Au Centre du sommeil, on ausculte aussi les rêves

SantéFrancesca Siclari, cheffe de clinique et chercheuse au CHUV, analyse ce qui se joue lorsqu’on dort.

Francesca Siclari utilise les dernières technologies pour en apprendre plus sur les rêves.

Francesca Siclari utilise les dernières technologies pour en apprendre plus sur les rêves. Image: VANESSA CARDOSO

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Les rêves nous occupent bien plus qu’on ne l’imagine. Ils constituent peut-être même l’essentiel de nos heures de sommeil. Mais que se passe-t-il réellement dans le secret de nos nuits? Au-delà des interprétations psychanalytiques, ces productions de notre cerveau sont de mieux en mieux étudiées grâce aux progrès technologiques. Au centre du sommeil du CHUV, Francesca Siclari, cheffe de clinique, se penche comme ses collègues sur les troubles du sommeil. Elle étudie aussi le rêve chez des sujets sains, pour percer un peu de son mystère. La chercheuse a publié ce printemps dans Nature Neuroscience avec des confrères genevois, italiens et américains, une étude qui lève un coin de voile sur ce mécanisme.

A tout moment

Jusque dans les années 50, il est communément admis que l’être humain ne rêve que dans le sommeil paradoxal. Appelé REM pour Rapid Eye Movement, soit mouvements oculaires rapides, il est caractérisé par la production cérébrale de rythmes rapides. A l’inverse, les diverses phases de sommeil non paradoxal (dénommées non-REM) impliquent des ondes lentes.

Plus tard, on découvre que ces moments oniriques ne se limitent pas aux phases de sommeil paradoxal ( voir infographie ci-dessous ). C’est là qu’interviennent l’équipe de Francesca Siclari et ses collègues de l’Université du Wisconsin, aux Etats-Unis. Grâce à l’électroencépha­lo­graphie à haute résolution, les scientifiques ont pu localiser l’activité cérébrale à la surface du cerveau avec une très grande précision. Et faire une avancée importante: «On ne comprenait pas pourquoi on pouvait rêver dans toutes les phases de sommeil, alors que l’activité cérébrale est si différente. Nous avons découvert que cela dépend de l’activation d’une aire bien précise, que nous avons appelée la zone chaude postérieure. Ce qui peut se produire dans n’importe quelle phase du sommeil.»

Pour agrandir l'infographie, cliquez ici

Les rêves restent cependant plus fréquents le matin, car les ondes lentes diminuent, et le sommeil paradoxal est plus étendu. Fait-on les mêmes songes dans les phases d’ondes lentes et de rythmes rapides? «En sommeil paradoxal, ils sont souvent plus longs et plus riches. Ceux qui interviennent aux autres moments sont courts et plus abstraits.» Les chercheurs n’ont cependant pas encore compris pourquoi cette fameuse zone s’active à certains moments. Est-ce aléatoire? Cela dépend-il de certains souvenirs? De ce qui est vécu dans la journée?

Le rêve existe vraiment

Une certitude en tout cas, cette activité cérébrale existe bel et bien, puisqu’elle est repérable par les chercheurs. «Certains disent que le rêve n’est qu’une invention qui se produit quand on se réveille, mais on a pu observer une concordance entre l’activation de cette zone chaude et le fait que le sujet raconte qu’il a rêvé quand il se réveille.» Une «signature du rêve» en somme.

Corollaire, on passerait donc bien plus de temps à rêver que ne l’a longtemps cru la science, ou qu’on ne pourrait l’imaginer sur la base des vagues souvenirs qu’il en reste le matin. Cette scientifique qui note ses rêves depuis l’adolescence le dit: «Les personnes motivées vont mieux se rappeler de leurs rêves. Je le fais car ça me donne beaucoup d’idées pour la recherche.» Elle modère toutefois: oublier les rêves constitue «probablement une bonne chose, car cela pourrait aider à distinguer les souvenirs du rêve de ceux de la réalité. Des personnes atteintes de pathologies du sommeil n’arrivent ainsi plus à discerner ce qui arrive lorsqu’elles dorment et quand elles sont éveillées.»

A quoi ça sert?

Capter l’activité cérébrale aide-t-il à répondre à la question fondamentale: à quoi sert le rêve? A l’égal du sommeil, les points d’interrogation restent nombreux. Parmi les hypothèses privilégiées, les songes constitueraient une sorte de jeu vidéo utile: ils permettraient de s’entraîner, dans une réalité virtuelle, à affronter certaines situations dans la vraie vie.

Autre hypothèse, il servirait à réguler les émotions en permettant d’assimiler une situation éprouvante, pour que l’on puisse s’en souvenir sans trop en souffrir: «Nous garderions ainsi cette situation en mémoire sans avoir à en revivre la charge émotionnelle.»

Le rôle des rêves serait ainsi étroitement lié à ce que postule une des théories les plus connues sur l’utilité du dodo: «Pendant la journée, on apprend beaucoup de choses qui forcent nos neurones à faire de nouvelles connexions. Mais nos ressources sont limitées. Dormir permettrait de rééquilibrer le système, et de garder avant tout les connexions importantes.» Ce tri d’informations se fait-il lorsque l’on est en train de rêver? Mystère.

Mais la recherche progresse. «On a maintenant des outils qui mesurent l’activité cérébrale de manière détaillée. Ils permettent de mieux évaluer les aspects cognitifs du sommeil, conclut la spécialiste. Cela ouvre aussi des perspectives pour les maladies dans lesquelles il y a des plaintes uniquement subjectives, comme l’insomnie paradoxale. Ceux qui en souffrent ont l’impression de ne jamais dormir, alors que les enregistrements conventionnels montrent le contraire. Les nouvelles techniques pourraient ainsi fournir des pistes sur ce qui est altéré dans ces conditions.»

Créé: 17.09.2017, 08h39

Dormir d'un hémisphère... ou éveillé

Le sommeil est au menu de l’exposition actuelle du Musée de la main à Lausanne, sur la conscience. On y apprend notamment que, contrairement à ce que l’on a longtemps cru, toutes les parties du cerveau ne dorment pas en même temps. Les parties frontales s’assoupissent avant celles situées à l’arrière. Ce n’est que lorsque toutes les zones sont endormies qu’on entre dans le sommeil profond. De même, le matin, ces zones se réveillent avec un décalage de dix minutes.

Par ailleurs, des observations ont montré que lorsque quelqu’un se retrouve dans un environnement inconnu, l’un de ses hémisphères dort moins bien. La recherche a également repéré que les zones qui ont le plus appris durant la journée sont aussi celles qui dorment le plus profondément.

De même il est possible, littéralement, de dormir éveillé: en situation de privation de sommeil durant de longues heures, par exemple dans le cas d’une nuit blanche, les ondes lentes qui arrivent normalement lorsqu’on s’endort sont repérables même sans piquer du nez.
«On ne s’en rend pas compte, mais ça désactive brièvement les zones concernées, et on a tendance à faire des erreurs, précise la spécialiste. Il est donc très important d’étudier ce mécanisme.»

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