat forcément inhospitalier à toute forme d’agriculture?à moins, souffle le scientifique, que «la menace du réchauffement climatique ne se transforme en opportunité» pour les populations des régions arctiques.

A une journée de voiture de la capitale, Oslo, à 40 kilomètres de l’aéroport de Kirkenes desservant deux fois par semaine ce puzzle de fjords, dans ce village de Svanvik où la fenêtre météo permettant de faire pousser quelque chose – et notamment du fourrage – ne dépasse pas les 120 jours, Lars Ola Nilsson veut savoir… Il y travaille même depuis trois ans, avec un attirail de scientifique tenant en apparence davantage de la bricole que de la technologie de pointe. Des piquets plantés dans le sol. Une armature légère calquée sur le design des trampolines. Des caméras hyperspectracles permettant de capturer les changements imperceptibles à l’œil nu. Des appareils de mesure des gaz à effets de serre. Et des chauffages. Une armée de chaufferettes infrarouges faisant monter en permanence la température ambiante de trois degrés.

«En Norvège, l’électricité n’est pas très chère, s’excuse-t-il d’emblée. Au sol, des trèfles, des pissenlits et encore de l’herbe viennent chatouiller les mollets du biologiste. Dans les airs, les moustiques – 2000 espèces répertoriées dans les environs – s’agitent en escadron sans troubler sa placidité toute scandinave. Mais, dans sa tête, une foule de questions se bousculent. Quel effet sur le rendement agricole? Quel impact sur l’activité des micro-organismes si déterminants dans le degré de fertilité du sol? Les besoins futurs en engrais seront-ils moins intenses, donc moins dommageables? «Parce que, oui, insiste le biologiste, aussi étrange que cela puisse paraître, il y a une économie agricole ici. Une économie laitière.»

Continuer malgré tout

Lancé il y a trois ans sous l’égide du Norwegian Institute of Bioeconomy Research (Nibio), le projet récolte ses premières données sur la photosynthèse et la différence de croissance entre les plantes poussant sous les chaufferettes et les autres. Et même si, sous ces latitudes peu avenantes, tout émerveillement a valeur de progrès comme la pousse accélérée du trèfle, les informations sont encore insuffisantes pour émettre des conclusions.

Alors… pendant que ses collègues couvent de toute leur science les ours bruns de la réserve environnante, Lars Ola Nilsson aimerait pouvoir poursuivre son expérience encore deux ou trois ans. Ce sera sans l’argent public! La Norvège ayant tenu sa promesse de soutien sur trois ans, elle ne jouera pas les prolongations: le scientifique doit trouver 10 000 à 20 000 euros par année pour continuer ses prospections. C’est comme ça! Mais il n’a pas l’intention de reculer. Mieux encore, il caresse un autre rêve: voir pousser du colza. Les semences sont en terre…

Suivez nos équipes de journalistes dans la Grand Nord sur le webdoc tout spécialement concocté.

Créé: 06.07.2016, 08h07

Alex Gilyazov, zoobiologiste de la réserve de Lapland, Russie

Lapland, un coin de paradis à côté de l’usine

Des bouleaux de Svanvik, Norvège, aux bouleaux de la réserve de Lapland, Russie, la forêt partage le même lit de lichen. Ininterrompue, épargnée par les tronçonneuses. L’analogie vaut aussi pour le compte en banque: des expériences de l’Institut de Svanvik au souci de préservation du petit paradis de Lapland où même le Père Noël a établi son domicile russe, l’argent manque. Mais il y a quand même une différence, une seule: les scientifiques veillant sur plus de 284 espèces d’oiseaux, 617 de plantes et 30 de mammifères de l’historique réserve russe sont plutôt dubitatifs quant aux changements climatiques. «On ne peut rien prouver! assure le zoobiologiste de Lapland, Alex Gilyazov. Sur Montchegorsk (ndlr: la ville voisine), les relevés météo remontent à 1936 et les températures sont toujours à peu près pareilles.» «En cas de changement significatif, ajoute le directeur de la réserve, Sergey Shestakov, on aurait observé l’arrivée de nouvelles espèces venues du sud et spécialement d’oiseaux. Or ce n’est pas le cas.»

A quelques dizaines de kilomètres des cheminées fumantes de Kola GMK, Lapland semble devoir surtout hiérarchiser les priorités en commençant par le début. Passée du duel en justice avec l’entreprise extractrice de nickel à la collaboration – la fierté du directeur lorsqu’il précise que Kola GMK a financé le livre sur la réserve –, Lapland pose les premiers jalons d’une conscience écologique. Avec désormais 5000 visiteurs par année sillonnant les trois parcours pédagogiques, le message gagne du terrain. «On doit faire comprendre aux gens que s’ils vivent dans cet environnement, c’est grâce aux générations précédentes et, appuie Alex Gilyazov, qu’il est de leur devoir de le préserver. L’intérêt va grandissant, on commence à voir
les effets de notre travail lorsque les gens nous appellent pour nous dire qu’ils ont vu un nouvel oiseau.»

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