Le Poutorana n’a pas livré tous ses secrets

Grand NordUn vaste plateau sauvage et intact, cœur géographique de la Russie, s’élève près de Norilsk.

Le plateau basaltique de Poutarana, deuxième plus grand dans le monde après le Deccan en Inde, mélange toundra et taïga. Cette région a la plus grande concentration de chtes d’eau de Russie et constitue un endroit unique au monde en terme de multitude de lacs profonds

Le plateau basaltique de Poutarana, deuxième plus grand dans le monde après le Deccan en Inde, mélange toundra et taïga. Cette région a la plus grande concentration de chtes d’eau de Russie et constitue un endroit unique au monde en terme de multitude de lacs profonds Image: Sébastien Féval

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Un espace vierge de toute activité humaine. Un paysage spectaculaire de toundra, de taïga et de désert arctique, lézardé de coulées de laves basaltiques, de dizaines de canyons, de milliers de rivières et cascades – parmi les plus belles de Russie – qui alimentent plus de 25 000 étangs et lacs, parfois longs de 150 km et profonds de 400 m (voir la vidéo du vol en hélicoptère ci-après).

Sur le plateau de Poutorana, le plus haut d’Eurasie, posé à moins de 100 km du complexe sidérurgique de Norilsk, l’eau est cristalline, l’air pur. «Quand j’arrive ici, je suis toujours impressionné par la beauté intacte des lieux, s’émerveille Thimofeï Pigarev, notre guide. Au mois d’août, le sol est recouvert de baies qu’il suffit de ramasser. Les rivières regorgent de poissons. Il n’y a qu’ici où l’on peut croiser certains oiseaux très rares et autant d’animaux souvent protégés. Il y a des ours, des loups, des lynx, des écureuils volants, des gloutons…» Au total, 184 espèces volatiles et plus de 50 mammifères au plus haut de la période migratoire, sans oublier près de 1300 espèces végétales.

Thimofeï, 22 ans, vient rejoindre, chaque été depuis quatre ans, la petite équipe qui gère l’un des deux seuls points de chute ouverts au public et perdus au milieu du parc national du Poutorana. Le site a été classé Patrimoine mondial par l’Unesco en 2010. Un vaste terrain d’aventure de 18 000 km2 (en partie interdit aux visiteurs), qui ne constitue que la portion la plus sauvage des 240 000 km2 d’une région aussi vaste que le Royaume-Uni. Pendant trois mois, le jeune Moscovite – qui maîtrise aussi bien le français que l’anglais – s’improvise guide. Couteau à la ceinture, car «on ne sait jamais quelle bête on va rencontrer», il accompagne des vacanciers, spécialistes ou passionnés de nature et rares chanceux à arpenter les monts et les vaux formés il y a une dizaine de millions d’années.

L’été, la cabane accueille touristes et scientifiques désireux d’arpenter le plateau du Poutorana.

L’an dernier, à peine 600 touristes ont visité ce territoire accessible essentiellement en hélicoptère depuis Norilsk. Les uns sont venus en hiver, par – 50 degrés, pour fendre la poudreuse sur les flancs de ces «montagnes sans sommet», comme les appellent les anciens nomades qui en faisaient leur terrain de chasse. Les autres en été, pour du trekking, du rafting ou des journées de pêche passées avec des températures qui frisent les 30 degrés. «Regardez ces reliefs… Ne sont-ils pas mystérieux, passionnants à explorer?» s’enthousiasme Thimofeï.

Le plateau oscille entre 1000 et 1700 m d’altitude. Sa première exploration date de 1984. A la fois réserve de fossiles, lieu de transhumance naturelle des rennes – un phénomène exceptionnel dans le Grand Nord – et espace toujours inhabité, il est un endroit unique au monde pour comprendre les processus écologiques et biologiques de l’évolution de la flore et de la faune. A tel point qu’aucune utilisation des terres ou des ressources n’est autorisée en dehors de la recherche scientifique touchant à la géologie comme à la paléontologie ou à la biologie. «C’est, entre autres, l’un des rares endroits de Sibérie où le mouflon des neiges est endémique. Ce mouton sauvage fait l’objet, depuis quelques mois, d’un important recensement», explique Leonid Kolpachikov, chef de la section scientifique des Parcs nationaux de Taïmyr.

Ce programme vient s’ajouter aux recherches qui tentent, depuis la fin de l’Empire soviétique, de percer tous les mystères du Poutorana. Un paradis terrestre heureusement préservé des émanations de la ville voisine (l’une des plus polluées de la planète) grâce aux vents détournés par les impressionnantes parois rocheuses qui encerclent le plateau.

(24 heures)

Créé: 04.08.2016, 08h00

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