Une appli pour acheter sain fait fureur en France

ConsommationChez nos voisins grâce à une appli, plus de 3 millions de consommateurs scannent les articles pour sonder leur qualité. Un projet similaire est en préparation du côté de l’EPFL

En France, 3,5 millions de consommateurs s’intéressent à une application qui permet de jauger la qualité de 500 000 produits. Le succès est tel qu’un système similaire sera mis en place pour le domaine de la cosmétique.

En France, 3,5 millions de consommateurs s’intéressent à une application qui permet de jauger la qualité de 500 000 produits. Le succès est tel qu’un système similaire sera mis en place pour le domaine de la cosmétique. Image: LUCIEN FORTUNATI

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Au milieu des rayons des supermarchés, en France – et bientôt en Suisse – des millions de consommateurs photographient les produits alimentaires pour jauger de leur qualité. Le système est simple: vert, c’est excellent ou bon, orange c’est médiocre, rouge c’est mauvais. Les céréales Fitness fruits de Nestlé? Médiocre. Les céréales Spécial K Nourish de son concurrent Kellogg’s? Bon. Les petits pots de crème au chocolat La Laitière, de Nestlé? Mauvais. Les yaourts lit de pêche du même fabricant? Excellent.

Faire ses courses en étant mieux informés ou rassurés sur la qualité des articles achetés? C’est désormais possible en France grâce à une application développée par la start-up Yuka, qui fait apparaître ces couleurs sur les smartphones. «Aujourd’hui, 500 000 produits sont référencés», résume Julie Chapon, fondatrice de cette jeune pousse. En mars, 2 millions de personnes avaient déjà adopté cette application. «3,5 millions aujourd’hui», se réjouit cette Parisienne.

En revanche, l’application est uniquement disponible en France pour le moment, le développement en Suisse n’étant pas prévu avant 2019 (lire ci-dessous). En fonction de la puissance du réseau mobile de chacun et de la proximité avec la frontière, certains articles peuvent déjà être scannés dans les cantons de Vaud et Genève.

L’appli Yuka analyse les étiquettes alimentaires et évalue l’impact du produit sur la santé. «Il suffit de scanner le code-barres pour que s’affichent automatiquement les qualités et les défauts du produit ciblé», résume Julie Chapon. Le système calcule le nombre de calories, la teneur en sucre, la présence d’additifs nocifs, les protéines, la richesse ou la pauvreté en fibres. Et traque donc ces maladies du XXIe siècle que sont l’obésité, le diabète ou l’hypertension, mettant en évidence ce qui est trop gras, trop sucré ou trop salé.

Trois critères

Dès que l’impact d’un produit est négatif, cette application propose aussi sous certaines conditions de trouver des produits similaires meilleurs pour la santé.

L’évaluation de la note est basée sur trois critères: la «qualité nutritionnelle» pèse à hauteur de 60% de la note, la «présence d’additifs» pour 30% et la «dimension biologique» le solde, ce critère étant basé sur la présence du label bio européen.

La méthode de calcul, précise-t-on chez Yuka, repose sur les préconisations du professeur Serge Hercberg dans le cadre de la «Stratégie Nationale de Santé» proposée par Paris et validée par la mise en place du Nutri-Score. Cette méthode prend en compte les éléments suivants: calories, sucre, sel, graisses saturées, protéines, fibres, fruits et légumes. Yuka utilise aussi la base de données Open Foods Facts, sorte de Wikipédia des produits alimentaires.

«Un cran plus loin»

De plus en plus d’industriels se préparent à apposer ces scores et ces couleurs de manière plus visible sur leurs emballages. Les fondateurs de Yuka ne craignent-ils pas que leur application devienne rapidement obsolète? «Non, répond Julie Chapon. Tout d’abord, parce que le Nutri-Score n’a pas été rendu obligatoire et peu de marques vont l’apposer. Par ailleurs, seules les marques ayant de bons produits l’apposeront.» «Ensuite, poursuit-elle, parce que le Nutri-Score ne prend en compte que l’analyse nutritionnelle des produits. Nous allons un cran plus loin en analysant la dimension naturelle des produits et notamment la présence d’additifs. C’est ce qui fait notre vraie valeur ajoutée.»

Chez Nestlé, Caroline Biétry, porte-parole de l’industriel, indique «n’avoir pas senti d’impact sur les ventes de nos produits depuis le lancement de Yuka». Le géant suisse de l’agroalimentaire indique encore «travailler depuis de nombreuses années à améliorer la qualité nutritionnelle de ses produits, notamment sur la diminution du sel, des acides gras trans et du sucre. Nous modifions des recettes pour les rendre plus simples et plus claires au fur et à mesure que nous rénovons nos produits. Ce processus est long car nous devons changer les recettes sans perdre la préférence du consommateur.» Stéphane Gigandet confirme le succès de ces systèmes. «D’ailleurs, nous avons lancé plus récemment une nouvelle base de données centrée sur les cosmétiques, les dentifrices, le maquillage.» Manger plus sain? La tendance est lourde. Mais il faut alors faire l’impasse sur la boule de Berlin qui regorge de confiture fraise rouge stabilo boss. (24 heures)

Créé: 27.05.2018, 08h59

Les produits pourront être scannés en Suisse

Pour l’heure, l’application développée par la société Yuka est uniquement disponible en France.

«Le développement en Suisse n’est pas prévu avant mars ou avril 2019», indique Julie Chapon. Mais ce système intéresse fortement l’EPFL. «Nous développons une application similaire pour le marché suisse, qui devrait être disponible à la fin de l’été», précise Marcel Salathé, professeur en charge du laboratoire d’épidémiologie numérique de l’EPFL.

Une course de vitesse est donc lancée, car les consommateurs exigent chaque jour davantage de disposer d’informations claires et compréhensibles dans les emballages des produits, en particulier s’il s’agit
de denrées alimentaires.

L’association Open Food Facts, qui saute à travers les frontières, dispose déjà d’une base de données pour le marché suisse. «Cela fait huit ans que nous existons. Nous sommes une sorte de Wikipédia des produits alimentaires. Le succès est très important.

Notre association est sans but lucratif», résume Stéphane Gigandet, fondateur et président d’Open Food Facts. Et ce Français de préciser que 16 359 produits sont déjà été passés sous scanner en Suisse.

À la Fédération romande des consommateurs (FRC), on se félicite de ces avancées. Pour Barbara Pfenniger, responsable Alimentation à la FRC, «il y a sur le marché de plus en plus de denrées alimentaires transformées, composées de nombreux ingrédients. La multitude de produits semblables rend la comparaison difficile pour les consommateurs qui veulent bien choisir. Agréger plusieurs critères dans un jugement final peut donc être intéressant.»

«Aux yeux de la FRC, il serait encore plus intéressant si les fabricants pouvaient directement indiquer l’évaluation nutritionnelle sur l’emballage, à la manière du Nutri-Score, qui sera bientôt imprimé sur les emballages de 33 fabricants alimentaires français», ajoute Barbara Pfenniger. Ainsi, il sera possible de comparer rapidement des aliments composés, sans devoir passer par un smartphone.

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