Un boom d'épidémies

SantéRéchauffement du climat, mondialisation et pauvreté accélèrent la diffusion des maladies

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le nombre de pathogènes et des épidémies associées tend à croître.

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le nombre de pathogènes et des épidémies associées tend à croître. Image: Reuters

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«Dans les années 1960, je me souviens d’avoir vécu la fermeture du dernier sanatorium de France, raconte Alain Mérieux, directeur de la Fondation Mérieux, qui lutte contre les maladies infectieuses. A l’époque, grâce à la découverte des antibiotiques, tout le monde pensait que la tuberculose allait disparaître.» Et aujourd’hui? Selon une étude publiée le 13 septembre dans The Lancet, «aucun pays n’est en bonne voie d’éradiquer» cette maladie d’ici à 2030, ce qui était pourtant l’un des Objectifs de développement durable des Nations unies. En Suisse, près de 550 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, selon l’Office fédéral de la santé publique, principalement au sein des populations migrantes.

Quatre fois plus d’épidémies

La tuberculose n’est pas un cas isolé. Rougeole, choléra, Ebola, paludisme, zika: moult maladies infectieuses résistent aux efforts mondiaux. Pire: «Nous assistons depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale à un accroissement du nombre de pathogènes et des épidémies associées», note Serge Morand, expert en parasitologie à l’Université de Montpellier et à la Faculté de médecine tropicale de Bangkok. Selon un rapport publié en octobre 2014 dans le Journal of the Royal Society, le nombre d’épidémies a été multiplié par quatre dans le monde entre 1980 et 2013.Comment expliquer une telle hausse? Il y a d’abord les progrès de la science et de la communication: «Un virus qui affecte 100 personnes à l’autre bout de la planète est identifié très vite par les systèmes de surveillance et toute la planète est alertée dans la foulée, résume Serge Morand. Cela donne l’impression d’une augmentation du risque.» Mais l’information n’explique pas tout.

«Beaucoup de personnes minimisent le problème en disant qu’il y a toujours eu des épidémies. C’est vrai, il y en a toujours eu. Mais l’activité humaine a profondément modifié les conditions de propagation des pathogènes, a expliqué Christian Bréchot, ancien directeur de l’Institut Pasteur, lors du cinquantième anniversaire de la Fondation Mérieux. La déforestation, par exemple, met en contact des hommes et des vecteurs de maladies qui ne se côtoyaient pas. Et le réchauffement climatique aggrave le problème.»

«Bien que le réchauffement climatique puisse présenter localement quelques avantages, tels qu’une baisse de la mortalité hivernale dans les zones tempérées, ses effets sur la santé risquent dans l’ensemble d’être très largement négatifs (…), prévient ainsi l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La saison de transmission de certaines maladies à transmission vectorielle sera allongée et leur répartition géographique modifiée. Selon les projections, la Chine connaîtra une extension sensible de sa zone d’endémie de la schistosomiase, maladie transmise par des gastéropodes.» Les moustiques du genre Aedes, vecteurs de la dengue, sont également très sensibles aux conditions météorologiques. Selon certaines études, 2 milliards de personnes de plus pourraient être exposées au risque de transmission de la dengue d’ici aux années 2080.

Et plus près de chez nous? Pour le savoir, des chercheurs britanniques ont passé au crible 157 agents pathogènes (100 touchant l’homme, 100 l’animal, dont 43 touchant les deux) dont la présence en Europe pourrait être attisée par une modification des composantes climatiques (température, niveau des précipitations, humidité, vent, etc.). Leurs résultats, publiés en août dans la revue Scientific Reports, montre que 99 de ces 157 pathologies (63%) sont liées au climat. Evidemment, les chercheurs ne peuvent déterminer dans quelle mesure ces maladies vont affecter les Européens – les effets du réchauffement planétaire étant eux-mêmes difficiles à prévoir. Mais les auteurs de l’étude jugent cette tendance «inquiétante» et appellent l’OMS et l’Union européenne à se saisir du problème pour évaluer les risques encourus par les populations. «Nos résultats montrent qu’il faudrait aller plus loin dans les recherches si nous voulons vraiment comprendre les impacts futurs du climat sur notre santé», explique Marie McIntyre, principale auteure de l’étude, dans un communiqué de l’Université de Liverpool.

Dans les pneus

Quoiqu’il en soit, certaines maladies comme la dengue ou le chikungunya sont désormais autochtones dans le sud de l’Europe et progressent vers le nord à la faveur du réchauffement.

Mais ce n’est pas le changement climatique qui a amené ces pathologies. C’est la mondialisation. En effet, originaire d’Asie, le moustique tigre – vecteur de la dengue et du chikungunya – a voyagé dans des pneus usagers pour rejoindre le Vieux-Continent.«Autrefois, les pathogènes mettaient des années pour parcourir le monde, résume Alain Mérieux. Aujourd’hui, un virus identifié dans un pays se retrouve le lendemain à l’autre bout du globe. La planète est devenue un village global, y compris pour les parasites.»


Améliorer les systèmes de soins dans le Sud

Dans le monde, les maladies infectieuses sont responsables d’environ 20 millions de décès par an, dont seulement 1% dans les pays industrialisés. Mais nous aurions tort de fermer les yeux sur ce qui se passe dans les pays en voie de développement. «Les épidémies menacent la sécurité mondiale, parce qu’elles engendrent des mouvements migratoires intenses, comme la crise d’Ebola l’a montré», rappelle Xavier Crespin, directeur de l’Organisation ouest-africaine de la santé (OOAS).

Face aux risques épidémiques, la communauté internationale a développé des outils puissants, avec certains succès, notamment dans la lutte contre le VIH. Mais il faut avant tout améliorer les systèmes de soins des pays du Sud. «Lorsque l’épidémie d’Ebola a débuté, nous ne disposions d’aucun laboratoire pour analyser les échantillons, raconte Abdoul Habib Béavogui, directeur du Centre national de formation et de recherche en santé rurale en Guinée. Nous avons dû attendre que le virus soit identifié à Lyon pour commencer à prendre des mesures. Ce retard a entraîné une propagation de la maladie. Il faut que nous disposions sur place de laboratoires performants et de systèmes de santé fiables, afin de pouvoir réagir le plus vite possible. Sans outil de diagnostic, nous sommes aveugles face aux maladies.»

Un avis partagé par Blaise Genton, médecin-chef au Service des maladies infectieuses du CHUV: «L’épidémie d’Ebola nous a montré qu’une faiblesse de la surveillance épidémiologique associée à des systèmes de soins déficients ne permettait pas de maîtriser la crise. La mise au point de vaccins contre ce virus est la cerise sur le gâteau. Mais le plus important est de mettre de l’argent dans les systèmes de soins.» Ce n’est pas forcément la tendance. En août, la Suisse a annoncé le versement de 57 millions de francs entre 2017 et 2019 au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. C’est trois millions de moins que pour la période précédente. B.B. (24 heures)

Créé: 28.10.2017, 10h13

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