«Les altruistes sont plus heureux que les égoïstes»

Santé psychiqueLe psychiatre Christophe André nous invite à cultiver notre vie intérieure, afin de gagner en liberté et humanité.

Celui qui néglige a vie intérieure appauvrit son existence, «tel un robot qui consomme, produit, réagit, mais ne trouve aucun plaisir dans la compréhension et la contemplation», estime Christophe André, qui vante les mérites de l’introspection .

Celui qui néglige a vie intérieure appauvrit son existence, «tel un robot qui consomme, produit, réagit, mais ne trouve aucun plaisir dans la compréhension et la contemplation», estime Christophe André, qui vante les mérites de l’introspection . Image: Lucien Fortunati

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La vie intérieure, c’est ce flot de pensées et de ressentis qui nous assaillent dès que nous sortons de l’action et de la distraction. Elle est ce mouvement vers soi qui permet aussi de prendre conscience du monde. Précieuse, elle est menacée par nos modes de vie frénétiques, regrette Christophe André. Le psychiatre français de 62 ans encourage à opérer ce «détour fécond vers soi» afin de retourner à la vie extérieure de manière plus libre, plus équilibrée et avec un surplus d’humanité. De passage à Genève, l’auteur à succès donnait hier une conférence à la Société de lecture, devant un public ravi et essentiellement féminin.

À qui ce livre s’adresse-t-il?

Au grand public. Je m’intéresse à la prévention et à la psychologie, davantage qu’à la psychiatrie. J’encourage chacun à cultiver sa vie intérieure et à la protéger de l’influence d’une société matérialiste, qui menace l’équilibre émotionnel et la créativité.

Avons-nous vraiment tendance à sacrifier notre vie intérieure?

C’est l’une de mes motivations à écrire ce livre. Chaque jour, nous passons en moyenne 2 à 3 h de notre temps personnel sur les écrans. Des heures prises au sommeil, à l’interaction familiale et à tous les moments où nous pourrions nous poser, être attentif au monde et ne rien faire: chez le médecin, sur un quai de gare, etc.

Nous savons que nous gagnerions à lâcher ces engins. Pourquoi est-ce si difficile?

Comme le sucre, l’écran a été pensé pour nous séduire. Facile, distrayant, flatteur, il répond à une faiblesse de notre cerveau, qui aime ce qui bouge et ce qui est facile. Le problème, c’est qu’à forte dose, les écrans génèrent une pensée superficielle, fragmentée, uniquement réactive

En quoi négliger sa vie intérieure est-il nocif?

Je ne sais pas si c’est nocif, mais c’est appauvrissant. Ne pas faire d’effort pour observer sa vie et y réfléchir condamne à vivre de manière pauvre. En négligeant ma vie intérieure, je suis tel un robot qui consomme, produit, réagit, mais ne trouve aucun plaisir dans la compréhension et la contemplation. Je perds en capacités d’interaction et en liberté personnelle.

En quel sens?

Parce qu’elle conduit à s’observer, à se comprendre, à écouter ses véritables besoins et à faire des efforts, la vie intérieure nous aide à résister aux influences extérieures qui nous poussent à acheter toujours plus, à nous resservir d’un verre d’alcool, bref à être l’esclave des sollicitations.

La vie intérieure implique donc un travail sur soi.

Oui, c’est un travail sur soi, d’introspection, de compréhension avant de se remettre dans l’action et l’interaction. Si je me contente de réfléchir sur moi, il ne va pas se passer grand-chose…

Votre réflexion semble guidée par une sorte d’ambition morale. Il faut être bon, bienveillant, altruiste…

On ne peut pas éviter la question du bien et du mal. Le livre comporte un chapitre sur l’examen de conscience. Je crois que nous ne devons pas atténuer nos efforts pour devenir les meilleurs humains possibles. Une vie humaine réussie n’est pas seulement une vie où je m’efforce d’être heureux, mais une vie où je m’efforce de ne pas offenser les autres, de les aider, de se montrer bienveillant envers eux, d’éprouver de la gratitude, etc.

C’est très idéaliste.

La plupart des humains se sentent mieux lorsqu’ils font le bien. On se sent plus stressé lorsqu’on est en conflit ou que l’on critique autrui. Nous ne sommes pas faits pour le conflit et la compétition permanente. Nous sommes équipés pour la collaboration, l’harmonie, la vie en bonne intelligence. Nous avons ces capacités, mais nous devons les travailler. C’est un chantier permanent, d’essayer d’être plus généreux, plus altruiste. Mais ceux qui ont cet idéal sont plus heureux que les autres. Plus quelqu’un est égoïste, moins il me semble heureux - il est crispé, envieux, motivé par des choses matérielles. Les gens régulièrement altruistes sont en moyenne plus heureux que les égoïstes.

Alors pourquoi ne cherchons-nous pas à être plus altruistes?

La question du bonheur est récente, avant on se préoccupait surtout de sa survie matérielle. Mais cette époque où l’on peut se poser la question du bonheur est aussi une époque qui pousse beaucoup à l’égoïsme et à défaire les solidarités. Il y a un mauvais cocktail entre la quête du bonheur et l’individualisme forcené. Nous avons perdu de vue l’altruisme, qui est nécessaire pour la qualité de vie lorsque les temps sont moins hostiles.

Êtes-vous croyant?

J’aime l’idée de Dieu, elle me fait du bien. Je prie souvent, je suis chrétien, même s’il m’arrive de penser que c’est une création humaine pour soulager nos angoisses. Mais j’adopte le pari de Pascal: je n’ai rien à perdre à croire.

Sommes-nous tous capables de suivre vos conseils?

Non, si on se noie dans la souffrance, il faut se soigner. On ne va pas embêter les gens avec des histoires de vie intérieure. Dans l’urgence, il y a les médicaments. C’est la bouée de sauvetage. Puis il y a la psychothérapie, qui nous apprend à nager. Au long terme, il faut travailler sur son mode de vie. C’est un facteur protecteur des plus puissants pour éviter la rechute, qui guette deux tiers des gens. En suivant quelques conseils, on peut transformer son mode de vie et alléger bien des souffrances. Manger équilibré, pratiquer une activité physique 45 minutes par jour, méditer, cultiver les échanges sociaux, se balader dans la nature: ce ne sont pas des gadgets. La recherche a prouvé les bienfaits de ces conseils.

La vie intérieure par Christophe André, issu d’une émission de France Culture, édition L’iconoclaste. (24 heures)

Créé: 05.05.2018, 10h22

Bio express

1956 Naît à Montpellier.
1973 Entre en médecine, Toulouse.
1985 Perd son meilleur ami.
1992 Arrive à Paris et rencontre sa future épouse.
1993, 95, 98 Naissance de ses filles.
1995 Son premier livre «La peur des autres» est un best-seller.
2004 Commence la méditation.
2018 Prend sa retraite pour se consacrer à l’écriture, loin de Paris

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