L’hépatite C tue cinq fois plus que le VIH

Santé publiqueUne étude fait le point sur cette maladie qui, traitée à temps, peut être soignée. Berne prend des mesures mais renonce à une stratégie nationale.

Il existe des tests rapides de l’hépatite C, à l’aide de sang prélevé au bout du doigt ou de salive.

Il existe des tests rapides de l’hépatite C, à l’aide de sang prélevé au bout du doigt ou de salive. Image: Donat Sorokin/TASS

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’hépatite C, c’est une maladie parfois discrète. Les personnes infectées par ce virus, le VHC, ne le savent pas forcément. Mais il peut être une bombe à retardement, qui éclate des années plus tard.

Quelle est la situation en Suisse? Une étude, menée à l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne (ISPM) et à l’Institut de santé globale à Genève (ISG), révèle qu’en 2014 dans notre pays, ce virus a été la cause probable de 338 hospitalisations et de 193 décès – un chiffre vraisemblablement sous estimé. Elle livre une comparaison inquiétante: «Ces dernières années, le VHC a causé environ cinq fois plus de décès que le VIH ou que le virus de l’hépatite B.»

En réalité, les chercheurs s’attendaient à découvrir davantage de malades. En effet, aux Etats-Unis, la mortalité liée au VHC est en augmentation constante depuis 2005. Un modèle réalisé en 2015 prédisait une même tendance ici. Or les scientifiques ont découvert que la situation est restée stable depuis 2003. Comment expliquer cette différence? Selon Olivia Keiser, qui a piloté les travaux de recherche pour le compte de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), l’amélioration des soins a peut-être permis d’éviter une flambée. A moins que le boom ne soit encore à venir: on estime qu’une grande partie des personnes infectées l’ignore.

Vers une forte hausse?

Faut-il craindre une forte hausse des hépatites C chroniques ces prochaines années? Impossible, pour l’heure, de le dire. Les chercheurs ont débuté une nouvelle étude de modélisation commandée par l’OFSP. Les résultats sont attendus pour janvier 2018. Dans l’immédiat, Olivia Keiser relève que la mortalité et la morbidité du VHC sont «substantielles» et doivent être prises en compte.

Aujourd’hui, 36 000 à 43 000 personnes ont une infection chronique au VHC dans notre pays. A titre de comparaison, elles sont 15 000 à 20 000 à vivre avec le VIH, contre lequel une vraie bataille a été lancée dans les années 80. «Notre société s’est beaucoup concentrée sur le VIH/sida, relève Olivia Keiser. A l’inverse, le VHC était caché. Cela est certainement lié au fait que, jusqu’à peu, il n’y avait pas de traitement efficace.»

Qui doit agir et comment? C’est tout le débat. L’OFSP a annoncé il y a deux semaines qu’il étendait le remboursement des nouveaux médicaments contre l’hépatite C à de nouvelles catégories de patients. Il s’agit notamment des personnes coïnfectées par le VIH ou par l’hépatite B ainsi que des consommateurs de drogue. En revanche, la Confédération ne va pas s’engager dans une stratégie nationale. La mortalité et la morbidité liées au VHC restant constantes, l’OFSP estime qu’il n’y a pas lieu de prendre des mesures immédiates, en dehors de celles déjà prises.

«Nous agissons déjà beaucoup dans la prévention et nous allons poursuivre cet effort, notamment dans le milieu de la drogue, précise Christian Schätti, de la division Maladies transmissibles de l’OFSP. C’est peut-être aussi grâce à ces mesures que la maladie n’a pas explosé ces dernières années. Et nous espérons que les nouveaux traitements permettront de réduire le nombre de cas graves.»

Insuffisant, pour Daniel Horowitz, président de l’Association suisse de l’hépatite C (SHCV, qui regroupe des patients). Pour lui, la Confédération «ferme les yeux». «Sa réaction est en décalage total avec les conclusions de cette étude. Pourquoi y a-t-il une stratégie contre le VIH et pas contre le VHC, qui tue davantage? A mon avis, Berne essaie de justifier le fait qu’elle limite le remboursement du traitement aux patients les plus atteints.»

Une question d’argent

Bettina Maeschli, porte-parole de Stratégie hépatite Suisse (SHS, une association qui regroupe des spécialistes de la question), renchérit: «Il y a un grand problème et il faudrait agir. La Confédération craint peut-être de ne pas avoir les ressources financières suffisantes.» Selon elle, il serait possible d’utiliser les canaux développés pour lutter contre le VIH. Philip Bruggman, directeur de la même association, ajoute qu’il faut de toute urgence informer la population, mais aussi les médecins et le monde politique. Il donne un exemple: l’OFSP ne livre pas de statistique annuelle de cette maladie, comme il le fait pour le VIH.

