Le cannabis légal séduit de plus en plus de malades

SantéAnxiolytique, anticonvulsif, anti-inflammatoire, le CBD commence à intéresser le corps médical.

Les commerces vendant des produits de CBD ont fleuri ces derniers mois en Suisse, comme ici dans la Cannathèque de Swiss Cannabis, à Lausanne.

Les commerces vendant des produits de CBD ont fleuri ces derniers mois en Suisse, comme ici dans la Cannathèque de Swiss Cannabis, à Lausanne. Image: VANESSA CARDOSO

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Voilà vingt ans que Maria Santos, habitante de Prilly, se bat contre une maladie qui lui crée des plaies ouvertes sur les jambes et lui cause des douleurs importantes. Il y a quelques mois, elle prenait quotidiennement de la morphine, sans soulagement. Sur l’insistance de ses filles, elle essaie l’huile de cannabidiol, appelé aussi CBD (lire ci-dessous). «Depuis que je prends trois gouttes matin et soir, j’ai pu arrêter la morphine et éviter ses effets secondaires. Je vis beaucoup mieux. Les sensations électriques que j’ai dans les jambes n’ont pas disparu, mais l’huile me libère de beaucoup d’autres douleurs et je dors beaucoup mieux», raconte cette Vaudoise de 59 ans.


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Lilian, elle, souffre d’inflammations chroniques du fascia, tissu plantaire entre le talon et les doigts de pied. Une douleur violente qui l’empêche de marcher et de trouver le sommeil. «J’ai tout essayé! Le paracétamol, le tramadol, mais rien a fonctionné», raconte cette Zurichoise de 56 ans. Un ami, médecin de profession, lui a conseillé d’essayer le cannabidiol. Elle prend 12 gouttes le soir réparties entre son repas et le début de sa nuit. «J’ai beaucoup moins mal, je dors et j’arrive de nouveau à marcher.»

«Il y a des gens qui reviennent pour nous remercier, et tant qu’on aura des mercis nous continuerons»

Du côté des vendeurs, aucune surprise. «95% des clients qui achètent de l’huile le font pour des raisons médicales, certains sont atteints d’épilepsie ou de la maladie de Parkinson», explique Marc Brunner, employé de Moon’s Coffee-Shop à Lausanne. «Il y a des gens qui reviennent pour nous remercier, et tant qu’on aura des mercis nous continuerons», renchérit Chihi Mouna, patronne des boutiques Moon’s. Les professionnels du CBD reçoivent de plus en plus d’appels de pharmaciens et de médecins. Même si le corps médical reste neutre dans son discours, il n’hésite plus à envoyer des patients dans ces commerces.

Une pratique confirmée par le Dr Christophe Perruchoud, médecin-chef au centre du traitement de la douleur à l’Hôpital de Morges. «De plus en plus de patients nous parlent du cannabidiol et nous demandent des conseils. Si cela peut aider les personnes qui souffrent, qu’il n’y a pas d’effets secondaires et que c’est légal, nous n’avons plus beaucoup d’arguments pour nous y opposer.» Il n’articule aucun chiffre, mais précise que le nombre de patients reste marginal. «Nous n’encourageons pas les gens à prendre du CBD, mais nous ne pouvons pas les décourager s’ils souhaitent essayer ces produits.»

Plus de 450 études

La recherche sur le cannabidiol est en plein boom, plus de 450 études sont en cours. «Le CBD peut soigner certains symptômes. Nous connaissons maintenant son effet sur les douleurs musculaires. D’autres études démontrent un effet calmant et des vertus anxiolytiques, mais cela dépend des personnes», explique le Dr Daniele Zullino, médecin-chef du service d’addictologie des HUG. De nouveaux travaux s’intéressent au cannabidiol pour le traitement des psychoses, les premiers résultats sont prometteurs, mais l’addictologue reste prudent. «Il faut encore attendre pour se prononcer. Le cannabis ne peut pas être encore considéré comme un nouveau neuroleptique.»

L’aide-mémoire sur le CBD de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et de Swissmedic évoque au conditionnel les effets thérapeutiques du CBD: «Il pourrait avoir des effets antioxydants, anti-inflammatoires, anticonvulsifs, antiémétiques (contre les vomissements), anxiolytiques, hypnotiques ou antipsychotiques.»

La porte-parole de Swissmedic, Danièle Bersier, précise: «Aucun produit contenant du cannabidiol (CBD) ne peut actuellement être commercialisé en Suisse assorti d’allégations thérapeutiques au titre de médicament, puisque ces produits ne sont pas autorisés comme tels.»

