Filles et garçons choisissent toujours des métiers sexués

Savoir SuisseL’école et la formation professionnelle peinent à éviter des orientations très stéréotypées.

Les filles sont désormais majoritaires dans les universités, mais n’occupent qu’un poste de professeur sur cinq.

Les filles sont désormais majoritaires dans les universités, mais n’occupent qu’un poste de professeur sur cinq. Image: ANNE-CHRISTINE POUJOULAT

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Les filles réussissent mieux à l’école que les garçons. Elles obtiennent de meilleures notes selon les études PISA et sont aussi plus nombreuses à faire des études académiques. Elles peinent pourtant encore à convertir ces résultats en termes de réussite professionnelle et de valorisation salariale. Farinaz Fassa, professeure de sociologie à l’UNIL, soupèse dans Filles et garçons face à la formation le poids du cursus scolaire et constate «une complicité de l’école à la perpétuation de l’ordre de genre». L’ouvrage l’analyse sur toute la durée de la formation grâce au regroupement de nombreuses études statistiques souvent éparses: «Les travaux précédents s’intéressaient à une portion spécifique du cursus scolaire, ce livre embrasse l’ensemble de la formation obligatoire et post-obligatoire.»

Si l’école est devenue plus égalitaire, elle n’est pas parvenue pour autant à casser la logique selon laquelle garçons et filles continuent à s’orienter vers des métiers très sexués. En gros, celles-ci optent toujours en masse pour des disciplines liées à la santé, au social, à l’enseignement, tandis que les métiers techniques particulièrement bien payés restent l’apanage des garçons. Les professions de l’éducation et de la santé, très fortement féminisées, proposent en outre des salaires moins élevés pour des formations de durée et de difficulté équivalente à celle qui débouchent sur les métiers de l’ingénierie, fortement masculinisées.

Or «à tous les échelons du cursus, les deux sexes sont aujourd’hui encore encouragés à emprunter ces voies», note Farinaz Fassa. Ça commence tôt, avec l’idée que chaque sexe se fait des mathématiques. «Jusqu’à 12 ans, les notes dans cette branche sont similaires. Ensuite elles sont moins bonnes pour les filles. Qu’est-ce ce qui a changé? La seule hypothèse est le sexe attribué aux disciplines. Les filles se disent que pour correspondre aux attentes liées à leur genre, il faut être mauvaise en maths.» Les garçons n’échappent pas aux clichés. «Pour beaucoup d’entre eux, notamment les garçons issus de la migration, être viril, c’est être ascolaire.» Un choix socialement déterminé qui n’a rien à voir avec une essence féminine ou masculine. Farinaz Fassa cite ainsi l’exemple des Finlandaises, meilleures en maths que leurs compatriotes masculins.

En Suisse, chaque élève aurait ainsi très tôt «une image des études qui pourraient leur convenir en tant que personne sexuée.» Les filles pensent rapidement à un choix de carrière qui concilie travail et famille, ce qui ne préoccupe pas les garçons.

De plus, les métiers qui restent majoritairement masculins sont peu accueillants pour les filles. Car «un homme qui choisit une profession dite féminine sera volontiers aidé par ses collègues femmes. Il n’en va pas de même pour celles qui entrent dans un métier fortement masculin.» D’autre part, les hommes évoluant dans des professions largement féminines peuvent plus facilement y prendre des postes à responsabilité que l’inverse. Certaines tâches leur sont aussi plus accessibles. «Dans une crèche, un éducateur de la petite enfance aura plus tendance à s’occuper de l’animation, et ses collègues féminines des soins aux enfants.» Les filles seraient ainsi plus nombreuses à se diriger vers les études pour compenser ce type d’inégalité par des formations supérieures.

Or là encore, elles privilégieront les disciplines en rapport avec l’humain, avec à la clé des métiers moins bien payés. Elles se heurtent par ailleurs au? fameux «plafond de verre». «Les hommes gardent les positions les plus intéressantes en termes de prestige et de salaire.» L’accession aux postes de professeurs d’université en est un exemple flagrant. «Même si la Suisse a un peu rattrapé son retard, seul un professeur sur cinq est une femme.»

L’égalité comme objectif

Dans le cursus obligatoire, les autorités scolaires ne sont pas restées sourdes à ces inégalités. La CDIP (Conférence des directeurs de l’instruction publique) a ainsi incité les cantons à agir pour que les filles puissent devenir maçonnes ou ingénieures, mais elle n’est plus intervenue sur ces questions depuis 1993. Comment l’école peut-elle agir sur les choix opérés? «Il faudrait que les étudiants des filières pédagogiques soient vraiment formés aux problématiques de genre. Les plans d’études devraient aussi inscrire comme objectif cette construction égalitaire. Ce ne serait pas seulement bénéfique pour les filles. On éviterait aussi l’abandon précoce des garçons.»

Du côté de l’apprentissage, l’auteure pointe aussi du doigt la manière très sexuée dont les associations professionnelles pensent les métiers: «L’apprentissage très majoritairement masculin de mécatronicien dure quatre ans et inclut des cours de management de projet. Celui de coiffeuse compte un an de moins et ne propose l’étude d’aucune compétence managériale.» En outre, il y a moins de passerelles de rattrapage pour accéder à une maturité professionnelle dans les métiers majoritairement exercés par des femmes.

Cinquante ans après l’obtention du droit de vote par les femmes, si l’école et la formation se pensent comme égalitaires entre les sexes, il reste encore du chemin à parcourir.

Filles et garçons face à la formation. Les défis de l’égalité

Farinaz Fassa

Le savoir suisse, 144p. (24 heures)

Créé: 16.10.2016, 13h46

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