Une avancée pour le don du sang

SantéDes chercheurs genevois révèlent les limites de la conservation du sang destiné aux transfusions.

Lors d’une transfusion, seules les hématies sont administrées au patient.

Lors d’une transfusion, seules les hématies sont administrées au patient. Image: MAGALI GIRARDIN

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Le sang peut-il se périmer? La réponse n’est pas évidente. Actuellement, quand quelqu’un donne son sang, ce dernier va subir bon nombre de transformations avant de pouvoir être transfusé dans le corps d’une autre personne. Les 450 ml récoltés sont séparés dans une centrifugeuse entre plasma et globules rouges. Lors d’une transfusion, seules les hématies, incorporées à un produit de conservation, sont administrées au patient.

Conservé dans une poche en plastique, le sang se garde au frigo à une température de 4 degrés durant quarante-deux jours au maximum. «Ce laps de temps nous pose problème puisqu’il nous laisse peu de souplesse dans la gestion des stocks. D’autant plus à Genève, où nous sommes en situation de flux tendu. Si nous pouvions rallonger ce délai, ce serait fantastique», explique Sophie Waldvogel, directrice du Centre de transfusion sanguine des Hôpitaux universitaires de Genève (CTS). Elle ajoute qu’on a fixé cette règle de temps et de température il y a une cinquantaine d’années. Elle n’a jamais été remise en question par la communauté scientifique. En cause, le manque d’outils de mesure pour donner des indications précises sur l’évolution de la qualité des globules rouges.

Expérience à 37 degrés

Sur l’initiative du professeur Marco Schapira, une équipe composée de chercheurs de Suisse, des États-Unis et d’Australie s’est penchée sur cette problématique. Son étude vient d’être publiée dans le journal scientifique «JCI insight», avec des résultats pour le moins prometteurs. Les expériences ont été réalisées par Aline Roch, biologiste au Centre médical universitaire de Genève.

Après plus de deux ans de recherches, les scientifiques sont arrivés à la conclusion que la qualité et la viabilité des globules rouges diminuent avec le temps, mais surtout que ce phénomène est accentué lorsque le produit sanguin est analysé à une température de 37 degrés, soit celle du corps humain. «De plus, ces anomalies sont nettement plus importantes lorsque la température est de 40 degrés, indique Marco Schapira, membre de l’équipe. Jusqu’à présent, le sang était étudié à chaleur ambiante, ce qui amenait à des résultats biaisés, notamment sur la viabilité des globules rouges. On se rend compte que les lésions sur ces derniers sont plus importantes à 37 degrés. Maintenant que nous savons que la température est un facteur important, nous allons pouvoir jouer là-dessus dans nos futures recherches.»

Que se passe-t-il si un patient reçoit du sang avec des globules rouges moins efficaces? Sophie Waldvogel précise qu’il n’y a pas de risque majeur mais que la fonction oxygénante de ces derniers est diminuée en raison de leur détérioration. «À 37 degrés, les effets bénéfiques des globules rouges sont déjà atténués. Imaginez-vous alors une transfusion sur un patient fiévreux. C’est possiblement superflu, mais ça, on ne s’en doutait pas», révèle-t-elle.

La prochaine étape consiste à confirmer des résultats par des essais cliniques. Ils seront effectués sur les patients dépendants de transfusions, qui souffrent d’une maladie chronique du sang ou de leucémie. «Avec ces résultats, nous ouvrons la voie à d’autres études, qui pourront s’intéresser à la variation de température du sang ainsi qu’à sa durée de conservation, afin de l’optimiser au maximum. En cela, c’est une grande avancée», commente Sophie Waldvogel.

Critères plus sévères

Cette découverte s’avère importante pour le monde hospitalier car à l’avenir, les critères pour donner son sang vont devenir plus sévères. «Avec l’arrivée du moustique tigre et ses virus dans nos régions, nous assistons à des restrictions temporaires pour les donneurs. Nous craignons toujours une augmentation des pénuries de sang», indique la directrice du CTS. Les suites de cette étude tablent sur l’allongement de la conservation du sang sans altérer sa qualité, afin de pallier le manque de dons.

Créé: 27.11.2019, 17h37

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