Entre ses mains, les patients retrouvent leur souffle

SantéAu CHUV, Kishore Sandu s’est taillé une réputation mondiale en réparant les voies aériennes.

Kishore Sandu ose des interventions uniques pour rendre à ses patients la capacité de respirer ou de s’alimenter.

Kishore Sandu ose des interventions uniques pour rendre à ses patients la capacité de respirer ou de s’alimenter. Image: Florian Cella

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Devant son écran, Kishore Sandu fait défiler les vidéos d’anciens patients. Le bébé Milena sur les genoux de ses parents en Pologne, Jakob, devenu un grand garçon alerte en Slovénie, Aiden, gamin d’Afrique du Sud guéri après 64 opérations infructueuses dans son pays, ou encore Nicolas, Fribourgeois de nouveau en mesure de s’alimenter normalement après deux ans de galère consécutifs à un cancer ( lire encadré). Le Pr Sandu s’émeut, rit devant ces visages épanouis, ces mômes rendus à l’insouciance de leur âge grâce à la chirurgie hautement spécialisée qu’il pratique. Des interventions très délicates, car chaque fois différentes, sur le subtil entrelacs du carrefour aéro-digestif.

Le médecin-chef de l’Unité de chirurgie des voies aériennes du CHUV bosse seize heures par jour, portable branché 24 h sur 24, 7 jours sur 7, 365 jours par an. Son moteur, c’est le droit de chacun à une vie normale. Avec son équipe, il aide ses patients à renouer avec une routine reposante, eux qui, à la suite d’une malformation congénitale ou d’un trauma, ont été entravés dans les actes les plus banals et les plus indispensables de la vie quotidienne: respirer ou manger.

Lorsque cette partie de l’anatomie est atteinte, toute une famille peut s’en trouver bouleversée: «Un enfant prématuré, intubé à la naissance, peut se retrouver avec des lésions nécessitant une trachéotomie. C’est un stress énorme pour les proches car l’enfant risque la suffocation en permanence. Les parents se relaient jour et nuit pour changer toutes les 10-15 minutes la canule où s’accumulent les glaires. La vie de l’enfant est en jeu mais parfois aussi le couple des parents et tout l’équilibre de l’entourage. Une fois, une mère polonaise m’a dit en pleurant qu’en six ans, elle n’était jamais sortie de chez elle, jamais allée au restaurant ou partie en vacances. C’est cela que nous pouvons apporter en opérant.»

Réputation mondiale

Avec cette chirurgie hautement spécialisée, le praticien et son équipe se sont taillés une réputation mondiale. La société américaine de médecine pédiatrique ORL vient d’ailleurs de lui décerner le prix humanitaire Steven Gray Award pour l’année 2018. Cette réputation est d’ailleurs déjà la raison pour laquelle le CHUV a fait venir le médecin de Bombay. Si le quadragénaire est fier de cette aura, ce n’est pas par orgueil, mais parce que cela lui permet d’élargir la population à soulager. Pendant notre entretien, son portable se manifeste à plusieurs reprises. Un confrère de Colombie le consulte en vue d’une intervention, la famille d’un jeune patient lui donne des nouvelles.

Son téléphone se révèle le prolongement de la salle d’opération. «Chaque semaine je reçois une quinzaine de SMS de confrères qui m’exposent leurs difficultés, me demandent mon avis. Je peux aussi vérifier à distance comment un patient se porte, de quelle manière il mange, boit ou respire, pour être sûr que tout va bien. Nous opérons beaucoup de personnes venues de l’étranger car il existe très peu de centres hautement spécialisés comme le nôtre. En Europe, il n’y a que deux sites où ces compétences sont réunies, à Londres et à Lausanne. Et si pour des raisons sociales ou financières les personnes ne peuvent pas voyager, je me déplace pour opérer à l’étranger.»

