Une étude tenue sous silence crée un malaise

Procréation médicalement assistéeL’Hôpital universitaire de Berne n’a pas communiqué autour d’une étude au sujet de la PMA. Un chercheur s’indigne.

L’Inselspital de Berne estime «prématuré» de communiquer sur les résultats du docteur Urs Scherrer.

L’Inselspital de Berne estime «prématuré» de communiquer sur les résultats du docteur Urs Scherrer.

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«C’est scandaleux!» Urs Scherrer, docteur à l’Inselspital de Berne, est outré. Une publication dont il est le coauteur n’a fait l’objet d’aucune communication active de la part de son hôpital ou de l’Université de Berne, dont il dépend. Cette étude révèle un risque plus élevé de maladies cardiovasculaires chez les adolescents issus d’une procréation médicalement assistée (PMA). Elle a été relayée en ce début de semaine par la revue scientifique «Journal of the American College of Cardiology» ( lire l’encadré).

«Comportement peu éthique»

«L’Inselspital nous a fait savoir par e-mail que nos résultats pouvaient avoir des répercussions sur l’unité spécialisée dans la PMA», indique Urs Scherrer. Selon le chercheur, la raison principale de ce silence est économique: «L’hôpital craint que l’étude ne dissuade des couples de recourir à la PMA, ce qui aurait des répercussions sur son chiffre d’affaires», analyse-t-il. Et le docteur de déplorer un «comportement peu éthique», notamment de l’Université de Berne. À l’échelon national, les techniques de PMA représentent un marché florissant: près de 11 000 interventions ont été effectuées en 2016, selon la Société suisse de médecine de la reproduction. Chacune est facturée entre 6000 et 8000 francs.

L’hôpital universitaire donnait jeudi sa version des faits dans les colonnes de la «Neue Zürcher Zeitung». C’est à la demande du Dr Urs Scherrer et de ses collègues qu’il n’aurait pas communiqué autour des recherches en question: «Les auteurs de l’étude eux-mêmes ont suggéré que d’autres recherches soient menées dans ce sens avant que des déclarations généralement valables ne puissent être faites.» Une version contestée par Urs Scherrer. «C’est un mensonge, s’offusque le médecin. À aucun moment il n’est écrit dans notre étude qu’il faudrait attendre d’autres résultats pour communiquer ce que nous avions trouvé.»

Contacté, l’Inselspital assure que les raisons de ce silence ne sont pas d’ordre économique. L’institution a estimé qu’il était prématuré d’informer le public de cette nouvelle étude, car «les effets de la légère augmentation de la tension artérielle sur la santé des enfants issus d’une PMA ne sont pas clairs».

Un malentendu

Concernant les propos tenus dans la «NZZ», l’Inselspital évoque un malentendu avec le communiqué des chercheurs et dit être en train d’examiner si la décision de ne pas avoir fait la promotion de l’étude était correcte.

Du côté des milieux médicaux actifs dans la PMA, on regarde avec scepticisme la nouvelle étude d’Urs Scherrer. Elle comporterait plusieurs problèmes. «Le nombre de cas étudiés (ndlr: 54 adolescents) est trop faible, explique Dorothea Wunder, spécialiste en gynécologie et obstétrique au Centre de procréation médicalement assistée de Lausanne (CPMA). Il faudrait avoir plus de données pour en tirer des conclusions claires.» Une critique que rejette le Dr Scherrer. Selon lui, le nombre d’adolescents étudiés est «suffisant».

«Il est important pour le couple de connaître les risques potentiels avant de se lancer dans une PMA»

Nicole Fournet, médecin à la Clinique Générale-Beaulieu, à Genève, met le doigt sur un autre biais. «Si l’on me disait qu’on allait m’examiner parce que je n’ai pas été conçue normalement, alors il est probable que cela augmenterait ma pression.» D’où des résultats potentiellement faussés.

Quant à l’éventuel dégât d’image causé par les articles critiques envers la PMA, les deux spécialistes ne sont pas inquiètes. Au contraire, Dorothea Wunder salue ce type de publication. «Il est important pour le couple de connaître les risques potentiels avant de se lancer dans une PMA.»

Cette sérénité s’explique par une demande «toujours élevée», selon Nicole Fournet. «Un enfant conçu spontanément peut aussi avoir une maladie grave, mais cela n’empêche pas un couple de vouloir un enfant quand même. C’est pareil pour les couples qui sont infertiles. Le risque hypothétique de problèmes cardiovasculaires ne va pas stopper leur envie d’avoir un enfant.» (24 heures)

Créé: 08.09.2018, 09h25

«L’hôpital craint que l’étude n’affecte son chiffre d’affaires»

Urs Scherrer, Coauteur de l’étude et docteur à l’Inselspital

«Le nombre de jeunes examinés par l’étude reste limité»

Dorothea Wunder, Docteur à la Clinique Cecil

Un risque d’hypertension anormalement élevé

L’étude dont Urs Scherrer est le coauteur révèle une augmentation des risques de maladies cardiovasculaires chez les enfants issus d’une procréation médicalement assistée (PMA).

Elle se base sur les analyses de 54 adolescents conçus par PMA et 43 autres jeunes conçus spontanément, dans le but de pouvoir réaliser des comparaisons. Les enfants examinés, âgés de 16 ans en moyenne, étaient tous en apparente bonne santé. Ainsi, les enfants en situation d’obésité ou nés prématurément n’ont pas été pris en compte dans le cadre de l’étude. Celle-ci a été relayée au niveau mondial par les milieux spécialisés, même si elle ne fait pas l’unanimité.

Les jeunes examinés l’avaient déjà été par Urs Scherrer dans une première étude, il y a cinq ans. Il avait alors constaté un vieillissement précoce des artères des jeunes issus d’une PMA. La nouvelle étude visait à vérifier si l’altération des artères constatée chez l’enfant continuait au stade adolescent.

Deux problèmes principaux concernant les jeunes issus d’une PMA ressortent de l’étude. Les enfants conçus par PMA ont une pression artérielle généralement plus élevée que leurs camardes non issus d’une PMA.

Par ailleurs, les chercheurs ont noté que huit adolescents nés d’une PMA étaient en situation d’hypertension. Ce qui correspond à 15% de la population examinée, un taux anormalement haut pour des personnes de 16 ans, selon les auteurs de l’étude. En comparaison, un seul jeune conçu spontanément était dans le même cas.

Les chercheurs concluent donc à une persistance du vieillissement vasculaire, induit par la PMA.

Massimo Greco

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