Réchauffement culturel en ville d’Arkhangelsk

Grand NordA l’écart des enjeux maritimes, le port de la mer Blanche s’anime en juin

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Aussi exotique que le nom d’Arkhangelsk puisse paraître, il vient tout bonnement du mot «archange» et du monastère dédié à saint Michel, qui veillait sur l’estuaire dès le XIIe siècle. Sous ses sonorités glacées et un peu sauvages, la ville portuaire à l’embouchure du fleuve Dvina et de la mer Blanche – porte d’accès historique à la navigation au nord – fait un peu grise mine, malgré ses longs crépuscules dorés battus par le vent.

Mieux placée, la ville de Mourmansk se taille la part du lion dans le développement du trafic maritime du nord. Arkhangelsk, qui doit une grande partie de son activité à l’industrie du bois et de la pêche, ne devrait pas beaucoup profiter des nouvelles routes marchandes que la fonte des glaces facilite.

Ivan Katyishev, jeune historien du Musée du patrimoine maritime de la Russie du Nord, en viendrait presque à rêver d’un retour au Moyen Age et à la vie des Pomores, pêcheurs et navigateurs qui ont fait la culture ancestrale de la région.

Mettre en valeur le cadre naturel du delta environnant ouvrirait des perspectives pour le tourisme, mais le développement actuel n’en prend pas encore le chemin, même si les îles Solovki reçoivent déjà régulièrement des visiteurs attirés par leur monastère et les souvenirs effrayants du goulag établi jadis par les Soviets…

Directeur du Théâtre pour la jeunesse de la ville depuis 1975, Victor Panov, 77 ans, n’a, lui, pas attendu pour concrétiser ses rêves de théâtre de rue en lui consacrant un festival – en pleine effervescence lors de notre séjour à la fin de juin – et, s’il devait se réfugier dans le passé, il choisirait certainement une période moins reculée que le Moyen Age…

«Ne me faites pas dire du bien d’un certain Gorbatchev, qui a détruit cette belle chose qu’était l’Union soviétique, s’emporte presque le malicieux vétéran des planches, qui prétend avoir atteint les 96 ans. Mais il faut bien admettre qu’il nous a laissé quelques libertés…»

«Ne me faites pas dire du bien d’un certain Gorbatchev!»

La première édition prend donc possession des rues d’Arkhangelsk en 1990. C’est l’époque où Slava Polounine, auteur du fameux Snowshow, prend son essor à l’international. «Comme lui, nous avons pu commencer à honorer des invitations à l’étranger – en Pologne, en France, en Angleterre – sans que les invitations n’arrivent quand les festivals étaient déjà terminés. Une spécialité scandaleuse du KGB!»

Sa troupe passe cinq fois par le Off d’Avignon et se fait remarquer. «L’une des années, Le Monde a titré: «Pourquoi avons-nous besoin du In si nous avons un Off aussi bon?» Mais inviter des étrangers ici était aussi intéressant pour qu’ils puissent jeter un œil à notre pays pendant cette période spécifique.»

Depuis les débuts, plus de 200 compagnies ont ainsi fait le déplacement dans une ville qui peut se targuer de présenter l’un des festivals de théâtre les plus nordiques du monde, financé par l’Oblast (le district) et non la Municipalité. «Le gouverneur de la ville est une merde, lâche Victor le terrible. A Barcelone, ils dépensent 50 millions d’euros en une nuit. Nous, on se débrouille avec 170 000 francs pour une semaine et Dieu seul sait combien de taxes nous payons.»

Dans son vieux théâtre en bois non loin du fleuve, Victor Panov croit au rôle de fortifiant moral de l’art. «Il est important de faire rire les gens. Comme le dit Aristote, une cité n’est pas belle à cause de ses murs mais par les gens qui y vivent. Nous avons un beau public, très chaleureux, qui pleure quand le festival se termine – nous sommes chauds dans le nord! Et nous participons à l’amélioration de la situation démographique: chaque année, nous marions au moins trois filles!»

La blague est peut-être innocente, mais, quand l’on sait que la population d’Arkhangelsk est passée de 415 000 habitants en 1989 à 348 000 en 2010, on cerne mieux les inquiétudes de certains habitants quant à l’avenir de la ville.

Dans les rues et sur les places, que ce soit sous le regard courroucé de Lénine en gardien de blocs d’habitation soviétiques ou devant de vieilles demeures boisées, les habitants répondent présent et chaque spectacle, même le plus modeste, se termine par une foule harcelant les artistes par des demandes d’autographe.

L’ambiance est marrante à défaut d’être très chaude. «Vous parlerez des spectacles et pas des trous dans les routes!» intime Victor Panov. Promis… Sans aller jusqu’à entonner avec Jean-Louis Murat: «Si tu retournes à Arkhangelsk, moi je me casse sous Périclès», on ne va peut-être pas y revenir tout de suite en vacances. Mais dans quelques années?

Créé: 20.07.2016, 09h33

Arkhangelsk, un nom

Port historique, Arkhangelsk a des atouts à faire valoir dans le tourisme. Des musées (sur l’histoire locale et l’histoire maritime du nord) bien réalisés. Un delta de la Dvina et des régions naturelles à explorer. Mais les infrastructures manquent et la ville souffre aussi de son éloignement. Paradoxalement, les liaisons navales pour passagers sont quasi inexistantes et l’avion demeure le moyen le plus évident pour y accéder. Mais la ville au nom exotique fait rêver depuis longtemps et les transports imaginaires ne manquent pas. Aussi bien Georges Simenon (Le petit homme d’Arkhangelsk) qu’Arthur Conan Doyle (L’homme d’Arkhangelsk) s’en sont servis pour leurs titres. Il est aussi possible de naviguer sur Arkhangelsk, album de 2007 du trompettiste Erik Truffaz et de son quartet lausannois.

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