La cosmétique naturelle veut sauver notre peau

SantéLe succès grandissant des soins bios ou faits maison est à la mesure de la méfiance qu'inspirent les produits conventionnels.

En mars, au salon Mednat (Beaulieu), les ateliers de fabrication de cosmétiques naturels de Morgane Correvon (à g.) affichaient complet.

En mars, au salon Mednat (Beaulieu), les ateliers de fabrication de cosmétiques naturels de Morgane Correvon (à g.) affichaient complet. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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«Qui a envie de se tartiner le visage avec du pétrole?» s’interroge Julien Kaibeck, aromathérapeute et chef de file du mouvement slow cosmétique. Une référence aux huiles minérales, des dérivés de pétrochimie utilisés massivement par l’industrie cosmétique conventionnelle. Des matières inertes, bon marché pour les fabricants et dénuées de vertu dermatologique.

En plus du pétrole, on trouve du plastique (les fameux silicones) et des ingrédients chimiques dans l’écrasante majorité des produits de soins et d’hygiène vendus en supermarché ou en pharmacie. Parabènes, conservateurs, tensioactifs, parfums synthétiques… En plus d’être parfois allergènes et irritantes, certaines de ces substances sont des perturbateurs endocriniens, susceptibles d’affecter le système hormonal et de provoquer diverses maladies dont le cancer du sein.

Peu d’études explorent les liens entre santé et composition des cosmétiques. La méfiance grandit, pourtant. Signe révélateur: la réglementation se durcit régulièrement (lire ci-contre).

Tromperie et marketing

Julien Kaibeck défend le principe de précaution. «Pourquoi ne pas éviter ces composants qui, utilisés en combinaison et sur le long terme, peuvent être nocifs? Il faut s’en passer, tout simplement, et adopter une cosmétique plus noble et plus écologique.» Pour révolutionner sa salle de bains, il faut résister au chant des sirènes du marketing. «Quand on achète un cosmétique de luxe en parfumerie, on pense acheter des actifs précieux, fruit d’une recherche complexe. Au final, il y a souvent 70% d’eau, du pétrole, du plastique et des conservateurs…»

L’association Slow Cosmétique, qui milite «pour une cosmétique plus sensée, saine et écologique», a déjà accordé une mention de félicitation à plus de 150 marques respectant ses principes. «Nous représentons moins de 1% du marché en Europe, explique Julien Kaibeck. C’est marginal. Par contre, nous gagnons des parts de marché alors que les marques conventionnelles stagnent ou perdent du terrain.»

Échaudés par les polémiques visant les parabènes ou les sels d’aluminium, de plus en plus de consommateurs se mettent à décrypter les noms obscurs d’ingrédients sur les emballages à l’aide d’applications pour smartphones ou de sites comme laveritesurlescosmetiques.com. Les alternatives pour gagner du temps: opter pour les labels bios ou se tourner vers des produits naturels simples. «De l’huile de noyau d’abricot pour se démaquiller et se masser, suggère Julien Kaibeck. De l’argile blanche pour se laver le visage, un savon à froid pour le corps, de l’eau florale de camomille en guide de tonique…»

Fait soi-même

Autre solution: fabriquer soi-même ses produits de soins et d’hygiène. Morgane Correvon a lancé l’an dernier sa marque de cosmétiques naturels baptisée Cosmô: masques, démaquillants, laits pour le corps, gommages… tout est fabriqué artisanalement à Gimel. «Au-delà du fait que c’est sympa de faire ses produits soi-même, il s’agit de préserver sa santé. Les PEG (lire ci-contre), par exemple, qui permettent de faire mousser les produits, peuvent provoquer rougeurs et allergies.»

Le mois dernier, au salon Mednat à Lausanne, les ateliers animés par la Vaudoise affichaient complet. «Je me suis intéressée au sujet récemment, témoigne une participante. J’ai téléchargé l’application Clean Beauty, qui décrypte les composants, et j’ai découvert qu’il y avait des ingrédients controversés dans presque tous les produits, même ceux pour les bébés. J’ai fait le ménage dans ma salle de bains.» Elle est aujourd’hui convaincue, comme Morgane Correvon, que les articles classiques vendus dans le commerce ne sont bons ni pour la peau ni pour l’environnement.

«Effet occlusif»

La pharmacienne Christine Cuisiniez va plus loin. Cette Française s’est spécialisée dans la dermo-cosmétique naturelle et a lancé sa gamme, Oleassence. Elle affirme que l’industrie cosmétique est une grande pourvoyeuse de problèmes dermatologiques, dont l’acné.

