«Deux grossesses extra-utérines et le sentiment d'être bien seule»

TémoignageJulie Cornut-Follonier regrette l’absence de suivi psychologique pour les femmes qui perdent leur enfant en cours de grossesse. «On nous laisse seules dans notre douleur.»

Julie Cornut-Follonier se bat pour que la souffrance des femmes dans sa situation soit entendue par les médecins. Elle est allée jusqu'à Berne pour mobiliser les politiciens.

Julie Cornut-Follonier se bat pour que la souffrance des femmes dans sa situation soit entendue par les médecins. Elle est allée jusqu'à Berne pour mobiliser les politiciens. Image: JEAN PAUL GUINNARD

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

En 2018, Julie Cornut-Follonier se retrouve à l’hôpital, victime de saignements soudains. Elle ignore qu’elle est enceinte. L’échographie vaginale confirme une grossesse extra-utérine. L’embryon est logé dans les trompes. «J’ai trouvé l’examen et l’annonce assez brutaux», raconte la jeune femme qui travaille à Lausanne et vit à Fribourg.

Les médecins veulent essayer d’éviter d’opérer et de toucher aux trompes. Julie Cornut-Follonier reçoit donc deux injections en trois semaines. «J’ai recommencé le travail et fais une hémorragie le jour même. Je suis allée aux Urgences, pliée en deux.» L’embryon est resté coincé au milieu d’une trompe. L’opération est inévitable; l’ablation de la trompe aussi.

«J’ai eu tellement de versions différentes ensuite… On m’a dit tour à tour que je devais attendre un mois, trois mois ou six mois avant de retomber enceinte.»

À quel médecin se vouer?

En avril 2019, la jeune femme apprend qu’elle attend à nouveau un enfant. Hélas, les saignements reviennent. Le verdict tombe à l’hôpital: il s’agit d’une deuxième grossesse extra-utérine. «On m’a dit assez abruptement qu’il fallait opérer tout de suite et que j’avais 50% de chance qu’on m’enlève ma trompe restante (NDLR: ce qui signifierait qu’elle ne peut plus avoir d’enfant naturellement). Personne n’a pris une minute pour me rassurer. On m’a mis un cathéter et envoyée au bloc. Des fois, j’ai l’impression que les médecins sont dans leur bulle, comme si vous n’étiez pas là. Je comprends qu’il fallait aller vite parce que c’était une urgence, mais cela me choque que personne n’ait eu un mot pour me rassurer quand je pleurais, sachant que j’étais déjà passée par là.»

Au réveil, les médecins annoncent à la patiente qu’ils ont pu conserver sa trompe. Comme elle craint de revivre ce traumatisme avec une troisième grossesse naturelle, elle s’informe des risques et envisage la fécondation in vitro (FIV). «Je n’avais jamais la même réponse selon le médecin. On m’a dit que tant que je conservais ma trompe, les risques étaient autant élevés si je faisais une FIV ou si je réessayais naturellement. On m’a même dit que j’aurais dû annoncer, au moment de l’opération, que je voulais une FIV et que, dans cette optique, ils m’auraient enlevé la trompe! Comme si j’étais en état de penser à ça à ce moment-là.»

Son gynécologue, lui, n’adhère pas à l’idée de retirer une trompe saine. Il maintient qu’avec une FIV le risque est plus faible qu’avec une grossesse naturelle… C’est aussi l’avis de la clinique de procréation médicalement assistée espagnole avec laquelle la jeune femme est aujourd’hui en contact.

Frais médicaux à sa charge

Au milieu de ces discours contradictoires, et malgré le soutien de son mari, la Fribourgeoise se sent bien seule. «Je dormais mal. En consultation, on me demandait toujours comment ça allait, physiquement. Je répondais: «Et moralement, ça ne vous intéresse pas?» «Oh, vous savez, on a vingt minutes par patient, alors prenez un autre rendez-vous.» Elle trouvera finalement du soutien auprès de l’association Au Cœur des mamans.

«Je pense qu’il y a énormément de femmes dans une situation similaire, qui perdent leur bébé durant la grossesse et sont trimbalées d’un médecin à l’autre, sans aide ni écoute. Il faut leur proposer un suivi psychologique. Beaucoup font des dépressions et sont dans des états tels qu’elles ne sortent plus de chez elles. On nous laisse seules dans notre douleur.»

Sans compter que Julie Cornut-Follonier a reçu un courrier de son assurance maladie peu après sa seconde opération pour… la féliciter de sa grossesse.

La question financière lui reste aussi en travers de la gorge. «J’ai payé pour les deux grossesses extra-utérines un montant de 4200 francs environ. Je trouve absolument abject que les frais médicaux soient à ma charge. C’est une double peine: le traumatisme et la facture.»

Le 15 octobre au CHUV

La loi prévoit en effet que les frais liés à la grossesse sont intégralement pris en charge par l’assurance de base à partir de la 13e semaine. Avant cette échéance, les femmes doivent participer aux coûts des traitements. «Injuste et aberrant», juge Brigitte Crottaz (PS), médecin et conseillère nationale vaudoise. Les choses vont changer: le Conseil fédéral vient d’approuver une motion pour des soins gratuits dès la première semaine.

Le 15 octobre, l’association Agapa tiendra un stand dans le hall d’entrée du CHUV à l’occasion de la Journée du deuil périnatal, ce deuil particulier consécutif à une perte durant la grossesse ou la naissance.

Créé: 13.10.2019, 08h00

Échos

Des relais auprès des politiques
«Je trouve admirable qu’elle parle de ses souffrances, et qu’elle le fasse avec autant de détermination.» Julie Cornut Follonier a approché nombre de politiciens pour faire bouger les choses, dont le conseiller national Mathias Reynard. Le socialiste a déposé une interpellation après l’avoir rencontrée.

«La loi actuelle ne semble accorder aucun jour de congé à une femme qui perdrait son enfant avant d’avoir atteint la 23e semaine de grossesse, cette situation étant laissée à l’appréciation de l’employeur sous réserve de la décision éventuelle du médecin traitant, relève-t-il. Or il n’est pas anodin de devoir accoucher d’un enfant mort.

L’impact physique et psychologique sur la mère existe bel et bien lors d’une fausse couche, et ce quel que soit le stade de la grossesse.» L’élu demande au Conseil fédéral de clarifier les choses et évoque l’introduction d’un droit à un congé.

Active sur de multiples fronts, Julie Cornut Follonier milite aussi pour le remboursement des fécondations in vitro (FIV), aujourd’hui entièrement à la charge des couples («24 heures» du 28 septembre) . Jean Tschopp (PS) a déposé une interpellation dans ce sens au Grand Conseil vaudois.

Les choses bougent aussi à Berne, avec les interventions de Jean-Luc Addor (UDC) et Valérie Piller Carrard (PS) en faveur d’une meilleure prise en charge financière des FIV.

Articles en relation

«Ce que je vivais était si loin du bonheur maternel»

Témoignage Charlotte Conchon-Simon a souffert de dépression post-partum après la naissance de son fils. Elle vient de cofonder une association pour libérer la parole de femmes muselées par la honte. Plus...

Après un accouchement difficile, jouez à Tetris!

Maternité Le célèbre jeu réduit les symptômes de stress post-traumatique causés par une césarienne en urgence, ont démontré des chercheurs du CHUV Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.