Trop d'adolescents sous médics?

SantéLa médicamentation des adolescents reste délicate et son succès passe par la confiance et la communication. Spécialiste de la question, le Prof. Pierre-André Michaud donne quelques pistes.

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Les adolescents mal dans leur peau consultent volontiers internet, où certains sites, comme www.ciao.ch, sont d’une aide précieuse. Image: Corbis

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Caroline* est médecin à Lausanne et elle est surtout maman. Comme beaucoup de mères d’adolescents, elle a récemment connu de sérieux problèmes avec sa fille de 15 ans, médicamentée pour troubles de l’humeur. «J’ai passé un mois entier avec elle l’été dernier et je ne la reconnaissais plus, explique-t-elle avec un mélange de colère et de détresse dans la voix. Suite à une crise, elle a été hospitalisée et a subi une médicamentation excessive de premier recours. On lui a donné des pilules comme des bonbons! J’ai fait confiance au système avant de décider de m’en mêler.»

Cumulant la réaction émotionnelle d’une mère très inquiète et la volonté professionnelle de comprendre et surtout de lister toutes les substances prescrites à sa fille qui en subissait les effets secondaires de plein fouet, Caroline décide d’essayer de tout documenter afin de reprendre de zéro le suivi de sa fille. «Il est primordial de bien choisir son ou ses médecins, et surtout qu’ils se connaissent. Il n’y a rien de pire que le manque de communication dans les moments de crise. Heureusement, j’ai un excellent contact avec mes enfants. Ma fille me reprochait avec véhémence de l’accompagner dans la démarche, mais très vite elle changeait et me remerciait sincèrement. Je sais que j’ai bien embêté le corps médical en m’opposant à ses décisions, mais je me suis aperçue que le réseau ne fonctionnait pas, que les médecins ne collaboraient pas et que les antidépresseurs représentent trop souvent la solution absolue…» De colloques en compilation d’articles spécialisés, elle essaie de répondre à la question: nos ados sont-ils trop et surtout mal médicamentés?

Initiateur de la médecine de l’adolescence en Suisse, professeur honoraire à l’Université de Lausanne et ancien patron de l’unité de soins pour adolescents au CHUV, Pierre-André Michaud amène des éclairages posés, nourris de sa très longue expérience de praticien, mais aussi de père. Comme c’est le cas dans son tout dernier livre, «Bien dans sa peau? Les adolescents et leur santé» (Éd. Savoir Suisse), les mots communication et confiance sont au cœur de la question.

«L’adolescence est une période charnière, aussi en ce qui concerne la prise en charge, commence Pierre-André Michaud. Le jeune qui était traité par un pédiatre et dont la prise en charge était supervisée par des adultes passe soudain au statut de patient à part entière, avec tout ce que cela sous-entend au niveau de la confidentialité et d’un certain degré d’autonomisation. Ce passage n’est pas toujours évident. Il faut rester attentif aux changements de comportement. S’ils sont fréquents et passagers, il s’agit d’un état normal à cet âge. Mais si un échec, un trouble alimentaire ou une rébellion durent ou sont des états qui se répètent, il faut se méfier. Les parents jouent un rôle de confidents ou au moins d’observateurs et le médecin doit savoir déchiffrer si des maux de dos ou de tête – qui ont amené l’adolescent à consulter – cachent quelque chose de plus grave.»

Consulter de manière active

Un adolescent qui se rend chez le médecin de manière active, c’est déjà un énorme pas en avant. Souvent, les jeunes cherchent d’abord des réponses sur internet, où il y a bien évidemment de tout. «Mais aussi des sites excellents comme www.ciao.ch, reprend Pierre-André Michaud qui n’aime pas que l’on diabolise systématiquement la Toile. Je trouve important de demander à un ado ce qu’il attend de la consultation, une question qui va dans le sens de l’autonomisation. De même qu’il faut associer les parents à sa démarche, sauf confidentialité indispensable évidemment, afin qu’ils ne puissent pas se dédouaner.»

Si l’état du patient nécessite la prise de médicaments, comme des antidépresseurs dans les cas précis, elle se fait de manière accompagnée. «Comme un certain nombre de praticiens non-psychiatres, il pouvait m’arriver de prescrire des antidépresseurs. Mais quand je les prescrivais, je parlais d’abord avec l’adolescent, puis une seconde fois en présence de ses parents. Il est vrai que les antidépresseurs de la deuxième génération sont soupçonnés de conduire à des comportements d’autodestruction lors des deux ou trois premières semaines de prise. Il faut donc rencontrer les jeunes régulièrement en début de prescription, afin de remarquer tout changement d’attitude et de consolider le lien de confiance. De même, on anticipe tout arrêt de traitement en procédant à une réduction progressive du dosage.»

* Prénom d’emprunt

Créé: 17.03.2019, 08h03

Il a dit

«Il faut rencontrer les jeunes régulièrement, afin de remarquer tout changement d’attitude et de consolider le lien de confiance»




Pr Pierre-André Michaud, Professeur honoraire à la Faculté de biologie et de médecine, UNIL

Le livre

«Bien dans sa peau? Les adolescents et leur santé»

Pierre-André Michaud

Savoir Suisse, 160p.

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