A Pyramiden, où le temps s'est arrêté

Grand NordAbandonnée en 1998, la ville minière russe de l'Arctique est devenue un musée en plein air, que des touristes toujours plus nombreux visitent lors d'une croisière.

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Le bateau accoste à un ponton en bois fatigué. Aux abords du quai, des tas de ferraille rouillée jonchent le sol. En arrière-plan s’élève une montagne abrupte dont le sommet régulier a donné son nom à la ville. Elle abrite sur ses flancs l’entrée de l’ancienne mine encore visible. On voit au loin les rails du funiculaire qui emmenait les mineurs 400 mètres plus haut. De là partaient les galeries vers les filons de charbon. Les wagonnets remplis du précieux minerai empruntaient le même tracé, à la descente.

«Travailler à Pyramiden était un privilège, on y envoyait les meilleurs ouvriers soviétiques», explique notre guide russe. Long manteau noir qui lui donne un air de cosaque, fusil à l’épaule, petites lunettes rondes et verbe fleuri, Denys semble tout droit sorti d’un film des années 50. Avec sa figure d’ange, il pourrait avoir tenu un rôle dans Le Docteur Jivago. Il prend très au sérieux sa mission et y trouve un plaisir évident. 28 ans, originaire de Sibérie, il étudie l’histoire et la philosophie. Il a été recruté comme guide pour faire visiter ce lieu étrange en Arctique. «C’est ma première saison. J’aime ce coin paisible, c’est un bon travail», confie-t-il, les yeux malicieux.

Pyramiden. 79e degré de latitude nord, sur l’île principale de l’archipel norvégien du Svalbard. La ville a hébergé jusqu’à 1200 Russes dans ses années fastes, les décennies 1970 et 80. L’implosion de l’Union soviétique l’a condamnée. La mine n’était pas rentable. Moscou ne payait plus les salaires. Les installations devenaient dangereuses. La décision de fermer la colonie est tombée en 1998. La légende veut que les habitants soient partis en quelques jours. Le guide reconnaît que ce fut un peu différent: l’abandon des lieux a pris plusieurs mois.

S’aventurer aujourd’hui dans les rues de Pyramiden, c’est remonter le temps, au faîte de la gloire de l’URSS. Là-haut, tout proche du pôle Nord, les ouvriers avaient tout pour s’épanouir. Devant le Palais de la culture, le buste de Lénine embrasse d’un regard fier et paternel la grande place et l’allée principale baptisée les Champs-Elysées. On visite la salle de cinéma et la bibliothèque, la crèche et l’hôpital, le centre sportif avec sa salle de basket et sa piscine olympique. La cantine, où une immense mosaïque représente les beautés de l’Arctique. Les jardins où des légumes étaient cultivés sur de la terre acheminée d’Ukraine.

Tout tient encore debout mais les murs se lézardent, la poussière s’accumule, les mauvaises herbes gagnent du terrain. La compagnie russe Arktikugol, propriétaire de la mine depuis 1926, reste maîtresse des lieux. Elle assure le minimum pour profiter de l’essor du tourisme en Arctique. Pyramiden, ville fantôme dans un écrin magnifique, est une curiosité qui attire des dizaines de visiteurs chaque jour en été. Ils découvrent que les oiseaux sont les nouveaux locataires des bâtiments à l’abandon. Leurs danses dans le ciel et leurs cris lugubres font un pied de nez à une civilisation récente et brutalement disparue.

Créé: 17.07.2016, 08h30

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