Le nombre de manchots royaux en «déclin massif»

EnvironnementLa plus grande colonie au monde de manchots royaux a perdu 90% de sa population lors des 35 dernières années.

Le nombre de manchots royaux, présents ici dans un zoo en Allemagne, a diminué d'un tiers.

Le nombre de manchots royaux, présents ici dans un zoo en Allemagne, a diminué d'un tiers. Image: AFP

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La colonie de manchots royaux située sur l'île aux Cochons dans l'archipel subantarctique de Crozet, considérée comme la plus grande au monde, a fondu de près de 90% en 35 ans, estiment des chercheurs, s'appuyant sur des images prises par satellites.

Entre le début des années 1980 et aujourd'hui, «la colonie a décliné de 88%, passant d'environ 500'000 couples reproducteurs à 60'000 couples», selon cette étude publiée dans Antartic Science. Dans la mesure où l'on estime qu'un couple reproducteur représente quatre individus (le couple et deux jeunes), cela signifie qu'il resterait environ 240'000 manchots royaux sur l'île.

«C'est une réduction énorme», a déclaré vendredi à l'AFP Henri Weimerskirch, chercheur CNRS et premier auteur de l'étude parue cette semaine. «Si les causes de la disparition de ces manchots pourraient être environnementales, le mystère reste entier», souligne le CNRS.

Connue depuis les années 1960, cette colonie se trouve dans la réserve naturelle des Terres australes françaises (TAAF). Dans les années 1980 elle était considérée comme la plus grande colonie de manchots royaux au monde. Mais en raison de son isolement et de son inaccessibilité, il n'y avait pas eu d'évaluation récente de cette colonie depuis des décennies.

Un tiers de la population perdue

Le manchot royal (Aptenodytes patagonicus) a un ventre blanc, un bec noir et une tache orange sur le côté de la tête. Il est un peu plus petit que le manchot empereur. Les chercheurs du Centre d'études biologiques de Chizé (CNRS/Université de la Rochelle) ont utilisé des images haute résolution prises par satellites pour mesurer les changements de taille de la colonie depuis la dernière visite de l'île par une équipe scientifique en 1982.

A l'époque, la colonie comptait 500'000 couples reproducteurs, soit une population de plus de 2 millions d'individus. Pour évaluer les surfaces occupées par les manchots entre 1960 et aujourd'hui, les scientifiques ont mesuré sur les images satellitaires les bords de la colonie année après année et se sont rendus compte que celle-ci diminuait au profit d'un retour de la végétation.

Des clichés pris depuis un hélicoptère lors de l'Antarctic Circumpolar Expedition (ACE) en 2016 ont confirmé la réduction spectaculaire de la colonie. Les résultats indiquent que le déclin a débuté à la fin des années 1990. «L'élément déclenchant» a été sans doute un épisode climatique majeur dans l'océan Austral lié au phénomène El Niño en 1997.

Celui-ci aurait affecté temporairement les capacités de recherche de nourriture des manchots royaux, comme cela a été observé sur une colonie dans une autre île de l'archipel de Crozet et aux Kerguelen. «Mais ces colonies se sont ensuite stabilisées (...), alors que celle de l'île aux cochons a continué à décliner», relève le scientifique. «C'est étonnant. Il s'est passé quelque chose en plus sur cette île. Il faudrait aller sur place pour comprendre», ajoute-t-il.

Plusieurs facteurs ont pu jouer: une très forte densité rend la compétition plus rude entre les individus, surtout lorsque la nourriture manque. Ce qui peut accentuer le déclin. Autre hypothèse avancée: une maladie comme le choléra aviaire. «Jusqu'à cette étude, dans tout l'océan austral, la population de manchots royaux était estimée à 1,5 million de couples reproducteurs». Cette mauvaise nouvelle venant de l'île aux Cochons «signifie qu'on a perdu un tiers de la population globale de manchots royaux», souligne le chercheur. (afp/nxp)

Créé: 27.07.2018, 23h47

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