Terribles ou adorables, ils se préparent à nous envahir

NatureDe nouveaux insectes sont aux portes du canton. Du redouté frelon asiatique aux charmantes libellules, en passant par la cigale et la fourmi. Florilège.

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Prononcer leur nom fait déjà frémir: le terrible frelon asiatique ou l’insatiable moustique-tigre. D’autres insectes particulièrement envahissants se sont déjà installés dans le canton, à l’exemple de l’avide fourmi Tapinoma magnum ou la punaise diabolique. Les changements climatiques ou l’importation accidentelle expliquent ces migrations. Le réseau World Weather Attribution est convaincu pour sa part que la canicule qui sévit, et qui a particulièrement touché la Scandinavie, est directement liée aux changements climatiques. Lors de la canicule de 2003, une cigale grise était parvenue du côté de Genève. Son chant rappelant la Provence avait été entendu.

Avec la vague de chaleur connue cet été, ces insectes ont-ils déjà franchi les montagnes? Naturalistes, entomologistes mais aussi apiculteurs et pompiers s’attendent à l’arrivée d’un tueur d’abeilles, le frelon asiatique. Long de trois centimètres, contre près de quatre pour son cousin européen, dont la robe est beaucoup plus jaune, il est cependant nettement plus agressif.

«Des frelons asiatiques ont été répertoriés dans la région de Frangy, en Haute-Savoie. Mais, jusqu’à présent, il semble qu’il ne soit pas parvenu à franchir la barrière du Vuache ou du Mont de Sion»

Pour Bertrand von Arx, directeur de la biodiversité à la Direction générale genevoise de l’agriculture et de la nature, il faut distinguer les espèces accidentellement et brutalement débarquées en Europe de celles qui arrivent plus lentement, avec les changements climatiques. Les secondes progressent en théorie plus ou moins en même temps que leurs prédateurs. «Les premières, poursuit le spécialiste, n’ont souvent pas de prédateurs pour les réguler et il faut du temps pour que les espèces indigènes s’adaptent, entraînant un risque de déséquilibre, prolifération et problèmes de cohabitation avec l’humain.»

Bestiole très agressive

Et, de toutes ces espèces, c’est le frelon asiatique qui est traîné aujourd’hui sous les projecteurs. Probablement importé de Chine par le commerce de poteries pour bonsaïs, il a été détecté dans le sud-ouest de la France en 2004. Un premier nid a alors été découvert. Aujourd’hui, pratiquement tout l’Hexagone a été colonisé, dont la Haute-Savoie l’an dernier.

En Asie, les abeilles attaquées par cette bestiole agressive ont peu à peu mis en place des systèmes d’alerte pour assurer leur survie. Ce qui n’est pas le cas de leurs sœurs européennes, démunies face aux techniques de combat du frelon asiatique, capable de véritables carnages.

«La géographie du canton, entouré de montagnes, a un effet protecteur. Cela retarde l’arrivée de ces nouveaux insectes indésirables, indique Bertrand von Arx. Des frelons asiatiques ont été répertoriés dans la région de Frangy, en Haute-Savoie. Mais, jusqu’à présent, il semble qu’il ne soit pas parvenu à franchir la barrière du Vuache ou du Mont de Sion.»

Originaire d’Extrême-Orient, la pyrale du buis - qui fait depuis plusieurs été de nombreux dégâts à Lausanne, entre autres – est apparue accidentellement il y a une dizaine d’années dans ces contrées. Sortant de ses cocons, les chenilles se goinfrent des feuilles de l’élégant arbuste. Elle a ensuite ravagé ce végétal jusqu’au jour où de nouveaux prédateurs, des oiseaux, se sont mis à manger les chenilles. Mais la lutte continue entre le buis et ce papillon vorace. En revanche, le moustique-tigre volète à la faveur des chaleurs, et est souvent transporté par les humains, sans que ceux-ci ne s’en rendent compte. Il se rapproche.

Cet insecte est redouté car il peut transmettre par sa piqûre certaines maladies. Son comportement est aussi différent de celui des autres moustiques. Il peut piquer plus tard le matin, et plus tôt le soir. Une importante colonie d’une espèce de fourmi invasive, la Tapinoma magnum, a été découverte par ailleurs dans le Lavaux, en 2017. Venant cette fois de l’est, les envahisseurs se compteraient par milliards. À côté, l’invasion des Huns est une plaisanterie!

Noire aux yeux verts

Mais la chaleur attire aussi des bestioles plus sympathiques, à l’exemple de la cigale méditerranéenne. Brunes, vertes, grises. «Cet insecte est observé chaque été à Genève. Il est toutefois difficile de dire s’il est vraiment installé dans le canton et capable de survivre aux hivers», détaille le directeur de la biodiversité. Selon Faune Genève, le canton compte au moins quatre espèces de cigales autochtones. Seules trois populations de cigale rouge, toutes à Genève, ont été jusqu’à aujourd’hui observées en Suisse. Certaines espèces plus méridionales sont parfois observées sans pour autant s’établir de façon durable.

