Comment dit-on «climat» en russe, déjà?

Grand NordVu depuis la Sibérie, le changement climatique montre un autre visage.

Lors du survol de la toundra en hélicoptère, Natacha, jeune femme nénètse, affirme que le niveau de l’eau n’a pas augmenté.

Lors du survol de la toundra en hélicoptère, Natacha, jeune femme nénètse, affirme que le niveau de l’eau n’a pas augmenté. Image: Florian Cella

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«Il est difficile de savoir s’il s’agit d’une véritable tendance à l’augmentation des températures ou de simples fluctuations du climat. En Arctique, il continue à faire des températures très froides en hiver, mais par contre la couche de glace est plus fine», constate Vladimir Alexandrovitch Pouchkarev. Directeur du Centre russe pour l’Arctique, il récolte des données concernant le climat sur l’île de Bely, au nord de la péninsule de Yamal.

De sa voix grave, douce et posée, le quadragénaire installé à Salekhard depuis plus de trente ans ne nie pas que le niveau de l’eau pourrait monter et changer la silhouette de la péninsule de Yamal. Il ne conteste pas non plus que l’hiver dernier ait été le plus chaud dont il se souvienne, mais il nous prévient: «Pour les habitants d’ici, il y a aussi certains avantages à ces changements.» Au sein de l’équipe suisse que nous formons, Maxime Collombin, étudiant en géologie à l’Université de Lausanne, est bousculé par cette conception si différente de celle qu’on lui a proposée durant ses études. C’est avec Christophe Reymond, directeur du Centre patronal, lors d’une discussion dans les rues salekhardiennes baignées de cette lumière du Nord si particulière, que Maxime réussira à mettre les choses en perspective.

Des moustiques et des patates

On trouve dans cette même ville une artère dédiée au scientifique Dmitri Matrinianovitch Tchoubynine. Située au centre-ville, elle est bordée de maisons dont les jardins ont servi de terrain d’expérimentation pour l’ingénieur agronome dans les années 1950. «Cet homme a été le premier à prouver que, même au Nord, il est possible de faire de l’agriculture et de faire pousser de bons légumes. Maintenant qu’il fait un peu plus chaud, cela devient beaucoup plus facile», explique German, guide de la ville. Une sorte de pommes de terre notamment, développée par Dmitri Tchoubynine, est désormais cultivée dans la région.

Les populations indigènes, qui vivent au plus près de la nature, ne semblent pas s’alarmer non plus. Si Piotr Ivanovitch, un pêcheur de l’ethnie khante, dit ne pas avoir remarqué de grands changements, Natacha, jeune femme de l’ethnie nénètse, les apprécie. «Depuis quelques années, les étés ressemblent plus à des étés ici, il fait plus chaud. Cela améliore nos conditions de vie», avance-t-elle.

S’il y en a qui doivent être bien d’accord avec elle, ce sont les moustiques, auxquels les habitants ont dédié un monument. Présents de plus en plus tôt dans l’année et se développant en très grand nombre, ces vampires nous ont accompagnés dans notre sommeil, lors de nos visites, et auront, pour sûr, marqué notre voyage. Ou tout du moins le front de Maxime.


Chacun voit midi à sa porte

Par Christophe Reymond

Rien n’est plus naturel que de juger d’une situation de son propre point de vue. Mais ce tropisme universellement répandu prend un tour rapidement ironique lorsque le voyageur d’ici part en vadrouille dans des contrées qui ne lui sont pas familières. Le prosélytisme de l’Homo occidentalis n’est en effet pas un mythe. Sans cesse animé par l’idée de faire adopter aux autres peuples les valeurs qui sont les siennes, il a depuis 2000 ans multiplié les efforts pour convertir le monde à ses croyances, religieuses pendant longtemps, politiques désormais.

La démarche est emplie de belles intentions: c’est parce que nos croyances sont bonnes et renferment des valeurs universelles que tous les peuples méritent d’en bénéficier. Et l’on prend comme une quasi-humiliation de s’entendre rétorquer qu’il y a certes des valeurs universelles dans ce que nous défendons, mais pas en intégralité; que, d’ailleurs, si elles sont universelles, c’est qu’on les retrouve aussi dans d’autres cultures; et qu’il n’appartient de toute façon pas à l’Occident de les imposer.

Il existe ainsi un certain ridicule à demander à un habitant de Salekhard, capitale de l’Iamalo-Nénétsie, si le réchauffement climatique lui cause de l’inquiétude. Quand on vit sur le cercle polaire, la perspective de gagner quelques degrés n’est pas exactement perçue comme une catastrophe.

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Créé: 27.07.2016, 09h12

Le journal de bord

Retrouvez les aventures de la quatrième équipe du Projet Grand Nord jour par jour et en vidéo dans notre webdoc.

Vladimir Alexandrovitch Pouchkarev, directeur du Centre russe pour l’Arctique, lors de la visite d’un campement nénètse, près du lac de Yarato.

«Nous voyons de nouveau apparaître la toundra»

Des centaines de citernes, de barils et autres objets en métal rouillé côtoient des camions délabrés, des débris de bois, du matériel militaire abandonné et des épaves de bateaux stoppés dans leur chasse aux nouvelles routes maritimes entre l’Asie et l’Europe. Depuis quatre ans, avec des équipes de dix-huit scientifiques volontaires effectuant des séjours de deux semaines, Vladimir Alexandrovitch Pouchkarev, directeur du Centre russe pour l’Arctique, nettoie l’île de Bely.

Perchée au-dessus de la péninsule de Yamal, cette grande île marécageuse a accueilli des maisons, une station météorologique ainsi qu’un observatoire dès 1933. «Après la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle une base militaire a vu le jour à Bely, pas mal de gens sont venus s’y installer. Au début des années 1990, lorsque l’économie du pays s’est écroulée, ils ont mis les voiles, laissant toutes les infrastructures derrière eux», regrette l’amoureux d’alpinisme, qui a déjà escaladé les sept sommets.

Tout le métal est récolté à la main et regroupé dans un lieu où, l’hiver venu, lorsqu’ils peuvent circuler, les camions le regroupent sur la côte. Là, les bateaux récupéreront ce métal une fois les glaces fondues, pour l’apporter dans des usines qui le rachètent. Le bois est brûlé sur place. «Maintenant, nous voyons de nouveau apparaître la toundra. Les phoques, les ours ont retrouvé leur habitat. Nous sommes heureux d’avoir pu leur rendre un cadre de vie acceptable», se réjouit Vladimir. Écrin prisé des ornithologues, qui viennent y observer des oiseaux arctiques en voie de disparition, l’île de Bely accueille aussi depuis une année un programme de surveillance des côtes. Grâce à des photos aériennes et à des satellites, les scientifiques peuvent évaluer l’état de la fonte du permafrost.

Financée par les entreprises qui veulent faire bonne figure auprès du gouverneur, l’opération de nettoyage devrait être terminée dans deux ans. Mais les recherches scientifiques faites sur place par le Centre arctique seront poursuivies. «Le but est de surveiller différents paramètres tels que les températures, l’humidité, l’activité cyclonique, la quantité de CO2 dans l’air. En les comparant avec les statistiques de ces 50-60 dernières années, cela nous permet d’avoir une meilleure idée de l’évolution climatique», expose le directeur.

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