Opérations sur mesure

Mais qu’est-ce qui distingue le praticien hautement spécialisé du chirurgien de formation traditionnelle? Outre dix ans d’études en Inde en otorhinolaryngologie, chirurgie cervico-faciale et des voies aériennes, cinq ans supplémentaires en Suisse dans le même domaine, puis l’obtention d’un diplôme européen pour pratiquer au sein de l’Union, ce sont surtout quatorze années de pratique au CHUV qui ont forgé le savoir-faire pointu du chirurgien. Nombre de cas exigeants convergent vers le centre vaudois et son équipe a pu y développer ses propres techniques, imaginer en permanence des solutions sur mesure face à des cas souvent inédits.

Ces médecins simulent par exemple les blessures ou malformations sur des dépouilles de lapins, également utilisées pour entraîner des gestes opératoires rares avant de les pratiquer sur le corps humain. «Il faut parfois savoir être créatif», sourit le spécialiste qui met également un point d’honneur à partager son savoir-faire: «Le CHUV nous encourage à diffuser nos connaissances. C’est important car nous allons vers une augmentation des traumatismes, en raison de la hausse des conflits armés ou de l’augmentation des naissances prématurées. Il faut que les gens touchés puissent être bien pris en charge et sachent qu’il existe des solutions pour eux.»

Les patients sont ses meilleurs ambassadeurs. Ils postent des vidéos sur la Toile, correspondent entre familles touchées par des pathologies communes. Le bureau de Kishore Sandu est le reflet de leur reconnaissance. Au mur, cartes, photos, dessins et lettres constituent autant de raisons de se lever le matin et d’accepter les sacrifices imposés par cette mission. «J’ai de la chance, ma famille me donne cette liberté. J’ai un enfant et… Il a commencé sa première année de médecine!» (24 heures)

Créé: 23.12.2018, 09h01

«Je ne pouvais même plus avaler ma salive»

«C’est la base de pouvoir manger. Mettre des aliments dans sa bouche, déglutir. Lorsque cela vous manque, c’est tout un aspect de la vie en moins.» Nicolas Robatel en sait quelque chose. Durant deux ans, il n’a rien pu avaler, pas même sa salive. Les séquelles d’un cancer de la langue avaient totalement fermé son œsophage.

D’abord soigné au Japon, où il résidait, le Fribourgeois consulte début 2018 les Hôpitaux universitaires genevois, où les médecins préconisent des interventions lourdes. Il découvre l’existence de l’équipe du Pr Sandu au CHUV en juin, au détour d’un article de presse. «Je l’ai contacté pour une deuxième opinion. Il m’a répondu en personne, le jour même, ce qui m’a assez surpris. Une semaine après j’étais dans son bureau. Il a imaginé une autre approche, consistant à dilater progressivement l’œsophage.»

Le miracle survient après la seconde d’une série de sept interventions, presque toutes en ambulatoire: «Le Pr Sandu et deux médecins sont arrivés en salle de réveil et m’ont tendu un verre d’eau. J’ai bu. Il m’a fallu quelques secondes pour réaliser que cela passait. Ce 16 juillet a été ma deuxième naissance!» Nicolas Robatel ose le mot: «C’est mon sauveur! Il est très humain, il prend toujours le temps de discuter. Il m’est arrivé d’avoir un souci le week-end. Je lui ai envoyé un message, il m’a répondu dans les heures qui suivaient et prescrit ce qu’il me fallait. C’est extraordinaire.»

Pour le quinquagénaire c’est la fin de deux ans de galère où il n’a pu se nourrir que par sonde gastrique. «Je mixais ma nourriture et à l’heure des repas, quand les autres sortaient leur cuillère, je sortais ma seringue. Je n’ai jamais renoncé à ma vie sociale. Quand j’étais invité, je prévenais les gens. Je mâchais ma nourriture, la recrachais discrètement puis me l’injectais. Cela m’a aussi permis de retrouver les saveurs que j’avais perdues.» Ce calvaire appartient désormais au passé pour ce bon vivant. Signe qui ne trompe pas: cet automne, il a célébré la Bénichon.

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