«Les crèmes conventionnelles à base de paraffine (pétrole) et de silicone n’apportent absolument rien à la peau. Pire: elles ont un effet occlusif. On a l’impression d’hydrater sa peau car ce «bouclier» procure une sensation de confort. En réalité, il l’asphyxie. La peau cesse de travailler et de produire du sébum. Plus on met de crème, moins elle travaille, plus elle se fragilise et plus elle devient sèche… Alors on remet de la crème. C’est une accoutumance.» Et une agression pour l’épiderme, ajoute-t-elle. «La peau se révolte en ouvrant ses pores dilatés qui se transforment en points noirs, puis en boutons, puis en microkystes.»

Crème asphyxiante

Christine Cuisiniez cite l’exemple de la dermatite péri-orale, une pathologie dermatologique qui se manifeste par des rougeurs persistantes autour de la bouche. «Cette maladie est due uniquement à un abus de cosmétique conventionnel. La seule façon d’en sortir, c’est de mettre sa peau à la diète. C’est long et très pénible, mais ça porte ses fruits.»

Au fond, la peau n’a besoin de rien, juge la pharmacienne. «On ne nourrit pas nos organes de l’extérieur, alors pourquoi celui-là? Normalement, si l’on mange correctement, si l’on a un rythme de vie équilibré et si on limite le stress, il n’y a pas besoin de faire grand-chose.» Peu de gens réunissent ces critères. Pour traiter les problèmes de couperose, boutons ou sécheresse, la cosmétologue ne jure que par les huiles végétales. «Je suis bluffée par leur efficacité, notamment pour atténuer les vergetures, les rougeurs, les taches brunes, apporter un confort au peau atopique ou encore favoriser la réparation.»

www.slow-cosmetique.org

www.lessentieldejulien.com

www.oleassence.fr (24 heures)

Créé: 22.04.2018, 07h51

Le joker vicieux des parabènes

La réglementation a restreint l’usage de plusieurs substances chimiques présentes dans les cosmétiques, ces dernières années.

Le méthylisothiazolinone (MIT), notamment. Ce conservateur notoirement irritant est présent dans de nombreux gels douches. Fortement allergisant, il peut provoquer des eczémas de contact. Les industriels ont ressorti le MIT des tiroirs quand les parabènes sont tombés en disgrâce. Ils l’ont utilisé massivement dans les cosmétiques mais aussi dans les produits d’entretien et les peintures. Depuis février 2017, il est interdit en Europe dans les produits cosmétiques qui ne se rincent pas.

Autre conservateur polémique: le triclosan, un puissant biocide présent dans des savons, gels douches, déodorants et dentifrices. On le soupçonne d’être un perturbateur endocrinien et de favoriser le développement de résistances à certaines bactéries. La Commission européenne a décidé en 2014 d’interdire son utilisation dans les produits de rasage. En 2015, la Suisse a abaissé la concentration maximale de triclosan dans les cosmétiques(de 0,3%, à 0,2%). Enfin, l’an dernier, pas moins de 206 scientifiques, médecins et experts de 29 pays ainsi que 9 organisations sanitaires européennes ont signé un appel pour son interdiction totale.

À traquer sur les étiquettes

«Déchiffrer les fameuses listes INCI, visibles sur les emballages de nos produits de beauté, est le seul moyen pour savoir si oui ou non le produit convoité est naturel et s’il contient suffisamment d’actifs (naturels ou pas) pour tenir les promesses de la publicité», relève Julien Kaibeck, cosmétologue et fondateur de l’association Slow Cosmétique. Il propose un pense-bête non exhaustif de quelques composés chimiques à fuir.
Les ingrédients indiqués par des «grosses lettres», souvent polluants, parfois irritants: BHT, DMDM, PEG, PPG, EDTA…

Les huiles minérales (pétrole):paraffinum liquidum, petrolatum.

Les parfums synthétiques:parfum, fragrance.

Les perturbateurs endocriniens les plus polémiques:phenoxyethanol, benzophenone, certains parabènes.

Les silicones (plastiques):dimethicone (très répandu et soupçonné d’être un perturbateur endocrinien), presque tout ce qui finit en -one, ou en -exane(comme hexosilexane). De plus, les silicones polluent fortement les eaux marines et l’environnement.

À noter que la Fédération romande des consommateurs tient à jour, sur son site (frc.ch), une liste détaillée de substances à éviter et un résumé de leurs effets. En 2017, elle a étudié la composition de 350 gels douches. Seul un sur dix était exempt de molécules douteuses. Dix-huit produits contenaient des perturbateurs endocriniens. M.N.

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