La cigale grise a ainsi été observée de manière régulière depuis 2003, lorsqu’elle s’est installée probablement dans le sillage de la canicule qui a sévi cette année-là. En 2015, plusieurs mâles chanteurs ont été observés, tapis dans les berges du Rhône, en dessous du pont Butin.Plusieurs nouvelles libellules sont aussi sur le point d’arriver. Cet insecte serait bienvenu: ses larves se régalent de larves de moustiques. Une jolie libellule de couleur pourpre (Trithemis annulata), et une autre, beaucoup plus petite (Lestes barbarus), pourraient bientôt enrichir la biodiversité régionale.

Un troisième insecte (Anax napolitain) aurait déjà été aperçu à trois reprises. Noire avec des yeux verts et une partie du corps bleutée, elle pourrait devenir la princesse des marécages si elle devait s’établir durablement entre Jura et Salève. Selon Bertrand von Arx, «des libellules pourraient encore figurer parmi ces nouveaux insectes inoffensifs qui enrichissent plutôt notre patrimoine. On peut les attendre dans le vallon de l’Allondon ou dans la réserve du Moulin-de-Vert, car ces sites sont parmi les plus chauds et secs du canton, tout en étant situés près de l’eau».

Une lutte ancestrale

Les responsables de la nature tentent d’anticiper au mieux ces déplacements de populations. Et de faciliter l’antique lutte entre proies et prédateurs. «Notre tâche est précisément d’assurer ou de retrouver le plus rapidement possible un équilibre en faveur de notre patrimoine naturel local. Par exemple, en maintenant ou développant des habitats de qualité, comme les haies, les prairies fleuries, les lisières de forêt, les talus non fauchés. C’est important car la diversité des espèces sauvages présentes naturellement est un rempart contre les nuisances des espèces invasives», ajoute le directeur de la diversité.

En attendant la mise en place de tout cela, la lutte ancestrale entre proies et prédateurs risque de continuer avec d’autres acteurs. À l’exemple de ces nouvelles cigales et fourmis. Une occasion de revisiter La Fontaine: la cigale, ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue; elle alla crier famine chez la fourmi Tapinoma magnum, sa voisine vaudoise. Mais, face à ces milliards d’insectes, cette nouvelle fable devrait connaître une fin beaucoup moins poétique. (24 heures)

Créé: 09.09.2018, 16h04

Miser sur une recherche appliquée forte

Les agriculteurs sont-ils outillés pour combattre ces envahisseurs? «De tout temps l’homme a dû faire face à divers ravageurs s’attaquant à sa source d’alimentation: les productions agricoles», répond François Erard, directeur de AgriGenève, avant de préciser qu’aujourd’hui «environ 40% de la production agricole mondiale est détruite par des ravageurs et des maladies». «Il n’y a donc rien de nouveau avec l’apparition de nouveaux ravageurs. Si ce n’est que le changement climatique et la globalisation mondiale des transports accélèrent le phénomène», indique encore François Erard.

Va-t-on déverser des tonnes de produits chimique pour s’en débarrasser? «Dans le hit-parade des produits phytosanitaires utilisés en Suisse, on trouve en tête un produit utilisé en agriculture biologique», tempère le directeur d’AgriGenève. «Si de nouveaux ravageurs devaient faire leur apparition, c’est avant tout des moyens de régulations naturels qui devront être trouvés. Le recours à des produits phytosanitaires, biologiques ou pas, se fera comme d’habitude en dernier recours», ajoute François Erard, qui estime encore que «pour faire face à ses nouveaux défis, l’agriculture suisse et genevoise a besoin d’une recherche appliquée forte». À l’Hepia (Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève), on suit de très près les nouveaux ravageurs, à l’exemple de la punaise diabolique qui commet d’importants dégâts dans les vergers.

Mis à part ces nouveaux envahisseurs, la région abrite aussi toute une série d’insectes bien établis, parfois méconnus. À l’exemple d’une espèce de petite mygale très discrète installée depuis longtemps en Suisse romande. Dans les contrées tropicales, cette araignée est beaucoup plus grosse. Voire géante, la Goliath pouvant mesurer, pattes comprises, jusqu’à 30 centimètres. Les mygales ont aussi leurs prédateurs, à l’exemple d’une guêpe noire qui les traque.

Des experts se réunissent régulièrement pour échanger leurs points de vue sur les espèces envahissantes. «Nous allons nous réunir prochainement à Genève», indique le Vaudois Daniel Cherix, qui préside les délégués des cantons romands au sein de la structure Néobiota.

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