Cartographier les maladies pour soigner les villes

Santé Un médecin et un géographe démontrent l’impact de l’environnement urbain sur notre santé.

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Dites-moi où vous vivez et je vous dirai de quoi vous souffrez. Fers de lance en Suisse romande d’un courant baptisé «urban health» ou «santé urbaine», Idris Guessous et Stéphane Joost s’attachent à démontrer l’impact de l’environnement citadin sur notre santé au sein de leur groupe GIRAPH, pour Geographic Information Research and Analysis in Public Health. Le premier est médecin aux HUG et au CHUV; le second, géographe à l’EPFL. Ensemble, ils donnent vie à une approche en plein essor: la géomédecine.

Le duo a entrepris dès 2012 de reporter les pathologies sur des cartes en vue de les croiser avec les caractéristiques du cadre de vie. Y a-t-il des corrélations? «Ces statistiques spatiales donnent des résultats fascinants», relèvent-ils.

L’influence de nos voisins

Examinons leur carte consacrée à l’obésité (voir ci-dessous). Les chercheurs ont reporté sur le plan de la ville l’indice de masse corporelle (IMC) de 6000 Lausannois participants à l’étude CoLaus. Le schéma de droite présente les données brutes. Un magma de couleurs peu parlant. En ne conservant que les IMC plus haut ou plus bas que la moyenne, tout s’éclaire (carte de gauche). Des «clusters» se dessinent, c’est-à-dire des concentrations de personnes qui sont en dessus ou en dessous de la moyenne lausannoise. Dans certains quartiers, surtout à l’ouest, le surpoids résiste aux explications habituelles liées au revenu, au niveau d’éducation, à l’âge ou au tabagisme.

Conclusion: le milieu socio-économique n’explique pas tout, même s’il joue évidemment un rôle. «Il faut chercher d’autres facteurs qui concernent tous les voisins, relève Idris Guessous. Dans certains quartiers, par exemple, le loyer est moins élevé et attire donc les milieux modestes, l’isolation phonique est moins bonne, il y a moins de lumière…» Autre hypothèse: les gens tendent à se comporter comme leurs voisins. «La première loi du géographe, c’est que les choses proches se ressemblent, explique Stéphane Joost. Si tout le monde dans votre immeuble prend l’ascenseur, il y a de fortes chances que vous le fassiez aussi après un certain temps.»

Le médecin et le géographe ambitionnent de fournir des outils aux autorités sanitaires pour élaborer une santé publique dite «de précision» proposant des actions ciblées dans les zones qui en ont réellement besoin. «La santé publique a une approche trop globale; un discours trop généraliste qui n’atteint pas toujours sa cible», regrette le Dr Guessous.

Il donne l’exemple d’une action ciblée dans le quartier lausannois de la Bourdonnette «Il est cloisonné. La forêt et le lac sont juste à côté mais séparés des habitants par les routes et le métro. C’est une frontière psychologique. Sachant que la proximité d’espaces verts augmente la probabilité d’exercice physique, une solution serait de créer une passerelle piétonne qui faciliterait la vie de ceux qui voudraient se balader.»

Diagnostic de l’urbanisme

GIRAPH – dont l’équipe s’étoffe avec notamment l’arrivée d’un architecte – veut réaliser un diagnostic territorial en exploitant les innombrables données géolocalisées. «Grâce aux capteurs de particules fines sur les bus TL, nous avons pu constater un impact de la pollution de l’air sur la pression artérielle», indiquent les deux scientifiques. Ils explorent aussi les corrélations entre le poids des habitants et la consommation de boissons sucrées, les nuisances sonores et les troubles du sommeil, le type de commerces et la qualité de l’alimentation… «Si on peut démontrer une coïncidence statistique, c’est du miel pour le Service de la santé publique, qui sait où agir et comment», relève Stéphane Joost. La cheffe du Service vaudois, Stéfanie Monod, se dit très intéressée.

Au final, le duo à la tête de GIRAPH milite pour une planification urbaine favorisant la santé. «Il existe des critères pour construire des infrastructures health friendly», rappellent les chercheurs. Accès au système de santé, protection contre le bruit, espaces verts, liens sociaux, diversité alimentaire, mobilité douce… L’urbanisme et l’architecture vont être propices à une activité physique et à une alimentation saine. Donc augmenter ou diminuer, par exemple, le risque de maladies cardiovasculaires.» (24 heures)

Créé: 27.08.2017, 08h41

La carte du Dr John Snow au temps du choléra

Le médecin londonier est un pionnier de la géomédecine.

La géomédecine, soit la cartographie des problèmes de santé, a le vent en poupe. Un médecin londonien a tracé la voie en 1854 sur une carte devenue célèbre. Alors que le choléra fait des ravages à Soho, John Snow a une intuition: l’épidémie n’est pas véhiculée par l’air mais par l’eau. Pour localiser sa source, il recense le nombre de décès dus au choléra dans chaque maison et reporte ces données sur une carte du quartier.

Il localise ensuite les pompes qui fournissent la population en eau potable. En recoupant les deux informations, le Dr Snow met en évidence que le secteur où il y a le plus grand nombre de décès est situé près d’une pompe de Broad Street. Il convainc les autorités de la condamner. L’effet est immédiat. L’eau de la pompe était bien la source de l’épidémie.

Voilà un exemple parfait de géoréférencement et de mise en œuvre d’une «santé publique de précision» défendue aujourd’hui par le Dr Guessous et Stéphane Joost. «Nous sommes en train de créer des cartes sur Parkinson pour voir s’il y a des corrélations spatiales, ajoutent-ils. Les pesticides utilisés dans les champs ont-ils une influence? Et les conduites d’eau?» Autre chantier: la géolocalisation des arrêts cardiaques.

Comme ceux de John Snow, leurs travaux se nourrissent d’une information sous-exploitée: l’adresse des patients. Ils ont puisé pour leurs recherches dans l’extraordinaire base de données de la cohorte lausannoise CoLaus et du Bus Santé de Genève, exploitant les questionnaires – et bien sûr le lieu de vie – de quelque 24 000 participants.

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