Sur la route du permafrost

Grand NordA Salekhard, de nouvelles techniques sont développées pour bâtir les routes sur le pergélisol.

La route reliant Salekhard et Nadym, construite sur le permafrost grâce à de nouvelles technolgies, devrait être terminée en 2020.

La route reliant Salekhard et Nadym, construite sur le permafrost grâce à de nouvelles technolgies, devrait être terminée en 2020. Image: CELLA FLORIAN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Tous les deux mètres nous faisons des bonds d’au moins 50 centimètres sur notre siège. Le minibus qui nous emmène découvrir les secrets de la nouvelle route reliant Salekhard, capitale du district de Iamalo-Nénétsie, à Nadym, au sud-est de cette dernière, remue dans nos estomacs la kacha (porridge russe) que nous avons mangée au petit-déjeuner. C’est que le tronçon qui y mène a été bâti dans les années 70, pour les besoins de transports des entreprises pétrolières et gazières, sans se préoccuper des conditions particulières du terrain.

«Le bitume a simplement été jeté sur le sol, constitué de permafrost (lire encadré). C’est la fonte de ce dernier qui rend le terrain instable et provoque des affaissements.» Aujourd’hui, les quelque 350 kilomètres qui séparent les deux cités sibériennes font l’objet de mûres réflexions par une équipe d’ingénieurs, dont Denis Alexandrovitch Konev est le responsable. Le tracé de cette voie de communication passe principalement sur des marécages, soit un terrain mou, instable et humide. Afin de pouvoir maintenir le goudron dans un état correct, il a fallu développer une solution permettant de maintenir le sol dans les mêmes conditions, été comme hiver.

Congeler les marais

Dès le premier kilomètre des quelque 78 qui ont déjà pu être construits selon le nouveau procédé, nos estomacs sentent la différence. «Nous avons développé une technologie qui nous permet de congeler ces marais. Grâce à cela, nous augmentons artificiellement le niveau du pergélisol, sur lequel nous ajoutons une couche d’isolation composée de sable, puis le bitume», explique Denis Konev. La technique? L’hiver venu, ils utilisent les ressources naturelles du froid en retirant la neige, qui empêche le sol d’emmagasiner le froid. Une fois cette couche de glace stabilisée, ils y insèrent un thermostabilisateur. «Il s’agit de capsules de métal contenant un système de refroidissement qui, à l’arrivée de la belle saison, permettent de maintenir de basses températures dans le sous-sol», ajoute le responsable du projet.

Au printemps, sous le pont près duquel nous nous arrêtons pour observer ce joyau d’asphalte de plus près, coule une «énorme, énorme, énorme» rivière engendrée par la fonte des neiges. Ne pouvant construire un système d’écoulement souterrain à cause de la glace du permafrost, les ouvriers ont bâti des couloirs de granit permettant à l’eau de rejoindre le torrent.

Nous n’irons pas plus loin que ce pont. «Les travaux auraient dû être terminés en 2015 mais, pour des raisons économiques, ainsi que la courte période estivale durant laquelle nous pouvons travailler, ils ont pris du retard», regrette Denis Konev. Financée par l’Administration de Iamalo-Nénétsie, l’Administration de la région de Tioumen et, pour une mince partie, par le budget fédéral, la route devrait être ouverte en 2020.

«Même si les températures venaient à augmenter?» s’inquiète Maxime, notre étudiant en géologie. Les statistiques ayant permis de mettre sur pied cette technologie ont été faites sur les températures et l’état du permafrost de ces cinquante dernières années. «Il y a une tendance à l’augmentation des températures, cela est certain. Mais pour le moment, rien ne dit qu’elles vont augmenter drastiquement. Si tel était le cas, nous modifierions notre approche», affirme Denis Konev.

Suivez nos équipes de journalistes dans le Grand Nord sur notre webdocumentaire spécial. (24 heures)

Créé: 29.07.2016, 08h07

Le journal de bord

Retrouvez les aventures de la quatrième équipe du Projet Grand Nord jour par jour et en vidéo dans notre webdoc.

Denis Konev, responsable de la construction des routes pour l’Administration de Iamalo-Nénétsie.

En chiffres

78 km terminés

114 suivants en travaux

100 derniers encore au premier stade de construction

78 ponts

6 passages souterrains pour les pipelines, la route est construite autour

6 passages pour les rennes

40km de route traversent une réserve nationale, beaucoup de précautions

41 c’est le nombre de km qu’ils espèrent compléter cette année

Le pergélisol comme agent «invisible» du rapport au sol



Les zones marécageuses qui recouvrent la péninsule de Yamal correspondent à la partie visible du permafrost, ou pergélisol en bon français. Il s’agit d’un type de sol gelé en permanence durant une période de deux ans au minimum. La couche supérieure de ce sol, les deux ou trois premiers mètres que l’on appelle le «toit», fond désormais durant la période estivale, en raison de l’augmentation des températures. Le rayonnement UV, que le sol emmagasine et dont il absorbe la chaleur sans la restituer à l’atmosphère, est aussi l’une des causes de cette fonte.

Le permafrost retient prisonnier une quantité non négligeable de méthane dans ses glaces. Constituant 20% de la surface terrestre, s’il venait à fondre de manière trop importante, il pourrait jouer un rôle non négligeable sur le changement climatique en libérant les gaz qu’il contient.

Les habitants de la péninsule ont dû trouver des solutions pour construire leurs immeubles, la fonte du permafrost rendant le sol instable. La technique consiste à planter des pilotis un an avant de venir bâtir les édifices par-dessus. Ils garantissent une certaine stabilité au bâtiment, et permettent aussi d’éviter que les chauffages intérieurs n’augmentent la fonte du pergélisol. C’est pour la même raison que les réseaux électriques, d’eau et de télécommunication ne sont pas enterrés mais passent dans des structures extérieures semblables à de petits pipelines.

Maxime Collombin

Articles en relation

Immersion dans la vie d’une brigade nomade

Grand Nord Près du lac de Yarato, une trentaine de Nénètses nous ont accueillis chez eux. Plus...

Le poisson ou «l’or argenté» de Yamal

Grand Nord Après les énergies fossiles, la pêche est la principale ressource de la péninsule. Plus...

Comment dit-on «climat» en russe, déjà?

Grand Nord Vu depuis la Sibérie, le changement climatique montre un autre visage. Plus...

Salekhard, chrysalide de la péninsule de Yamal

Grand Nord La capitale du district de Iamalo-Nénétsie se développe à vue d’œil. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.