Philip Bruggman s’inquiète lui aussi de la mortalité liée au VHC. Et cela alors que «cette maladie peut être soignée depuis vingt ans». Pour mémoire, des thérapies apparues en 2014 ont même augmenté les chances de guérison à plus de 90%. Vu leur coût (45 000 à 60 000 francs), leur remboursement par l’assurance-maladie est limité. Mais alors que ces restrictions ont été revues à la baisse ces dernières années, le nombre de traitements n’a pas augmenté. Les chercheurs, qui relèvent cette contradiction, recommandent d’informer les généralistes sur les nouvelles options de traitement et de veiller à ce que les personnes diagnostiquées soient dirigées vers un spécialiste.

«Je pense que c’est essentiellement lié au fait que trop peu de personnes sont testées pour savoir si elles sont infectées et que la thérapie n’est pas proposée assez souvent», estime Philip Bruggman. Le spécialiste ajoute que cette tendance s’observe dans tous les pays européens qui n’ont pas de plan national contre le VHC. Un argument supplémentaire, selon lui. Il conclut: «La direction de l’OFSP nous a assurés en avril qu’elle était prête à travailler davantage avec nous. Et à soutenir financièrement certains de nos projets.» Un signe, selon SHS, que les choses avancent malgré tout.

Créé: 15.05.2017, 06h45

Articles en relation

L’hépatite C, l’histoire d’une lutte gâchée

Editorial Plus...

Les malades de l’hépatite C écrivent à Alain Berset

Santé Deux associations demandent de faciliter l’accès aux médicaments et de mettre en place une stratégie contre la maladie Plus...

L’hépatite C, qu’est-ce que c’est?

Cause L’hépatite est une inflammation du foie. Elle peut être liée à un abus d’alcool, à des troubles du métabolisme des graisses, aux effets secondaires de médicaments, etc. L’hépatite C, elle, est due à un virus – comme les hépatites A, B, D et E.

Transmission D’un virus à l’autre, les modes de transmission diffèrent. Celui de l’hépatite C, le VHC, se transmet essentiellement par du sang contaminé et, dans de rares cas, par des rapports sexuels ou de la mère au nouveau-né.

Evolution 10 à 30% des personnes infectées par l’hépatite C guérissent spontanément (les estimations varient). Elles ne sont pas protégées contre une nouvelle infection. Chez les autres, la maladie devient chronique et le virus reste présent dans le foie. L’évolution est en général asymptomatique et la plupart des gens ne remarquent rien pendant longtemps. A terme, les risques sont de développer une cirrhose (5 à 30% des cas), ce qui constitue un danger accru de cancer.

Prévention et traitement Contrairement aux hépatites A et B, il n’existe pas de vaccin contre le VHC. On peut diminuer le risque d’infection en évitant tout contact avec le sang d’autres personnes. Des nouveaux traitements permettent de guérir dans plus de 90% des cas. Contrairement à ceux qui les ont précédés, ils ont peu d’effets secondaires.

Et si on généralisait les tests?

Le groupe de recherche d’Olivia Keiser a été mandaté par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) pour poursuivre ses recherches. Il se penche notamment sur l’opportunité de dépister particulièrement certaines catégories à risque de la population, et devrait livrer ses conclusions en janvier 2018.

Les Etats-Unis ont fait ce pas en 2012. Les recommandations incluent le dépistage systématique des personnes nées entre 1945 et 1965 chez qui la prévalence du VHC est cinq fois plus élevée que dans le reste de la population. Selon des études américaines, cette stratégie est rentable.

Le Canada, en revanche, a renoncé récemment à une telle mesure. Il souligne notamment que les personnes concernées sont déjà touchées par d’autres actions prises pour les groupes à risque.

En Suisse, 75% des infections déclarées touchent des personnes nées entre 1951 et 1985, et 61% entre 1955 et 1974. Selon les chercheurs, ces cohortes pourraient être utilisées pour définir une population cible. «Mais pour l’instant, nous n’avons pas assez de données pour dire si une telle mesure serait efficace», précise Olivia Keiser. Les scientifiques ajoutent que le dépistage est une chose: la prise en charge des personnes infectées constituerait aussi un défi.

Aujourd’hui, les personnes infectées qui n’ont pas de fibrose du foie ou une atteinte légère n’ont pas accès au traitement, sauf si leur infection touche d’autres organes ou si elles appartiennent à des groupes à risque. Cette restriction est liée au fait que ces médicaments coûtent jusqu’à 60 000 francs.

Selon l’OFSP, les personnes malades qui en ont besoin sont soignées. Les associations qui défendent les patients ne sont pas de cet avis, et demandent la suppression de ces barrières.

Un traitement à un stade précoce serait-il bénéfique? Si aucune étude randomisée ne fournit de preuve définitive, les chercheurs évoquent «l’accumulation des évidences» concernant les bénéfices d’une telle prise en charge. Pour eux, la question est essentiellement financière. «Si le prix des médicaments était bas, il n’y aurait aucune discussion», note Olivia Keiser.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.