Les centres dédiés à un organe se multiplient

SantéLa tendance est aux structures hospitalières spécialisées. Le CHUV et les HUG ne cessent d’en ouvrir de nouvelles. Un moyen de mieux prendre en charge les patients. Explications

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On connaissait le Centre du sein du CHUV et des Hôpitaux universitaires de Genève, mais peu de monde sait que l’hôpital vaudois a aussi un Centre du pied. Une petite entité qui existe depuis une dizaine d’années mais qui vient d’être officialisée administrativement. À ses quatorze collaborateurs, médecins, infirmiers, secrétaires, s’ajoutent des physiothérapeutes et ergothérapeutes. Cette structure, à l’intérieur de l’Hôpital orthopédique, recentre ses activités autour du pied et de la cheville. Dans le même élan, le Centre des tumeurs gynécologiques est sur le point de voir le jour au CHUV et les HUG viennent d’inaugurer celui de la mémoire.

Le modèle tend à se multiplier depuis 2010, date de l’ouverture du Centre du sein au CHUV. «Ce type de structures émergent effectivement un peu partout, explique Anne-Claude Griesser, directrice médicale adjointe du CHUV. Les spécialistes ont tendance à proposer le traitement qu’ils maîtrisent le mieux alors que l’équipe interdisciplinaire de ces centres aura un avis plus pondéré et prendra plus en compte les besoins et attentes du patient.» Et le Professeur Arnaud Perrier, directeur médical des HUG de préciser: «Les centres sont une manière de coordonner des activités autour d’un type de maladie. L’expertise de différentes spécialités est indispensable et déborde du cadre d’une structure hospitalière traditionnelle. Les différents professionnels impliqués dans la prise en charge d’une pathologie ont toujours travaillé en réseau, mais ce dernier était informel. Les centres le formalisent. L’improvisation, c’est bien mais avoir un chef d’orchestre qui suit une partition écrite, c’est mieux!»

Qu’il soit concentré dans un lieu précis ou juste une entité administrative, le centre simplifie la vie du patient. Un numéro de téléphone unique, une adresse e-mail et souvent un nombre limité et prédéfini de personnes de contact permettent aux malades de ne pas se sentir «comme un numéro».

Autre avantage: le regroupement de patients autour d’une maladie permet d’avoir un volume de dossiers conséquents. Un moyen de faire de la recherche (lire ci-dessous) et, à terme, d’innover et de trouver de nouveaux traitements. «Pour les maladies rares, la politique d’un centre est indispensable», explique Maurice Matter, directeur du Centre des sarcomes du CHUV. Ces tumeurs malignes s’attaquent aux tissus mous mais aussi aux os. Ils sont très difficiles à diagnostiquer. «Il n’y a guère plus de 300 à 350 patients atteints d’un sarcome chaque année en Suisse. Au CHUV, nous en voyons entre 80 et 100. La maladie est souvent extrêmement agressive et si un geste médical inadéquat est effectué, on ne peut que difficilement le rattraper. Il est donc primordial que les malades soient pris en charge dès le départ par une équipe qui connaît bien les sarcomes et ne s’occupe que de ça.»

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À l’heure où la mode est à la médecine personnalisée et globale, l’ultraspécification peut apparaître comme un paradoxe. «Dans certains cas, il est indispensable d’avoir recours à la médecine hautement spécialisée, poursuit le Dr Matter. On ne peut pas laisser un malade être opéré par un médecin qui n’aurait vu que deux sarcomes tout au long de sa carrière. Pour ce type de tumeurs rares et complexes, précisément, nous voudrions créer des centres de référence qui soient les seuls à pouvoir gérer ces maladies.»

Le Dr Philippe Tournesac, directeur médical de l’Institut de médecine intégrative de Givrins, émet quelques réserves sur la pertinence de telles unités spécialisées: «Le but de la médecine est de réunir des soignants autour d’un patient et non autour d’une pathologie. L’avantage des centres est évidemment d’offrir, dans un domaine pointu, une prise en charge par des spécialistes. Mais si on ouvre un centre de la mémoire, il y faut un nutritionniste, un psychologue, un gastro-entérologue, entre autres. À terme, tous les centres risquent de proposer les mêmes spécialisations médicales.»

Chirurgiens, radiologues, psychologues, infirmiers, nutritionnistes, ergothérapeutes sont effectivement des métiers que l’on retrouve dans un grand nombre de ces unités spécialisées. Mais en se focalisant principalement sur un organe ou un groupe de pathologies, ils développent une expertise pointue. (24 heures)

Créé: 18.03.2018, 09h00

Critères précis à respecter

Si le terme «centre» n’est évidemment pas protégé, la plupart de ceux des hôpitaux universitaires doivent répondre à certaines exigences pour être accrédités par des organismes internationaux de renom.

«Pour obtenir les accréditations suisses et européennes, le Centre du sein doit tout documenter. Il doit démontrer son excellence et la pertinence des soins prodigués», explique Khalil Zaman, directeur de cette entité du CHUV. «L’accréditation garantit des soins et des prestations pratiquement identiques quel que soit le centre accrédité où se fait soigner le patient, précise Arnaud Perrier.

La prise en charge doit suivre un protocole prédéfini et rigoureux.» Les trois critères principaux auxquels répondent ces structures sont la présence d’une équipe médicale spécialisée, l’enseignement prodigué dans le domaine, ainsi que la recherche effectuée grâce au volume de patients conséquent.

La plupart de ces entités travaillent en étroit partenariat avec des structures semblables à l’étranger, un moyen efficace de faire avancer la recherche et de dénicher de nouveaux traitements. Cela permet aussi une prise en charge semblable d’un pays à l’autre.

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