L’acné à 40 ans: basta!

SantéElles ont l’âge des premières rides mais luttent encore contre des boutons. Conseils d’experts.

«À 30 ou 40 ans, une femme pense qu’elle n’a plus l’âge d’avoir des boutons, témoigne la dermatologue Konstantine Buxtorf. Certaines patientes ne peuvent pas se regarder dans la glace.»

«À 30 ou 40 ans, une femme pense qu’elle n’a plus l’âge d’avoir des boutons, témoigne la dermatologue Konstantine Buxtorf. Certaines patientes ne peuvent pas se regarder dans la glace.» Image: GETTY

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«Je n’ai jamais eu autant d’acné qu’à l’âge adulte; ça m’a complètement déprimée. Certains jours, j’hésitais à aller travailler, tellement j’avais honte de mon visage. C’était infernal. Aujourd’hui, ma peau est bien plus abîmée qu’à l’adolescence», soupire Laurence. À 40 ans, cette Genevoise a le discours qu’ont de nombreuses femmes en proie à une acné tardive. Des articles médicaux évoquent un phénomène croissant. Selon cinq dermatologues genevois, le phénomène a toujours existé. Il affecterait entre 15 et 20% des femmes de plus de 25 ans.

«C’est un classique, observe le Dr Pierre Piletta. Une pathologie fréquente entre 25 et 45 ans, qui atteint plutôt les femmes dans le bas du visage.» Les hommes, moins concernés, développent plutôt des lésions dans le dos. «On entend parler d’une augmentation, mais elle n’est pas confirmée par les chiffres», livre le professeur Wolf Boehnke, chef du Service de dermatologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

«Un véritable mal-être»

Croissant ou pas, «ce problème peut être extrêmement gênant», poursuit le Dr Jean-Pierre Grillet. «A 30 ou 40 ans, une femme pense qu’elle n’a plus l’âge d’avoir des boutons, confirme sa consœur Konstantine Buxtorf. Certaines patientes ne peuvent plus se regarder dans la glace.» A 32 ans, Adèle a vu des boutons apparaître sur son visage et son dos à l’arrêt de la pilule. «Cela m’a tellement complexée que toute mon attitude a changé. Je me disais que les gens ne voyaient plus que ça.» Pour la jeune femme, l’enjeu dépasse de loin le problème cosmétique: «Ce n’est pas comme un nez arqué ou un peu d’embonpoint, un petit défaut qui peut avoir son charme. L’acné, ça défigure, donne un air négligé. Cela m’a plongée dans un véritable mal-être… Un enfer.»

L’enfer? L’entourage ou le corps médical ne semblent pas toujours prendre la mesure de cette souffrance. Pourtant, des solutions existent. Avant d’agir, la Dre Buxtorf aime cerner l’origine du mal: «Bien des facteurs peuvent induire un bouleversement hormonal conduisant à l’acné. Cela peut être l’arrêt de la pilule, un changement dans le mode de vie ou un stress intense au travail.» Les facteurs génétiques jouent un rôle. Le tabagisme aussi. Après de longs débats sur l’alimentation, la Société française de dermatologie ne recommande aucun régime spécifique, mais note toutefois que les produits laitiers consommés en quantité aggravent l’acné, comme les aliments sucrés.

Bilan hormonal

Alors que faire? Konstantine Buxtorf conseille d’abord d’améliorer les soins quotidiens: se laver avec des produits de toilette doux, éviter les démaquillants huileux, les crèmes de jour et de nuit. «Il faut laisser la peau respirer. Un maquillage non adapté peut entretenir le cercle vicieux; mieux vaut choisir des produits en pharmacie.» Les HUG proposent à cet égard un atelier de maquillage spécialisé pour les peaux acnéiques.

Le traitement médical dépend de la gravité et de la nature du problème. «Chez la femme adulte, l’acné peut être liée à un syndrome des ovaires polykystiques dû à un hyperandrogénisme», indique Pierre Piletta. Cela peut aller de pair avec une plus grande pilosité, une chute des cheveux et une dérégulation du cycle. Une action ciblée endocrinologique peut permettre de contrôler la situation.

