L’esthétique low cost, ce mirage moderne

SociétéLe monde de la beauté est devenu une jungle qu’il convient de décrypter au lieu de croire aux miracles.

Parce que les pratiques évoluent et ne se valent pas, il vaut mieux bien se renseigner avant de confier son corps ou son visage à un professionnel de l’esthétique.

Parce que les pratiques évoluent et ne se valent pas, il vaut mieux bien se renseigner avant de confier son corps ou son visage à un professionnel de l’esthétique. Image: GETTY

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Aziza Gillieron est ravie. Depuis quelques semaines, cette esthéticienne d’expérience a enfin trouvé institut à son pied. Dans son nouvel établissement rue de l’Aubépine, à Genève, on peut aussi bien s’offrir une cure de jeunesse sous les chatouillis d’une machine high-tech que se couper les cheveux ou se faire manucurer. Multiplier les propositions sous la même enseigne, c’est la dernière tendance en matière de beauté.

La dame fait fièrement le tour du propriétaire et énumère les différents appareils dernier cri en sa possession. Tous sont destinés à faire disparaître bourrelets, cellulite ou ridules et leurs noms fleurent bon le XXIe siècle: Vacustyler, IRH Cocoon ou encore Q-Frenquency e +… «Pour cette dernière machine par exemple, exclusive en Suisse romande, j’ai suivi une formation de deux semaines. C’est un appareil anti-âge presque aussi efficace qu’un lifting, mais qui exige un véritable savoir-faire et quelques connaissances en anatomie», explique-t-elle. Ici, pas de low cost, seulement de la qualité et un suivi obligatoire du client. Une éthique qui se fait de plus en plus rare dans l’univers impitoyable de la beauté moderne.

Car si les instituts high-tech poussent comme des champignons à Genève et Lausanne, tous ne se valent pas. Nombre de salons apparaissent, proposant sous le même toit, et souvent à des prix défiant toute concurrence, des services aussi variés que le blanchiment dentaire, la cryolipolyse, l’endermologie ou la photo-épilation. Avec, à l’autre bout de la machine dernier cri, des professionnelles peu ou pas formées.

«Le monde de l’esthétique et du bien-être a pris un tournant résolument high-tech, confirme Christine Braendli, directrice de l’Association suisse des esthéticiennes propriétaires d’instituts de beauté. Mais la législation dans le domaine reste très floue et de pseudo-esthéticiennes en profitent pour se former sur YouTube et acheter leurs machines moins cher à l’étranger. Elles se retrouvent avec des appareils parfois trop puissants, sans connaître ni mesurer les risques pour leurs clientes. Il devient alors très facile de causer des dégâts parfois importants.»

Vraie ou fausse cryolipolyse

Brûlures, nécroses, peau irrémédiablement abîmée… Les «accidents» qui défilent dans le cabinet du Dr Michele Zanzi se suivent et se ressemblent. Président du groupe des chirurgiens plasticiens de la Société vaudoise de médecine, ce spécialiste soupire: «Je récupère des ratages tous les jours… En ce moment, la médecine esthétique c’est le Far West! La législation est si mal faite dans ce domaine qu’il y a beaucoup d’argent à se faire, souvent au détriment de la santé des gens.»

Pour appâter le chaland qui rêve d’un corps de rêve à moindre coût, certains instituts n’hésitent pas à flirter avec le mensonge. L’explosion de l’offre de cryolipolyse, une méthode d’amincissement par le froid, en est l’exemple flagrant. «Des salons prétendent «détruire» les cellules graisseuses avec ces machines, mais c’est faux! prévient Christine Braendli. Tout simplement parce qu’une esthéticienne n’a pas le droit de détruire des cellules vivantes, c’est le privilège des médecins. Elles ont juste le droit de les «vider» avec des machines non invasives.» La Loi fédérale sur la protection contre les dangers liés au rayonnement non ionisant et au son (LRNIS) pourrait bien ramener un semblant de shérif dans la ville. Le texte prévoit des mesures pour les machines utilisant le froid, les lampes flash servant à l’épilation ou encore les appareils à ultrasons utilisés en esthétique. L’apparition d’un certificat de compétence devrait donc à terme trier le bon grain de l’ivraie. «On voit même des salons de coiffure proposer des injections d’acide hyaluronique!» s’alarme le Dr Michele Zanzi.

