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Les hauts sommets suisses au bout du pinceau

Laurent Willenegger a mis en livre les plus de 4000 mètres.

Laurent Willenegger en plein travail, sur le terrain alpin, face à un 4000. Dans l’eau de son pinceau, un peu de vodka pour éviter le gel.
Laurent Willenegger en plein travail, sur le terrain alpin, face à un 4000. Dans l’eau de son pinceau, un peu de vodka pour éviter le gel.
DR

Pour un illustrateur qui passe une bonne partie de ses journées à peindre la faune et la flore dans son milieu naturel, le confinement est forcément source d’angoisse. Pour Laurent Willenegger, ce n’était pas l’éventualité de voir sa liberté de mouvement être restreinte qui lui a posé des problèmes – «il y a toujours la possibilité de peindre les oiseaux qui se posent dans les arbres visibles depuis mon balcon» –, mais plutôt l’impossibilité de voir des humains.

Quelques jours après l’entrée en vigueur des mesures de distanciation sociale, l’Yverdonnois, qui a collaboré plusieurs années pour «La Salamandre», a sorti son travail le plus ambitieux de sa carrière. Mais son vernissage a dû être annulé et la promotion est forcément très compliquée. «Face aux 4000», son livre, qui regroupe plus de deux ans de sa vie, est une somme de plus de 200 aquarelles des 48 plus hauts sommets suisses. Un bel ouvrage qui plonge dans l’âme d’une partie de notre identité nationale. «En les peignant, j’ai ressenti l’essence des Alpes, ce qui fait la Suisse, témoigne-t-il. Les 4000 ont cette particularité d’être toujours enneigés et d’avoir encore un glacier à leurs pieds.»

Une liste parfaite

Son aventure a commencé quand Laurent Willenegger a pris la liste des plus hauts sommets suisses et les a placés sur une carte ouverte au milieu de son salon. «J’ai réellement découvert ce jour-là le nom de certaines montagnes. Ensuite, 48 sommets me semblaient être une liste parfaite, ni trop longue ni trop courte pour avoir du sens.» Entre 2018 et janvier 2020, l’illustrateur a parcouru le pays pour immortaliser à l’aquarelle ces objectifs.

L’idée du livre s’impose rapidement. Il existe en effet peu d’ouvrages recensant en images les 48 sommets en question. «Enchaîner les sommets, cela ne s’est pas fait en peinture, souligne Laurent Willenegger. Il existe beaucoup de représentations de ces montagnes, mais elles sont souvent réalisée dans l’atelier des artistes et donnent des images idéalisées. Moi, j’ai l’habitude de me rendre sur place pour ressentir les émotions que m’inspirent les paysages. C’est l’originalité de mon livre.»

Il n’est pas le seul à avoir froid

Il a raison. Par leur imperfection, ses aquarelles reflètent les conditions dans lesquelles elles ont été réalisées et finalement l’esprit des lieux où le peintre s’est assis. Il a aussi multiplié les points de vue des mêmes sommets. Il offre ainsi une étude des montagnes comme Monet l’a réalisé avec la cathédrale de Rouen par exemple. «Le tableau change à l’infini. Il se modifie, d’une crête à l’autre, selon l’angle choisi, même si les mêmes montagnes restent dans le cadre.»

Au final, ses peintures sont réalistes. «J’ai eu pas mal de retours disant que je peignais les montagnes comme tout le monde peut les voir», raconte le quadragénaire qui a travaillé dans des situations pas toujours confortables. Quand il bivouaque à –20°C au réveil, il n’est pas le seul à avoir froid. Les pigments dévient et le crayon gèle, mais pas l’eau. Il a pris soin d’y ajouter de la vodka pour éviter qu’elle ne se fige.

Cerné par la montagne

Si Laurent Willenegger aime la montagne, il le doit en partie au moins à ses parents. Ceux-ci se sont occupés pendant plusieurs années de la cabane d’Arpitettaz, appartenant à la section nyonnaise du Club alpin. Enfant, l’Yverdonnois a ainsi passé des étés au fin fond du val d’Anniviers, cerné par une couronne de 4000 et ses glaciers. Il n’est pourtant pas devenu alpiniste par la suite. Pour son livre, il ne s’est pas beaucoup éloigné des sentiers balisés ou des pistes de ski. À deux reprises, il a engagé un guide. La première pour atteindre un sommet qui se refusait à lui, le Grünhorn, car difficile d’accès dans la région d’Aletsch. La seconde était pour intégrer sa famille, en gravissant avec ses garçons le Breithorn, juste à côté du Petit-Cervin, à Zermatt.

De son marathon alpin, Laurent Willenegger se rappelle des émotions fortes, comme devant le Lyskamm, dans la région de Zermatt. «Son nom est déjà magnifique. Et le visage de cette montagne est incroyable avec le glacier qui descend en écharpe. J’aurais pu me croire dans l’Himalaya.» Mais aussi des surprises quand il se déplace pour peindre une montagne en particulier qui reste cachée par une couche de brume impénétrable. À ce moment-là, il suffit parfois de se retourner pour découvrir un panorama inattendu d’où émerge forcément un autre 4000.

Ces impressions sont relatées en petits textes brefs entre les aquarelles qui apparaissent sur 360 pages de «Face aux 4000». Sans oublier la participation du géologue Thierry Basset, qui apporte une assise scientifique à l’ouvrage grâce à ses interventions tout aussi concises et pédagogiques. Autoédité pour maîtriser les charges, le livre, de belle facture, est sorti à 1500 exemplaires vendus dès 89 francs. «Il est luxueux, reconnaît Laurent Willenegger. Mais j’ai tenu à le faire imprimer en Suisse plutôt qu’au val d’Aoste ou en France.»

Livre «Face aux 400», en vente sur www.thierrybasset.ch et sur www.wildsideproductions.ch

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