«Deux consultations en 24 heures de garde, c'est exceptionnel»

SantéReportage lors d'un samedi de piquet avec un médecin généraliste de Thierrens.

13 heures, cabinet médical de Thierrens: Première consultation d'Élodie Saillen ce samedi de garde. Image: Florian Cella

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L’appartement est au dernier étage d’un petit immeuble de Lucens. Il n’y a pas d’ascenseur. Élodie Saillen grimpe d’un bon pas les escaliers, son gros sac de premiers secours en bandoulière.

Il est 13h45 et le jeune médecin généraliste est de garde en ce beau samedi de septembre. Elle se rend au chevet d’une femme de 91 ans. La livreuse de repas du Centre médico-social (CMS) lui a trouvé mauvaise mine, l’infirmière de piquet des soins à domicile est alors passée. Elle a tout de suite appelé la centrale téléphonique des médecins de garde. Élodie Saillen a quitté son cabinet médical de Thierrens pour se rendre au domicile de Mme V., la vieille dame ne pouvant clairement pas se déplacer.

13 h 45: Élodie Saillen au domicile de Mme V., à Lucens, juste après avoir terminé sa consultation au cabinet de Thierrens.

Dans le salon à la moquette élimée et aux nombreux tapis trône un gros fauteuil couleur ocre. La nonagénaire y est assise, somnolente. Avec douceur, Élodie Saillen s’approche d’elle et lui pose quelques questions. La patiente répond à demi-mot, les yeux clos. La doctoresse tente de l’examiner. La vieille dame se tord de douleur, tente de boire, mais vomit aussitôt. Élodie Saillen discute avec l’infirmière du CMS. Le fils unique de Mme V. est en voyage, ses petits-enfants habitent en Valais. «On ne peut pas la laisser seule chez elle, il va falloir l’hospitaliser pour faire des examens complémentaires, la surveiller et la réhydrater», explique la doctoresse. Mme V. comprend la situation, se rendre à l’hôpital ne l’emballe pas, mais rester seule, non plus.

«Je ne veux surtout pas que l’ambulance actionne ses lumières bleues»

Pour Élodie Saillen, il ne reste plus qu’à appeler l’ambulance, remplir le rapport puis repartir au cabinet de Thierrens. L’infirmière du CMS va rester au domicile de la nonagénaire et attendre l’ambulance. «Je ne veux surtout pas que l’ambulance actionne ses lumières bleues», précise la nonagénaire, d’une voix à peine audible. La doctoresse la rassure sur ce point et tente d’envisager une autre forme de transport, mais aucun proche n’est mobilisable rapidement.

Confort du cabinet

Élodie Saillen est de garde depuis 8h du matin et le reste pendant 24 heures. Avant de se rendre au chevet de Mme V., elle a ausculté, à son cabinet, une mère de famille de 31 ans. «Ça fait un mois que j’ai de la peine à dormir à cause de maux de tête insupportables, explique la jeune femme. J’ai déjà eu des épisodes migraineux, mais ils ne durent jamais aussi longtemps.» Après avoir posé différentes questions et pris la pression de sa patiente, la doctoresse propose de réaliser un bilan neurologique.

La patiente doit se plier à différents exercices: toucher son nez avec une main, puis l’autre; marcher sur les talons, puis sur la pointe des pieds; bouger les bras, cligner des yeux, entre autres. «Votre bilan neurologique est bon. Pour moi, il est inutile de vous rendre à l’hôpital pour faire une IRM en urgence», explique Élodie Saillen. La jeune femme est soulagée.

L’attente est cependant à l’ordre du jour, non pas pour les patients, mais pour la doctoresse. Pendant cette garde de 24 heures, elle n’aura reçu que trois appels. Elle a vu deux des personnes qui ont appelé la centrale. La troisième n’a jamais été atteignable. «Avant de fixer un rendez-vous, je rappelle toujours le patient. Cela me permet de savoir s’il peut se déplacer au cabinet ou si je dois prévoir une visite à domicile, explique Élodie Saillen. Certaines choses peuvent même être réglées par téléphone.»

Bien qu’elle ait mis sa journée de samedi (et sa nuit) à disposition des malades de son secteur, la doctoresse Saillen ne pourra facturer que les deux consultations effectuées. La nouvelle organisation de la garde médicale devrait permettre de pallier partiellement ce manque à gagner ( lire encadré). «Pour l’instant, la garde est un service que les médecins de premiers recours rendent à la population, explique Élodie Saillen. Nous n’avons pas grand-chose à y gagner, mais cela fait partie de notre mandat de généraliste. Je ne suis pas inquiète par les changements à venir. Jusqu’à présent, M. Maillard a plutôt été de notre côté.»

La doctoresse précise qu’une garde aussi calme que celle du jour est exceptionnelle. «Habituellement, je vois au moins cinq ou six patients en 24 heures.» (24 heures)

Créé: 29.09.2018, 11h34

Changement

Une meilleure collaboration entre garde, hôpital et CMS

Jusqu’à présent, la Société vaudoise de médecine organisait la garde médicale dans le canton. Dès le 1er janvier 2019, ce mandat sera donné à quatre mandataires régionaux (notre édition du 5 mai) désignés par le Département de la santé et de l’action sociale (DSAS). Ce remaniement permet d’allouer des ressources supplémentaires à ces mandataires choisis par le DSAS.

Cette réorganisation devrait permettre une meilleure collaboration entre le médecin de garde, les services de soins à domicile et les hôpitaux. Le but est d’améliorer la prise en charge des urgences non vitales, de désencombrer ainsi les urgences hospitalières et d’éviter certaines hospitalisations.

Parmi les améliorations favorables aux généralistes, il y a l’instauration d’une rémunération forfaitaire pour les piquets effectués, qu’il y ait ou non des consultations pendant la garde. Autre piste évoquée, celle de renforcer les effectifs de l’AVASAD (Association vaudoise d’aide et de soins à domicile) afin qu’elle puisse organiser des soins d’urgence.

«Sur le secteur de la Basse-Broye et du Jorat, le Réseau Santé Nord Broye propose la mise en place d’équipes d’infirmiers qui pourraient intervenir en urgence à domicile, de nuit comme de jour, pour des examens et des soins aux patients, explique François Chautems, médecin généraliste à Thierrens.

Une telle organisation existe déjà, durant les heures de nuit, dans la région de Payerne. Actuellement, les infirmiers du CMS ne se rendent au domicile d’un patient que si ce dernier a un dossier de soins ouvert dans leur service.

Grâce à ce nouveau dispositif, toute personne pourrait ainsi bénéficier en urgence des soins d’un infirmier à son chevet. Cela devrait permettre d’éviter certaines hospitalisations, de diminuer le stress du patient et d’améliorer son confort.»

Pour la population, le numéro à appeler hors ouverture du cabinet reste le même:

0848 133 133.

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