Salekhard, chrysalide de la péninsule de Yamal

Grand NordLa capitale du district de Iamalo-Nénétsie se développe à vue d’œil.

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«Il y a une soixantaine d’années, les habitants de Salekhard recevaient de la nourriture provenant de l’aide humanitaire portugaise. Aujourd’hui, nous exportons des denrées alimentaires partout», expose Alexey Snegirev, rédacteur en chef du journal Sever, qui signifie «Nord» en russe. Située en Sibérie, à 2000 km au nord de Moscou, au pied de la péninsule de Yamal qui renferme la plus grande quantité de gaz du pays, la capitale du district autonome de Iamalo-Nénétsie est le reflet de l’évolution fulgurante que vit cette région depuis la découverte d’énergies fossiles dans son sous-sol dans les années 60.

Le contraste entre le palais du gouverneur, une immense bâtisse d’un blanc éblouissant, les imposants immeubles multicolores flambant neufs du centre-ville, cette majestueuse cathédrale en construction et les maisons en bois délabrées que l’on aperçoit en entrant dans la ville est saisissant. Construites en vitesse et sans aucun souci de confort à l’arrivée des entreprises pétrolières, qui y ont toujours leurs sièges, elles sont aujourd’hui peu à peu détruites. «Le gouvernement de la province tente de faire face à ce problème depuis de nombreuses années, mais les travaux de construction ne peuvent être réalisés que lors de la courte période estivale», constate Alexey Snegirev.

Ce bref été où le mercure grimpe jusqu’à 30 °C, et cette nuit polaire où les températures atteignent parfois –40 °C, le journaliste arrivé il y a vingt ans du Kazakhstan s’y est habitué. «Ce climat très froid permet de tisser des relations extraordinairement chaleureuses entre les habitants.» Conséquence des changements climatiques ou anomalie ponctuelle, l’hiver dernier a été le plus doux jamais enregistré. Les petits Salekhardiens, qui sont dispensés d’école lorsqu’il fait en dessous de –30 °C – soit normalement trente à quarante jours par an –, n’ont eu congé que deux jours cette année.

Pas de gaz à la maison

Difficile, en marchant dans les larges rues où l’on ne croise que très peu des 50 000 habitants – ce qui correspond au nombre total de personnes qui vivaient dans le district avant la Deuxième Guerre mondiale – d’imaginer le mode de vie des premiers Cosaques ayant fondé la ville, qu’ils ont baptisée Obdorsk, en 1595. Il reste quatre bâtiments, témoins de cette époque, dont la forteresse en bois où ils avaient installé quatre canons en cas de rébellions des populations indigènes contre la perception des impôts pour le Tsar. Ils n’ont jamais servi.

A en croire notre rédacteur en chef, les relations entre les 110 groupes ethniques présents dans la péninsule (dont les trois principaux sont les Selkoupes, les Khantes et les Nénètses) et les autorités locales sont aujourd’hui très bonnes. «Certains Nénètses ont été enrôlés dans l’armée lors de la Seconde Guerre mondiale. Deux d’entre eux, de retour à Salekhard, sont allés faire un rituel de remerciement autour de la statue de Lénine. L’année suivante, à l’école, les enseignants faisaient répéter à leurs élèves nénètses que Lénine était un leader et pas un dieu, et qu’il ne fallait pas lui sacrifier des rennes», explique German, guide de la ville.

Devant la haute sculpture de granit appelée La Romantica, érigée en 2001 lors de l’extraction du 10 billionième mètre cube de gaz dans le district, le jeune homme aux longs cheveux roux explique que, comme beaucoup de Salekhardiens, son immeuble n’est pas directement relié au gaz. Un peu plus loin, au pied d’un grand monument censé représenter deux tchoums – les tentes des Nénètses – et le cercle polaire, mais où les habitants préfèrent voir deux bouteilles de vodka et une saucisse, l’on apprend que ce cercle polaire passe en réalité au beau milieu de la ville. «Entre 1970 et 1977, ceux qui vivaient dans les quartiers du côté nord du cercle gagnaient des salaires 20% plus élevés et avaient deux fois plus de vacances que les habitants de la partie sud», raconte German.

La totalité de la ville étant depuis administrativement considérée comme située au-dessus du cercle, elle attire beaucoup de Russes et de migrants des pays de l’ex-URSS. Ainsi, Salekhard est l’une des villes du pays qui compte le plus de nouveau-nés par année proportionnellement à sa population. «Vous savez, ici, les nuits durent longtemps, il faut bien s’occuper», s’amuse Alexey Snegirev. (24 heures)

Créé: 25.07.2016, 08h42

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Ressources pétrolières de la péninsule: l’enjeu des superlatifs

La péninsule du Yamal représente l’une des régions les plus prometteuses de Russie en matière d’exploitation pétrolière et gazière. Elle constituerait à elle seule plus du quart des réserves mondiales de gaz. Pas moins de 26 champs de gaz et de condensat (un type de pétrole léger) ont été découverts sur la péninsule et ses zones côtières. Les réserves d’hydrocarbures estimées s’élèvent à plus de 16 trillions de mètres cubes de gaz, 230 millions de mètres cubes de condensat ainsi que 290 millions de mètres cubes de pétrole.

Un projet de programme pour le développement global des champs de la péninsule et de ses zones offshore a été défini en 2002 par Gazprom, entreprise russe spécialisée dans l’extraction, la production, le transport et la vente de gaz naturel, en collaboration avec l’administration de la province autonome de Iamalo-Nénétsie (YaNAO) et le gouvernement russe.

Les sites de production se répartissent en trois zones principales: Bovanenkovo, Tambey et le sud de la péninsule. Les zones offshore, quant à elles, ne devraient pas être exploitées avant 2025. Détenu par Gazprom, le champ de Bovanenkovo comprend les réserves les plus importantes de la péninsule. La production totale pourrait atteindre jusqu’à 220 milliards de mètres cubes de gaz et jusqu’à 4 millions de tonnes de condensat par an.

L’un des enjeux clés de l’exploitation de la péninsule réside dans l’acheminement des hydrocarbures. Pas moins de 15'000 km de pipelines devraient être construits d’ici à 2030 pour acheminer le gaz à travers le pays, jusqu’en Europe de l’Est, et vers le port d’exportation de Sabetta, où le méthane sera liquéfié avant d’être expédié par tanker.

Si l’impact environnemental et social lié à l’exploitation de telles ressources paraît indéniable, sur place, il a été difficile d’en saisir la portée. L’exploitation d’hydrocarbures, bien qu’assortie de tout un panel de normes environnementales qu’elle se doit de respecter, engendre des nuisances importantes sur l’environnement et le mode de vie des populations autochtones. Cet impact est, somme toute, à relativiser. La péninsule, qui fait plus de 120'000 km2, est presque inhabitée. Les Nénètses, dont la population n’excède pas les 25'000 personnes, se révèlent être les seuls habitants de ces contrées septentrionales reculées.

Il ne s’agit pas ici de minimiser l’impact de l’exploitation pétrolière et gazière mais bien de le pondérer. Les Nénètses semblent aussi pouvoir, de manière indirecte, profiter de l’argent du gaz. Ils bénéficient d’indemnités et de subventions en compensation des zones auxquelles ils n’ont plus accès sur leur territoire. Accès à l’éducation, perspectives professionnelles nouvelles, leur mode de vie ancestral semble désormais être en sursis. Est-ce à tort ou à raison? Conséquence directe de l’exploitation d’hydrocarbures ou paradoxe de la société contemporaine globalisée? La question demeure ouverte…
Maxime Collombin

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