La borréliose, entre peur et médecins qui rassurent

SantéTransmise par les tiques, la maladie de Lyme attise les craintes. Le point avec deux spécialistes.

En Suisse, de 5 à 50% des tiques sont infectées par la bactérie responsable de la borréliose.

En Suisse, de 5 à 50% des tiques sont infectées par la bactérie responsable de la borréliose. Image: GETTY

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Avec les beaux jours est revenue la saison des tiques. L’an dernier, 28 980 personnes ont consulté après avoir été mordues. Un record selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Parmi les maladies transmises par ces minuscules acariens mesurant au plus 5 mm figure la maladie de Lyme, appelée aussi borréliose, du nom de la bactérie Borrelia burgdorferi, présente chez 5 à 50% des tiques en Suisse, selon les régions. Pour 2017, le nombre de consultations jusqu’à fin mai est estimé à 6800, pour 1300 cas de borréliose aiguës déclarées. Soit bien moins qu’à la même période en 2016. De plus en plus informé par les campagnes de prévention, le grand public a pourtant de plus en plus peur.

Le Dr Manuel Schibler, du laboratoire de virologie des HUG (Hôpitaux universitaires de Genève), enjoint à suivre les recommandations de prévention (lire ci-contre) tout en se montrant rassurant: «Même si l’on se fait piquer et que l’on est infecté, dans la plupart des cas, il ne se passe rien, le système immunitaire se débarrasse des bactéries sans maladie associée. C’est pourquoi cela ne sert à rien de faire des tests si l’on n’a pas de symptômes.» Chez environ la moitié des personnes qui développent la maladie, un érythème migrant signale l’infection. Il faut alors consulter un médecin, qui prescrira des antibiotiques. Chez le 50% restant, cela peut passer inaperçu dans un premier temps, puis causer des problèmes articulaires, cardiaques ou des atteintes neurologiques appelées neuroborréliose. Celle-ci se déclare dans l’écrasante majorité des cas 2 à 6 semaines après la morsure.

Un infime pourcentage cependant connaîtra une forme tardive de l’atteinte qui, une fois repérée, sera également soignée par antibiothérapie. Parmi les symptômes typiques de la neuroborréliose figurent une inflammation douloureuse des racines nerveuses, une méningite, une paralysie faciale ou, plus rarement, une encéphalite. «Pour poser le diagnostic de neuroborréliose, il faut recourir à une ponction lombaire et démontrer une réponse immunitaire forte contre la bactérie dans le liquide céphalorachidien», remarque Renaud Du Pasquier, médecin-chef du service de neurologie au CHUV.

Tiques a différents stades

Les médecins l’admettent cependant: le diagnostic n’est pas toujours aisé. Un dosage d’anticorps réalisé trop tôt peut ainsi se révéler négatif: «Mais, en cas de suspicion de Lyme, il faut répéter le test qui doit, à un moment, se révéler positif, sauf si le patient a été traité par antibiotiques», remarque Manuel Schibler. Le test peut aussi se révéler positif en raison d’une contamination ancienne, passée inaperçue. «On trouve des anticorps chez environ 10% des Suisses, sans qu’ils soient malades.» Très informés, des malades dont on n’a pu découvrir de quoi ils souffrent se demandent alors pourquoi la Suisse n’a pas recours à de nouvelles méthodes arrivées sur le marché, en Allemagne notamment, pour détecter la présence de la bactérie: «Lorsqu’on m’a testé pour la maladie de Lyme et que le résultat est revenu négatif, j’ai demandé si c’était fiable, car j’avais eu connaissance de ces tests», reconnaît ce patient qui souffrait de douleurs articulaires inexpliquées malgré des investigations étendues. «Ces méthodes n’ont pour l’heure pas été validées scientifiquement», remarquent les deux spécialistes.

«Nous prenons la neuroborréliose très au sérieux, en recourant aux tests nécessaires au moindre doute. Mais lorsque nous avons écarté ce diagnostic grâce au protocole validé par la communauté scientifique, envisager d’autres explications permet souvent de découvrir une autre maladie qu’on n’aurait pas repérée en restant focalisé sur la neuroborréliose», argumente Renaud Du Pasquier. Lors d’un récent colloque au CHUV, dont une partie était consacrée à la neuroborréliose, des chercheurs ont ainsi présenté le cas d’une femme qui, hormis une sérologie négative, présentait tous les symptômes de la maladie. Il a finalement été découvert qu’il s’agissait d’une sarcoïdose.

Antibiotiques au long cours déconseillés

Anita Comba, responsable romande de la Ligue suisse des maladies à tiques, également dans la salle ce jour-là, interrogeait aussi la manière de traiter la neuroborréliose. En Suisse, la prescription d’antibiotiques se limite à deux semaines. Des symptômes peuvent toutefois persister ensuite. «Ce phénomène, appelé à tort neuroborréliose chronique, est reconnu mais non expliqué. Dans la majorité des cas, les symptômes finissent par disparaître tout seuls avec le temps, remarque Manuel Schibler. Il n’y a aucune évidence scientifique qui montre qu’il faut administrer des antibiotiques sur des mois, voire des années comme cela se pratique parfois.»

Le Center for Disease control d’Atlanta s’est lui-même prononcé récemment contre cette antibiothérapie longue: «Des patients sont morts parce que les médecins sont passés à côté de leur véritable maladie», résume Renaud Du Pasquier. Il admet volontiers que tout n’a pas encore été découvert sur cette maladie, et plaide pour le lancement d’une recherche coordonnée en Suisse, menée par des infectiologues, en collaboration avec des neurologues et rhumatologues, notamment «pour affiner la sensibilité des tests actuels.» (24 heures)

Créé: 01.07.2017, 11h25

Les précautions à prendre

Les tiques vivent au-dessous de 1500 mètres, surtout en forêt, mais aussi dans les buissons et les herbes hautes. Leur activité principale va de mars à novembre. Selon les régions, de 5 à 50% sont infectées par la bactérie Borrelia.
Vêtements: pour aller en forêt, porter des vêtements couvrants et des chaussures fermées, glisser les pantalons dans les chaussettes.
Observation: s’autoexaminer après la balade, car si on enlève la tique le jour même, le risque qu’elle transmette la bactérie est très faible. Chez les enfants, bien regarder dans les endroits tels que pli de l’aine, aisselles, tête et cheveux. Porter des vêtements clairs permet de repérer les tiques avant qu’elles ne se fixent sur l’homme.
Que faire si l’on trouve une tique sur soi? la saisir avec une pincette à la base de la tête et la retirer lentement. Vérifier d’avoir tout enlevé. Désinfecter et surveiller la plaie les jours suivants. Consulter en cas d’érythème migrant (rougeur cutanée autour de la piqûre), de fièvre ou d’état grippal.
Encéphalite à tiques: en Suisse, une autre maladie est transmise par les tiques: la méningo-encéphalite verno-estivale. Un vaccin est recommandé (au-dessus de 6 ans) pour les personnes vivant dans les zones à risque (carte sur www.bag.admin.ch). Il n’existe aucun traitement contre l’encéphalite à tiques, puisqu’il s’agit d’un virus. Chez 70% des personnes infectées, l’évolution est asymptomatique, les autres présentent des symptômes grippaux durant huit à dix jours, 5 à 15% développent des complications neurologiques. Chez les enfants, l’atteinte reste bénigne la plupart du temps. La maladie a touché 201 personnes dans le pays en 2016. Elle est mortelle dans environ 1% des cas.

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