Le syndrome de la blouse blanche

Car le danger vient aussi de la seringue. Le Dr Kouroche Amini, président du groupe des chirurgiens plasticiens de l’Association des médecins genevois (AMG), estime qu’il est grand temps d’alerter le consommateur. «Pour gagner plus d’argent, certains font n’importe quoi. Des médecins ou des industriels irresponsables vendent des produits injectables comme de l’acide hyaluronique pour lutter contre les rides, ou même des médicaments comme le botox, à des personnes qui ne sont pas formées, voire même pas médecins. C’est extrêmement dangereux! Une injection mal faite dans la région oculaire, par exemple, peut provoquer des lésions irréversibles ou même rendre une personne aveugle. C’est un acte médical qui ne s’improvise pas.»

Les blouses blanches elles-mêmes ne sont pas exemptes de critiques. Dans le viseur des médecins de la FMH (Fédération des médecins suisses), on trouve les professionnels qui se nomment eux-mêmes «médecins esthétiques», un titre qui n’a aucune existence légale. Autre motif de colère: les médecins, qu’ils soient gynécologues, généralistes ou psychiatres, qui proposent des injections de botox pour arrondir leurs fins de mois sans être spécialisés et donc correctement formés. Et enfin, les praticiens qui ne possèdent pas de RCC, ce numéro de contrat liant un médecin à SantéSuisse et qui permet le remboursement de ses prestations par l’assurance obligatoire de soins. «On voit par exemple des médecins, au sein de cliniques esthétiques genevoises ou vaudoises, proposer des devis à des patientes pour ensuite les opérer de l’autre côté de la frontière, histoire de réduire les coûts, explique le Dr Kouroche Amini. Mais les clientes ne savent pas qu’avec de telles pratiques, elles ne sont plus suivies ni couvertes en cas de complications. L’AMG réclame davantage de régulation!»

Ainsi, à Genève, sur les 78 plasticiens référencés dans le registre des professions médicales, seuls seize sont membres de l’AMG. «Cela signifie que les autres, on ne les connaît pas, on ne sait pas qui ils sont, ce qu’ils font ou comment ils exercent. C’est un véritable problème, mais ce n’est pas la priorité des autorités de légiférer là-dessus», déplore le Dr Kouroche Amini. Même chanson du côté du canton de Vaud, où seuls 24 professionnels appartiennent à la Société vaudoise de médecine.

Seule solution: la prévention. Et le Dr Michele Zanzi de conclure: «En esthétique, ce qui se cache derrière des tarifs low cost, ce sont potentiellement des risques. Comme pour la nourriture, la qualité a un prix. Et la santé est trop précieuse pour que les gens puissent accepter de la brader dans de mauvaises mains.» (24 heures)

Créé: 10.06.2018, 07h49

Pour éviter les mauvaises surprises

Marche à suivre pour trier le bon grain de l’ivraie

Côté esthéticienne

- Se renseigner sur la formation de l’esthéticienne. Un brevet fédéral en esthétique médicale assure des connaissances plus pointues en nouvelles technologies et en anatomie.

- Une véritable esthéticienne professionnelle effectue une anamnèse de la cliente, c’est-à-dire qu’elle se renseigne sur ses antécédents et ses éventuelles allergies avant tout acte esthétique.

- Un test cutané est souhaitable.

- Une esthéticienne ne doit en aucun cas effectuer un acte invasif.

- Une cryolipolyse doit idéalement être supervisée par un médecin.


Côté médical

- Seul un médecin peut effectuer un acte médical comme une piqûre.

- Se renseigner sur la formation continue du médecin.

- Le praticien doit parler des éventuelles complications.

- Refuser d’être opéré à l’étranger en cas de devis signé en Suisse.

Articles en relation

Chaud, froid, LED et ultrasons à l’assaut des kilos en trop

Tendance L’amincissement high-tech est au goût du jour. Petit tour de ce qui se propose dans la région. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

CarPostal franchit la ligne, paru le 16 juin
(Image: Valott) Plus...