L’art de la médecine avant la solution chirurgicale

PortraitPionnier de la chirurgie arthroscopique, le Dr Harold Philippe Eisner soigne la personne dans sa globalité.

Le Dr Harold Philippe Eisner.

Le Dr Harold Philippe Eisner. Image: Vanessa Cardoso

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Le patient qui pénètre pour la première fois dans la salle de consultation du Dr Eisner sera sans doute surpris par les monceaux de paperasse étalés sur son bureau. Les locaux n’ont rien à voir avec un cabinet médical conventionnel, reluisant et aseptisé, et le médecin orthopédiste ne porte pas la blouse blanche. Il reçoit en tenue décontractée, jean et chemise d’allure sportive. Ici, aucun vernis des apparences. On va à l’essentiel et on privilégie le franc-parler.

Il y a trente ans cette année que la plaque du Dr Harold Philippe Eisner est accrochée au mur d’un immeuble situé à quelques pas de l’Hôpital de Nyon. Le médecin a dépassé l’âge officiel de la retraite. Sa barbe blanche en témoigne mais l’homme reste fringant, passionné par son métier, et toujours à l’écoute attentive de ses patients, même s’il lui arrive régulièrement d’interrompre la conversation au milieu d’une phrase pour répondre au téléphone.

Pas sur un piédestal

Il explique: «Cela fait quinze ans que je n’ai plus de secrétaire. De cette manière, je reste un médecin accessible. Je ne suis pas sur un piédestal, je suis au fourneau, au service des patients. Sachez d’ailleurs que l’analyse du délai d’un rendez-vous est déjà un geste médical.» La mauvaise image que pourrait donner son bureau encombré? «Si les gens s’arrêtent à ça, tant pis.»

Ils auraient effectivement tort, car derrière cet apparent désordre existe une organisation bien maîtrisée, grâce à l’informatique. «J’ai acheté mon premier ordi en 1981, probablement le premier portable qui n’ait jamais existé, et j’ai informatisé mon cabinet en 1989. Les papiers, c’est ce qui reste en suspens. Ils sont à portée de main pour que je ne les oublie pas.»

Ne nous méprenons pas: ce médecin appartient à la vieille garde mais il a toujours fait partie des précurseurs et sa curiosité naturelle le pousse à rester à la pointe de l’actualité. Son ami radiologue, le médecin senior lausannois Michel Landry (qui a exercé à la rue Caroline, où le Dr Eisner a un autre cabinet), n’hésite pas à le qualifier de «porte-flambeau toujours à l’affût des nouveautés»: «Il est très efficace dans la gestion de ses outils techniques.»

À l’avant-garde aux États-Unis

Ces compétences ne sont pas tombées du ciel. Après ses études en médecine interne et en chirurgie générale à Lausanne, puis sa spécialisation en orthopédie, le jeune Harold développe un intérêt pour la chirurgie sous contrôle arthroscopique qui le conduit aux États-Unis. De retour en Suisse, il est un des premiers à y introduire la chirurgie arthroscopique (intra-articulaire, à l’aide d’une caméra). C’est dire s’il en connaît un bout en «outils techniques».

Cet enfant de Prangins – fils d’une mathématicienne et d’un docteur en chimie qui a fondé l’usine Stellram, à Nyon – a l’esprit d’un entrepreneur ouvert à toutes les innovations. Il s’informe beaucoup (10'000 francs par an dépensés dans des revues spécialisées et autres journaux), participe à de nombreux congrès et cherche à côtoyer des pointures dans leur domaine. Il se targue même de savoir les reconnaître. «Autrefois, comme dans le compagnonnage, on appelait ces gens rigoureux et créatifs des maîtres.» S’il ne devait en citer qu’un, ce serait le Pr Saegesser, ancien chef du service de chirurgie du CHUV.

C’est justement à la suite du premier congrès mondial sur la prévention à Oslo en 2005 qu’il va intensifier le développement de la médecine du sport et de l’activité physique. «Le fait que la chirurgie ne peut souvent pas refaire une articulation à l’identique après un accident m’a amené au concept d’intervention avant la blessure.» Là encore, Le Dr Eisner a été parmi les pionniers en Suisse. Il regrette que les assurances soient peu réceptives au concept de prévention.

Et voilà l’incontournable question des coûts de la santé. Attention, le Nyonnais est intarissable sur le sujet. «Les coûts vont encore exploser et on ne sait pas jusqu’où cela va monter. Dès lors, on prend le problème par le mauvais bout. Il faudrait d’abord savoir quelle part du PIB on est prêt à payer pour la santé, puis dire aux gens ce qu’on peut leur offrir avec cette somme, en toute transparence.»

Médecine industrielle

Avec le recul (environ 20'000 patients traités), le Dr Eisner ne peut que regretter une dégradation de la prise en charge des patients. «En limitant le temps de la consultation, on péjore la qualité de la relation médecin-patient. Ni les financiers – entendez par là les assureurs – ni les politiques ne comprennent l’intérêt de cette relation, même au niveau du rendement économique. On est en train de passer à l’ère industrielle de la médecine. On produit meilleur marché, mais ce n’est plus du sur-mesure. Jamais un robot ne remplacera le geste chirurgical, qui est le prolongement de la pensée de l’être humain qui le pratique. La médecine doit rester un art, et le médecin un artisan.»

On l’aura compris, le Dr Eisner privilégie la relation de personne à personne, en toute franchise, et dans le respect des rôles de chacun. Nicolas Bolletta, un physiothérapeute lausannois de ses amis, apprécie cette approche: «C’est son côté humaniste que je retiens avant tout. Et son intégrité. Il se posera toujours la question de savoir si une opération se justifie pour le bien-être du patient. Il se définit d’ailleurs lui-même d’abord comme un médecin, puis comme un chirurgien, parce qu’il privilégie la prise en charge du patient de manière globale.» Le Dr Eisner confirme: «Je soigne une personne qui a un problème et non un problème qu’a une personne.»

Créé: 13.12.2019, 09h46

Bio Express

1953
Naissance à Nyon.

1971
Maturité fédérale.

1978
Diplôme fédéral de médecin.

1989
Installation dans son cabinet à Nyon après obtention d’un doctorat et d’un titre de spécialiste en chirurgie orthopédique et traumatologie de l’appareil locomoteur.

1989
Rencontre avec le Dr Lanny Johnson.

1990
Mariage avec le Dr F. D. Eisner Ittensohn puis naissance de leurs 3 enfants (Maïté en 1990, Leila en 1992 et Paul en 1993).

2001
Membre de l’Arthroscopy Association of North America.

2005
Participation au premier congrès mondial de prévention de blessures en sport à Oslo.

2019
Grand-père.

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