Le monde s'éloigne de son objectif climatique

EnvironnementL'écart entre le niveau actuel des émissions de gaz à effet de serre et le niveau nécessaire est plus grand que jamais, s'inquiète l'ONU.

L'an dernier, les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont reparties à la hausse, après trois ans de relative stabilité.

L'an dernier, les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont reparties à la hausse, après trois ans de relative stabilité. Image: Keystone

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Le monde s'éloigne de son objectif de maîtrise du réchauffement climatique, alerte mardi l'ONU dans un rapport annuel sévère. Le fossé ne cesse de croître entre les émissions de gaz à effet de serre et l'ambition de l'Accord de Paris.

Pour garder la hausse du mercure en-deçà de 2°C, les Etats devront tripler d'ici 2030 le niveau global de leur engagement par rapport aux promesses faites en 2015 à la conférence climat de Paris, souligne le Programme environnement de l'ONU (PNUE).

Et le multiplier par cinq pour ne pas dépasser 1,5°C, stade déjà annonciateur de dérèglements, ajoute ce 9e rapport sur l'action climatique, publié à cinq jours de l'ouverture de la 24e conférence mondiale sur le climat (COP24) à Katowice (Pologne).

«C'est la nouvelle la plus alarmante: l'écart (entre le niveau actuel des émissions et le niveau nécessaire, ndlr) est plus grand que jamais», dit à l'AFP Philip Drost, qui a coordonné le rapport du PNUE.

Record historique

L'an dernier, les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont reparties à la hausse, après trois ans de relative stabilité. Et 2018 devrait connaître la même tendance, avec une augmentation attendue des émissions du secteur de l'énergie (qui pèsent les trois quarts du total), a déjà prévenu l'Agence internationale de l'énergie.

Le scénario du PNUE est plus sombre que l'an dernier aussi parce que les dernières recherches montrent qu'il ne faudra pas compter sur un déploiement vaste et rapide de technologies d'absorption du CO2.

Les émissions en 2017 ont atteint un niveau historique, à 53,5 gigatonnes (Gt) équivalent CO2, soit 0,7 Gt de plus qu'en 2016, souligne le PNUE. Et «rien ne dit qu'elles aient atteint un pic - ce point où elles basculent, de la hausse à la baisse». Pour rester à 2°C, il faudrait émettre au maximum 40 Gt CO2e en 2030, et 24 Gt pour 1,5°. Or si les pays s'en tiennent à leurs actions présentes, sans les renforcer, ils produiront encore 59 Gt à cette échéance, souligne le rapport, synthèse des connaissances scientifiques.

Selon les auteurs, 49 pays ont passé leur «pic» d'émissions, mais ils ne représentent que 36% des GES mondiaux. Et au total seuls 57 Etats (60% des émissions) seraient en bonne voie d'y parvenir d'ici 2030 - si leurs promesses de 2015 sont tenues.

«Comme courir après un bus»

Il y a des progrès: boom des énergies renouvelables, de l'efficacité énergétique, actions des collectivités locales dans les transports... Le PNUE souligne le dynamisme du secteur privé et le potentiel inexploité de l'innovation et du financement vert.

Mais lutter contre le dérèglement climatique aujourd'hui «c'est comme courir après un bus», explique Andrew Steer, président du think tank WRI. «Nous allons de plus en plus vite, nous battons des records, mais le bus accélère, et la distance se creuse».

Selon le rapport spécial publié en octobre par les experts climat de l'ONU (GIEC), le monde doit aussi viser l'objectif 1,5° et pas seulement 2°C s'il veut se garder d'impacts majeurs, vagues de chaleur, super-ouragans ou calottes glaciaires déstabilisées. Or à ce stade, il court vers 4°C par rapport au niveau pré-industriel, à la fin du siècle.

Mauvais élèves

Le PNUE insiste sur l'amélioration de l'impulsion au niveau national et le rôle à jouer par les gouvernements, par exemple via «une politique fiscale soigneusement conçue (...) pour subventionner des solutions à faibles émissions et taxer les combustibles fossiles».

Nombre de pays du G20 en particulier ne devraient pas remplir leurs engagements pris à Paris (UE, Etats-Unis, Australie, Canada...), à en croire leurs trajectoires actuelles. La Chine et la Russie devraient y arriver, mais leurs ambitions étaient relativement limitées.

A la COP de Katowice, qui ouvre dimanche, les Etats sont invités à répondre au rapport du GIEC et à se pencher sur l'ampleur de leur engagement global. L'accord de Paris prévoit une révision des contributions nationales pour 2020.

«Les gouvernements doivent vraiment reprendre leurs contributions, et relever leurs ambitions», souligne M. Drost, du PNUE. «Il y a tant de chemin à parcourir, et nous devons agir rapidement. Pas dans des décennies, maintenant». (ats/nxp)

Créé: 27.11.2018, 16h56

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