Guérir après un choc émotionnel, c'est possible

SantéLe trouble du stress post-traumatique touche une personne sur dix. Souvent sous-diagnostiqué, il engendre des souffrances psychiques et physiques chroniques. Un livre fait le point

Ne pas refouler ses émotions et se faire aider sont un bon moyen de limiter les dégâts après un traumatisme.

Ne pas refouler ses émotions et se faire aider sont un bon moyen de limiter les dégâts après un traumatisme. Image: Getty images

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«Lorsque je suis rentré de mes missions humanitaires, j’ai eu des flash-back atroces, j’ai cru que je devenais fou. J’ai consulté deux psychiatres, qui n’ont pas réussi à m’aider. Il faut dire qu’il y a 35 ans on parlait très peu du trouble du stress post-traumatique (TSPT), explique Daniel Dufour, médecin genevois et auteur de deux livres sur le sujet. J’ai posé le diagnostic moi-même.» Selon le spécialiste, une personne sur dix souffrirait de ce mal qui reste sous-diagnostiqué. «Pour poser le diagnostic, il ne faut pas se contenter de traiter les symptômes mais en chercher les causes. Un enfant battu ne va pas forcément développer un TSPT tout de suite, mais il peut faire une dépression des années plus tard en lien avec les traumatismes vécus.» Une situation classique où le médecin traitant pourrait passer à côté du problème de fond et se contenter de prescrire des antidépresseurs.

Il n’y a pas que les attentats, les accidents ou les agressions physiques qui peuvent déclencher un TSPT. «Le trauma est un vécu subjectif, explique Javier Sanchis Zozaya, psychiatre à la Policlinique médicale universitaire de Lausanne. Il se différencie du stress aigu car la personne change radicalement de perception sur sa propre existence. Elle va dorénavant vivre en ayant toujours la mort à l’esprit.» De manière théorique, nous sommes tous au courant de cette fatalité. «La plupart des gens peuvent vivre insouciants et refouler cette idée dans leur inconscient, poursuit le psychiatre, mais la personne traumatisée aura le sentiment persistant qu’à n’importe quel moment elle peut mourir ou que quelque chose de grave peut lui arriver.» Bien que les causes du TSPT soient très variées, il se traduit très souvent par des problèmes de sommeil, des flash-back récurrents, de l’irritabilité, des bouffées de chaleur, des palpitations. Sans oublier un stress chronique pouvant abaisser les défenses immunitaires, avec pour conséquence une kyrielle de symptômes physiques très variés (maux de dos, otite, cystite, dépression, anxiété, troubles de la personnalité, entre autres). «Après un trauma, le corps réagit et garde souvent la mémoire du vécu traumatique, poursuit Javier Sanchis Zozaya. Des soldats exposés au souffle d’une bombe ont ainsi développé une paralysie latérale bien qu’ils n’aient pas eu de lésion organique avérée. Dans d’autres cas, des douleurs peuvent persister longtemps.»

Honte et culpabilité

Une personne âgée qui fait une lourde chute peut être traumatisée de la même manière qu’une femme qui se fait agresser. D’où la difficulté d’y voir clair en consultation et d’aider efficacement les malades à guérir d’un TSPT. Et, malheureusement, certaines personnes ne cherchent aucune aide médicale. Elles ont honte, se sentent coupables ou ne veulent pas avouer leur «faiblesse», comme cela peut être le cas dans certains corps de métier (policiers, ambulanciers, soldats, etc.). L’entourage peut aussi jouer un rôle crucial en ayant de la difficulté à comprendre le mal-être des victimes et à les soutenir. «Dans notre société, la joie est une émotion positive et acceptée. La tristesse l’est déjà moins, et la colère n’est pas tolérée, explique Daniel Dufour. Nous sommes élevés à la refouler. Or, pour guérir d’un TSPT, il faut exprimer ses émotions, les vomir, les faire sortir le plus vite possible et surtout ne pas les refouler.»

Au-delà des différentes thérapies qui viennent en aide aux victimes, certains éléments jouent un rôle crucial dans la guérison. «Une vie stable, une famille et un entourage présents, une enfance heureuse sont autant de facteurs protecteurs qui ont un impact énorme», précise Javier Sanchis Zozaya. Lutter au moment de l’agression, tenter de fuir ou simplement réfléchir à comment s’en sortir sont des attitudes qui peuvent aussi aider à limiter l’impact négatif du traumatisme. À l’inverse, la résignation ou l’apathie causent davantage de dégâts. Évidemment, tout cela ne se commande pas, et chaque personne réagit au mieux face à une agression. Enfin, les séquelles physiques sont des facteurs aggravants, tout comme la perte d’emploi ou l’éventuel deuil de quelqu’un impliqué dans l’expérience traumatique. Une récente étude réalisée par l’EPFL a identifié les cellules du cerveau où sont stockés les souvenirs traumatiques, ouvrant des pistes à de nouveaux traitements. (24 heures)

Créé: 24.06.2018, 07h52

Différentes méthodes pour s'en sortir

Le Dr Daniel Dufour a mis au point l’approche OGE (ego à l’envers). Retrouver son autonomie en se libérant de l’emprise du mental (l’ego), débusquer les peurs et les blocages pour renouer avec sa créativité et son intuition font partie des pistes explorées par cette méthode. Dans son ouvrage, le médecin explique qu’après un événement traumatique, la victime laisse son mental prendre le dessus et ne parvient pas à exprimer ses émotions. Elle les refoule. C’est ce qui engendre le trouble du stress post-traumatique. Séminaires, ateliers ou suivi personnalisé sont proposés par l’équipe du Dr Dufour (www.oge.biz).
D’autres méthodes ont également fait leurs preuves pour surmonter un stress post-traumatique. L’EMDR en est une. Cette technique utilise les mouvements oculaires pour aider le cerveau à digérer le trauma. La narrative exposure therapy est également une approche qui porte ses fruits avec les victimes de guerre, notamment. Cette thérapie comportementale permet au patient de revisiter les moments traumatiques en les plaçant dans leur contexte, en se remémorant leur histoire dans leur intégralité afin de «diluer» le trauma. «Il est important de préciser qu’il n’y a pas qu’un type de thérapie qui va régler le problème, explique le Dr Javier Sanchis Zozaya. En tant que thérapeute, nous devons disposer d’une boîte à outils, avec plusieurs approches à prendre en considération, et travailler en interdisciplinarité. Nous utiliserons donc la ou les méthodes qui sont les plus pertinentes pour le patient qui nous consulte.»

Le Bout du tunnel
Daniel Dufour,
Ed. de l’homme

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