Mais pour un grand nombre de femmes, il n’y a pas d’hyperandrogénisme. Dans une palette de soins allant crescendo, les dermatologues prescrivent d’abord des traitements locaux – des crèmes à base de vitamine A et de rétinoïde, parfois combinées à un antibiotique. Si cela ne suffit pas, la prise de la pilule peut être conseillée – aux non-fumeuses sans antécédent de thrombose.

L’isotrétinoïne, le plus efficace

Face aux acnés les plus rebelles, la solution la plus efficace demeure l’isotrétinoïne orale, le fameux Roaccutane tant décrié pour ses effets secondaires. Pour rappel, ce médicament peut provoquer des malformations du fœtus; il est donc exclu de le prendre si l’on veut tomber enceinte (ou si on l’est déjà) et sa prescription doit être combinée à une contraception efficace. Comme ce traitement peut par ailleurs affecter le fonctionnement du foie et des lipides dans le sang, le médecin doit assurer un suivi régulier. Enfin, la substance a été associée à des troubles de l’humeur et des dépressions chez les adolescents. Suffisant pour provoquer un phénomène de rejet à large échelle.

De nos jours, l’isotrétinoïne est prescrite avec moult précautions. «C’est un débat passionnel. Il faut être prudent, sans diaboliser ni banaliser ce médicament», considère Pierre Piletta. «Il offre d’excellents résultats. Certains patients en prennent à de très faibles doses. Longtemps considérées comme homéopathiques, elles ont en réalité fait la preuve de leur efficacité», conclut Jean-Pierre Grillet. (24 heures)

Créé: 01.01.2018, 11h32

«En soignant Iouchtchenko, j’ai mieux compris»

Le professeur Jean-Hilaire Saurat, ancien patron de la dermatologie des HUG, est devenu un spécialiste de l’acné un peu malgré lui. Auteur d’un ouvrage de référence en dermatologie, le Français ne se passionnait guère pour ce problème «regardé de façon un peu goguenarde à l’Université».

Tout change en 2004, lorsqu’il soigne l’ancien président ukrainien Victor Iouchtchenko, empoisonné à la dioxine. «En soignant cette forme extrême d’acné, j’ai mieux compris la maladie. Nous avons mené des recherches uniques qui font l’objet de publications encore aujourd’hui.» L’expert va droit au but: «Un seul médicament guérit l’acné: l’isotrétinoïne, une vitamine A. Elle était étudiée contre le cancer et son effet sur l’acné a été découvert un peu par hasard. En empêchant la glande sébacée de produire des graisses, elle la réduit. Aucun médicament n’est aussi efficace.» Selon Jean-Hilaire Saurat, la mauvaise tolérance imputée au médicament est surtout liée aux trop fortes doses recommandées aux États-Unis. «On pensait qu’il fallait frapper fort et vite. J’ai proposé une dose plus légère qui offre les mêmes effets thérapeutiques.» Et d’ajouter que si des adolescents ont pu voir leur dépression aggravée durant le traitement, rien n’a prouvé que le médicament en était responsable. «S’il était si dangereux, existerait-il de si nombreux génériques? lance-t-il. En réalité, quand il est bien adapté à chaque cas, ce traitement change la vie des gens en bien. Mais si on peut l’éviter, c’est encore mieux.» Pour le professeur, qui suit une soixantaine de jeunes patients, «l’acné se prévient. On peut freiner l’émergence des premiers boutons. Il existe 100 000 glandes sébacées sur le visage: toutes ne vont pas entrer dans le cycle acnéique. En agissant tôt, quand la plupart sont innocentes, on évite de se retrouver avec une acné établie qui justifierait des antibiotiques ou l’isotrétinoïne. L’adolescent doit s’impliquer, comprendre les mécanismes de l’acné, savoir que les sucres la nourrissent, adopter des soins d’hygiène simples et être guidé dans la jungle des «cosméceutiques». Avec une maestria incroyable, on a mis sur le marché des produits dépourvus de toute efficacité. Les adolescents ne sont plus soignés. C’est un vrai problème.»

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