Il existe aujourd’hui un seul médicament reconnu. Le Sativex. Un spray buccal utilisé pour soigner la sclérose en plaques. Il contient, lui, du tétrahydrocannabinol (THC), le cannabinoïde responsable de l’effet psychotrope de la marijuana. D’autres préparations existent, mais elles sont soumises à une autorisation exceptionnelle de l’OFSP.

Contre l’addiction au THC

Le CBD est-il addictif? Niet, répondent les addictologues. Au contraire. «Nous savons, maintenant, que le CBD diminue l’effet du THC. Ce sont deux substances qui sont antagonistes, explique le Dr Daniele Zullino. Il y a des études en cours sur l’utilisation du cannabidiol pour traiter l’addiction au cannabis.»

«Nous aurions le potentiel de diminuer les risques liés au cannabis de rue avec des produits contrôlés par l’Etat, mais ce n’est pas possible, car nous restons dans un système prohibitif», argumente Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d’études des addictions (GREA).

Si les études et un recul manquent encore au monde médical pour prendre une position définitive, Lilian, elle, n’a pas besoin de plus de littérature scientifique. «Je ne sais pas si cela peut soigner ou soulager d’autres personnes, mais je conseille le CBD à tout le monde, car pour moi ça marche.»


Notre enquête vidéo sur le business du CBD

(24 heures)

Créé: 13.01.2018, 09h24

Le CBD, c’est quoi?

Le cannabidiol, aussi appelé CBD, est un cannabinoïde présent dans la plante de cannabis. Il aurait une action positive sur l’anxiété, des effets tranquillisants et même anti-inflammatoires. Le cannabis dit «CBD» est riche en cannabidiol. Il doit, par contre, contenir moins de 1% de tétrahydrocannabinol (THC), autre cannabinoïde possédant des propriétés psychotropes. À noter qu’en dehors de la fleur de CBD qui le plus souvent se fume, les personnes souffrantes se tournent vers de l’huile. Un produit qui n’est pas bon marché puisque pour 10 ml d’huile de CBD – la plus concentrée du marché – il faut quand même compter dans les 130 francs.

«Le CBD n’a presque pas d’effets secondaires»

Daniele Schibano est le fondateur et directeur des sociétés AI FAME GmbH, AI LAB Swiss et Swiss Cannabis. Ces entreprises sont spécialisées dans la production et la récolte de cannabis, la transformation, et la recherche sur des produits alimentaires, cosmétiques et médicaux tirés du cannabis. Il a aussi ouvert 22 magasins (cannathèque) à travers le pays. Interview.

Peut-on réellement se soigner avec du CBD?

Le CBD a montré des effets positifs dans de multiples cas cliniques. Il soulage de manière significative les personnes atteintes d’épilepsie et de sclérose en plaques. En outre, il a un impact positif sur les malades atteints de cancer. Il a également un effet apaisant et soulage la douleur. Il y a de nombreuses autres pathologies à l’étude, mais à trop petite échelle pour pouvoir en parler.

Vos vendeurs n’ont pas l’autorisation de donner des conseils médicaux ou même une posologie précise. N’est-ce pas problématique?

Le cadre légal est en place et ce n’est pas à nous de l’évaluer. Nous vendons nos produits en tant que matière première. Les clients qui les achètent sont généralement très bien informés et font leurs propres expériences dans la famille et leur cercle d’amis. Dans certains cas, des personnes viennent chez nous, car elles sont conseillées par leur médecin ou leur pharmacien.

Une automédication à base de CBD n’est pas dangereuse?

Le CBD n’a pratiquement aucun effet secondaire.

Le CBD ne devrait-il pas être vendu dans des pharmacies?

Notre objectif est de promouvoir l’aspect médical du chanvre et le rendre accessible au plus grand nombre. S’il y a une volonté pour une plus grande régulation du commerce de CBD, alors nous œuvrerons de manière constructive et nous donnerons un coup de main à ce projet.

Les produits dérivés du cannabis sont mal perçus

«Ce sont souvent les enfants ou les petits-enfants de nos patients qui leur parlent de ces produits. Le cannabis a toujours une connotation forte de stupéfiant», explique Christophe Perruchoud, médecin-chef au centre du traitement de la douleur à l’Hôpital de Morges. Daniela Santos, la fille de Maria Santos, en sait quelque chose: «Au début, ma mère a refusé de prendre du CBD, pour elle c’était de la drogue. Nous lui avons expliqué qu’il n’y avait pas de THC et donc pas d’effets psychotropes, mais il a fallu du temps pour la convaincre.» Après avoir été bluffée par les résultats, Maria Santos ne se formalise pas. «Aujourd’hui c’est le CBD et demain ça sera peut-être quelque chose d’autre. De toute manière quand on a mal tout le temps, on est prêt à tout du moment que cela nous soulage.»

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