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Les femmes médecins toujours plus nombreuses

En force dans le système de santé, elles sont encore minoritaires aux commandes. Un symposium, tenu à Berne cette semaine, s’est penché sur les différents aspects de la féminisation de la médecine.

Carole Clair, médecin cadre à la Policlinique médicale universitaire de Lausanne et membre du conseil de direction, a mené de front une carrière exigeante et la mise au monde de trois enfants.
Carole Clair, médecin cadre à la Policlinique médicale universitaire de Lausanne et membre du conseil de direction, a mené de front une carrière exigeante et la mise au monde de trois enfants.
PHILIPPE MAEDER

Deux dates. En 1864, l’Université de Zurich est la première en Suisse à ouvrir les études de médecine aux femmes. En 2015 (et au-delà), une majorité d’étudiantes (5732 pour 4209 collègues masculins) entament des études de médecine dans les facultés de Suisse. Si les femmes ont toujours occupé une place de choix dans les soins (infirmiers surtout), elles sont désormais en nombre de plus en plus élevé à embrasser la profession de médecin. Avec quelles conséquences? L’égalité est-elle acquise? Pratiquent-elles autrement? Quels sont les obstacles qui freinent leurs carrières?

Un symposium sur ce thème, organisé le 23 janvier à Berne par Forum Santé, a réuni près de 200 participants. Si les femmes «sont parties à la conquête du système de santé» – titre donné à cette journée ouverte par le président de Forum Santé Jacques de Haller, seul orateur masculin – ce n’est clairement pas dans un esprit guerrier mais au contraire constructif. Ce qui n’exclut pas la fermeté des revendications.

À terme, la féminisation devrait bénéficier en priorité aux patients. Pas forcément parce que les femmes sont meilleures médecins que les hommes, comme l’avait affirmé une étude américaine publiée fin 2016, en créant la polémique. Comparant le taux de mortalité de patients âgés admis aux urgences, l’étude avait révélé qu’il était légèrement inférieur chez les personnes prises en charge par des docteures.

Des soins adaptés au genre

C’est en pratiquant une médecine qui tient compte du sexe (données biologiques) et du genre (facteurs socioculturels), longtemps négligés, que les thérapies gagneront en efficacité. Cette approche, développée prioritairement par les femmes depuis plusieurs décennies, a mis le doigt sur les biais et les stéréotypes induits par une vision thérapeutique basée quasi exclusivement sur le modèle masculin dominant.

Exemple: les maladies cardio-vasculaires. «Nous savons aujourd’hui que si le taux de mortalité des femmes est plus élevé, c’est que la pathologie n’est souvent pas détectée ou prise en charge tardivement. Pourquoi? Parce que les symptômes, plus diffus, moins visibles, ne sont pas les mêmes que chez les hommes», a expliqué lors du symposium le Dr Vera Regitz-Zagrosek, directrice de l’Institut d’études des genres en médecine de l’Hôpital universitaire de Berlin. L’insuffisance cardiaque, en revanche, touche davantage les hommes. «On a identifié le rôle protecteur des œstrogènes, ce qui a permis de développer une substance jouant le même rôle et qui peut par exemple être administrée aux hommes.»

Sensibiliser les étudiants

Différents projets pilotes en médecine de genre (GENCAD) ont été mis sur pied par l’Union européenne. Dans le domaine de la recherche en médicaments, la nécessité de tester les substances sur des animaux des deux sexes et ensuite d’effectuer des études cliniques sur des patients masculins et féminins est aussi désormais la règle.

Pour Carole Clair, médecin cadre à la Policlinique médicale universitaire de Lausanne (PMU), il est très important d’intégrer dans l’enseignement les nouvelles connaissances scientifiques qui découlent de la médecine liée au sexe et au genre. Elle évoque le projet de réforme pour le cursus des étudiants en médecine à l’UNIL. «Il touche au contenu et à la forme, avec le développement d’outils pédagogiques neutres et égalitaires. Les Profiles, par exemple, qui définissent les objectifs d’apprentissage au niveau national pour les études de médecine, ont été modifiés. Ils mentionnent la nécessité de prendre conscience des biais induits par l’âge, le genre, l’origine, la culture, des facteurs qui influencent les choix thérapeutiques.» L’École de médecine s’est dotée d’une commission médecine et genre. «La sensibilisation des étudiants-e-s à la problématique du genre se fait en les confrontant à des situations cliniques avec des patients hommes et femmes ayant les mêmes pathologies, mais pour lesquels les thérapies ne sont pas forcément identiques.»

«J’ai failli lâcher»

Tôt impliquée dans la recherche, sur le tabagisme notamment, Carole Clair, membre du conseil de direction à la PMU, a mené de front une carrière exigeante et la mise au monde de trois enfants. «Le plus difficile a été de ne pas laisser tomber. Entre 30 et 40 ans, lorsque les défis se présentent, envisager le temps partiel est pénalisant. Surtout quand les collègues masculins s’investissent à 100% et que leur épouse gère tout le reste. Il y a eu des moments où je voulais tout lâcher.»

Des crèches, des horaires flexibles, une certaine marge de souplesse dans l’organisation du travail restent des revendications toujours actuelles, dans le monde médical comme ailleurs. En Suède, où médecins hommes et femmes sont quasi égaux en nombre (50% et 50%), un congé parental de dix-huit mois payé à 90% est octroyé (à partager entre les parents), de même que la possibilité pour l’un ou l’autre de travailler à 75% jusqu’à ce que l’enfant ait 8 ans. «Mais même chez nous, relève Heidi Stensmyren, médecin anesthésiste et présidente de l’Association des médecins de Suède, 82% des jours de congé parental sont utilisés par les femmes.»

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«Il faut favoriser la souplesse dans les horaires»

Vous juxtaposez trois chiffres significatifs: 60% de femmes assistantes au CHUV, mais seulement 27% deviennent cadres et 12% professeure. Quels sont les obstacles?

La majorité des femmes mentionnent la difficulté de concilier vie professionnelle et privée. Car entre 30 et 40 ans, c’est à la fois le moment où une femme peut envisager une perspective de famille et celui où se décide une carrière académique ou une prise de responsabilité. Or avec l’arrivée des enfants, le partage des tâches au sein du couple et la distribution des activités domestiques changent significativement.

Justement, il y a cet incontournable, dites-vous: les femmes deviennent mères et restent le pilier de la famille et de la maison. Comment gérer au mieux?

En continuant à agir sur les perceptions. Pourquoi un homme à temps partiel est-il souvent déconsidéré? Et une mère un peu moins présente qualifiée de mauvaise mère? Il faut favoriser la souplesse dans les horaires, mettre en place des garderies et des facilités d’organisation. Nous devons valoriser nos atouts de femmes, avec nos différences.

Votre conseil aux jeunes femmes: s’entourer de mentors et de sponsors. Pour quel rôle?

Le mentor conseille, guide, soutient, enrichit vos connaissances. Le sponsor vous rend visible, vous fait connaître, vous propose. Le premier parle avec vous, le second parle de vous.

Vous présidez le comité Femmes en oncologie au sein de l’ESMO, la plus importante société d’oncologie médicale d’Europe. Vos objectifs?

Faire apparaître les femmes sur le devant de la scène, favoriser la parité sur la liste des intervenants lors de congrès et dans les organes dirigeants des associations internationales. L’ESMO n’a pas introduit de quotas, mais se veut incitative. Quand on veut et que l’on cherche, on trouve toujours les spécialistes féminines ayant les compétences requises.

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