Les enfants vont en salle d’op’, tablette en mains

SantéA l'Hôpital d'Yverdon, les petits se préparent à une intervention en jouant, grâce à une application spéciale qui les accompagne de leur chambre à la salle de réveil

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Il est 6 h 50 lorsque Aaron débarque à l’Hôpital d’Yverdon. Le garçon de 6 ans se réjouit d’y passer une partie de la journée. On lui a promis une chasse au trésor, puis une virée au Pays des rêves. «Salut Aaron, aujourd’hui tu vas vivre la grande aventure», lui ratelle Coralie Gros, infirmière en pédiatrie.

Une épopée qui se vit tablette en main grâce à l’Appli du Cœur. Ce petit programme a été spécialement conçu pour l’hôpital yverdonnois et permet aux enfants de suivre un parcours ludique de leur chambre au bloc, puis à la salle de réveil et au retour en chambre.

«Salut Aaron, aujourd’hui tu vas vivre la grande aventure»

Coralie Gros explique: «La tablette hypnotise l’enfant, elle détourne son attention. Il parvient ainsi à occulter la partie opératoire et à se projeter dans un monde imaginaire. Il est clairement plus détendu et ses parents aussi.»

Concrètement, avant de revêtir son «déguisement» du jour, l’enfant crée son avatar. Il choisit ensuite un thème qui lui plaît (animaux, fées, sciences, sports). Au moment de partir au bloc, il doit trouver certains indices dissimulés sur le trajet: ici un dessin sur le mur, là un numéro sur une porte. La tablette le guide dans son périple. Arrive ensuite l’arrêt au «coin des bisous», devant la porte magique (celle du bloc). C’est le moment de la séparation. Tout fier, Aaron dit la formule magique qui ouvre la porte: «T’inquiète Papa, toi aussi tu auras droit à ton déguisement tout à l’heure.» Il s’agit de la blouse de rigueur en salle de réveil, une façon de rendre toute cette démarche moins angoissante. L’infirmière évoque d’ailleurs les Schtroumpfs qui vont accueillir Aaron en salle d’opération, le robinet qu’on va lui poser sur la main pour qu’il puisse s’hydrater au Pays des rêves. Le garçon a choisi d’aller faire des cascades imaginaires avec des Transformers. La séparation s’effectue en douceur, il part vers le bloc en jouant sur la tablette. Son père admet: «Il est clairement moins stressé que moi.»

Rencontrer Harry Potter

Arrivée un peu plus tard, Lily-Eve est moins détendue que son prédécesseur. La fillette de 9 ans n’avait pas eu l’occasion de prendre la tablette en main avant le jour de l’intervention. Coralie Gros l’aide à créer son avatar et lui explique comment les choses vont se passer. Elle est un peu moins dupe que Aaron, mais évoque tout de même la possibilité d’aller à Poudlard pendant son séjour au Pays des rêves.

Après une demi-heure à se familiariser avec l’application, elle admet être moins stressée. La tablette n’est pas uniquement un outil pour repérer les lieux, elle propose un vaste choix de jeux (memory, puzzle, saute-mouton, entre autres) qui occupent les enfants pendant les temps d’attente, jusqu’au moment de l’endormissement au bloc. «Certains veulent d’ailleurs la récupérer en salle de réveil, poursuit Coralie Gros. L’application permet également d’évaluer, sur ce qu’on appelle l’échelle de confort, l’intensité de la douleur. J’ai pu constater qu’elle est souvent moins forte grâce à la diversion effectuée par cet outil.»

L’Hôpital d’Yverdon dispose actuellement de six tablettes offertes par la société Acer, qui s’occupe du développement de l’Appli du Cœur. L’établissement est le premier à offrir ce type d’accompagnement aux enfants. C’est sous l’impulsion des Ateliers du cœur que le projet a pu voir le jour. Cette association œuvre en Suisse romande pour aider les enfants hospitalisés et leurs familles. «Nous nous sommes inspirés de ce qui se fait au Centre hospitalier universitaire de Rennes, explique Yves Cosendai, vice-président des Ateliers du cœur. Nous avons ensuite dû trouver un hôpital qui soit d’accord de se lancer dans l’expérience. Yverdon avait déjà recours à l’hypnose et l’application s’intègre bien dans ce contexte. Nous allons la présenter prochainement au CHUV et aux HUG.»

D'autres solutions

Sans avoir recours à une tablette, les autres hôpitaux de la région proposent un accompagnement spécifique aux enfants le jour d’une intervention. A l’Hôpital de l’Enfance (HEL) et à l’Ensemble hospitalier de la Côte, un album permet au petit de visualiser le bloc opératoire, la salle de réveil, les différentes étapes de la journée. «Nous utilisons un langage qui ne doit pas effrayer l’enfant et nous lui présentons le matériel», explique Verena Del Valle Mattsson, intervenante spécialisée en milieu pédiatrique à l’HEL. A Lausanne, point de séparation devant la porte du bloc: le parent peut être présent jusqu’à l’anesthésie.

L’Hôpital Riviera-Chablais, sur son site aiglon, utilise aussi un album photos. Depuis quelques mois, il fait également appel aux clowns de l’Association Théodora. «Ils accompagnent l’enfant en salle d’opération et le retrouvent en salle de réveil, explique Isabelle Buttet, infirmière cheffe du Service de pédiatrie. C’est bénéfique car cela détend l’enfant autant que le parent. L’Appli du Cœur me semble une idée intéressante, mais il faudra attendre d’être dans nos nouveaux locaux pour étudier cette option.» (24 heures)

Créé: 30.09.2017, 09h04

Anticiper pour mieux rassurer

La doctoresse Mathilde Morisod Harari, pédopsychiatre au CHUV, est catégorique: «Tout ce qui peut être anticipé, préparé, expliqué est bénéfique pour rassurer l’enfant.» L’époque où on ne disait rien avant le jour J de peur d’angoisser le petit est révolue.

Le moment de la séparation, juste avant l’entrée au bloc, est souvent la partie la plus pénible pour tout le monde. «Pour le parent, la séparation réveille l’angoisse de la mort. Pour le petit, c’est plutôt la peur d’être seul, loin de sa figure d’attachement et entouré d’inconnus, qui est difficile. Passer le relais à une infirmière bienveillante va aider l’enfant à ne pas se sentir abandonné. Un doudou peut aussi être utile pour affronter ce moment.»

Rassurer son enfant en lui expliquant qu’on sera à ses côtés au moment du réveil, que l’on ne part pas bien loin va aussi lui permettre de mieux accepter la séparation. Tous les spécialistes sont unanimes: un parent angoissé va transmettre ce sentiment à son enfant. A l’inverse, un papa ou une maman confiante et détendue (du moins en apparence) aidera le bambin à surmonter sereinement cette épreuve.

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