Construire contre vents et marécages

Grand NordA Norilsk comme à Doudinka, les architectes ont dû adapter la construction d’immeubles à l’un des climats les plus hostiles de la planète.

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Un sol gelé en hiver, marécageux en été. Des températures qui oscillent au fil de l’année entre - 50° et + 30° Celsius. Sans oublier des vents qui frisent les 100 km/h quand la tempête souffle. L’histoire urbanistique et architecturale de Norilsk et sa voisine Doudinka – posées à 350 km au-dessus du cercle polaire, au sud de la péninsule de Taïmyr – est indissociable de leur expansion industrielle. Et, surtout, du climat hostile qui a dicté les caractéristiques particulières d’une architecture adaptée, tant bien que mal, aux conditions de vie extrêmes dans ce coin retiré de la Sibérie centrale, au nord de la province russe de Krasnoïarsk.

Créées à l’impulsion de Staline dans les années 1930 sur les vestiges de campements de peuples autochtones ou de l’ancien goulag «Norillag», ces cités accessibles essentiellement par voie aérienne se sont véritablement développées dès la fin des années cinquante. Norilsk la minière pour garantir l’exploitation et la transformation des minerais extraits des sous-sols incroyablement riches de la région. Doudinka la portuaire pour permettre d’acheminer la production métallurgique vers le «continent».

Aujourd’hui, les deux villes souffrent. Et les timides programmes de rénovation peineront encore longtemps à effacer les erreurs du passé. Dans la première, 1/5e du parc immobilier est promis à l’effondrement. Dans la seconde, ce sont plus de 55% des bâtiments qui se seraient déjà fracturés voire carrément écroulés. La faute au réchauffement climatique qui accélère la fonte du pergélisol, le sous-sol durablement gelé sous la toundra de la région polaire?

Les avis des spécialistes divergent, comme toujours en Russie. En réalité, le problème serait plus «profond» que cela. «On a construit trop vite afin d’accueillir rapidement les ouvriers nécessaires à l’activité économique de la région, observe Svetlana Gunina, journaliste à La Vérité du cercle polaire et, surtout, auteure d’un ouvrage qui recense tous les bâtiments de Norilsk. Quand la seconde grande campagne de construction a débuté dans les années septante pour garantir la multiplication des «fourmilières» typiques de l’ère soviétique, les ingénieurs n’ont pas écouté les leçons de leurs prédécesseurs. A des projets initialement mal conçus, se sont ainsi ajoutés des problèmes liés à des matériaux trop fragiles ainsi qu’un manque de réflexion autour des conséquences liées à l’activité humaine.»

Ex-prisonniers politiques

Les leçons oubliées? L’importance de bien enfoncer les impressionnants pilotis (qui supportent tous les immeubles) jusqu’au pergélisol, en veillant à espacer, également, le corps du bâtiment de la surface terrestre afin d’éviter que la chaleur générée ne dégèle «les fondations». Cette technique pratiquée très largement en Sibérie aurait germé dans la tête des premiers architectes et ingénieurs de Norilsk, d’ex-prisonniers politiques qui, à la fermeture du goulag en 1956, ont dû rester dans la région pour assurer son extension urbaine.

Ce sont eux, également, qui ont imaginé la disposition très particulière des édifices: pour isoler les cours intérieures du vent, favoriser les échanges entre voisins et permettre aux habitants de se repérer quand la nuit polaire et le blizzard sévissent, ils sont construits les uns contre les autres, à moins d’un mètre de distance. Une autre «innovation», plus récente cette fois-ci, imaginée dans la région: les couleurs pastel qui recouvrent depuis une quinzaine d’années les façades pour… remonter le moral de la population quand la nuit polaire sévit.

Créé: 07.08.2016, 08h33

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