L’ingénieur biomédical: nouveau pilier du bloc

RencontreL’hyperspécialisation de l’équipement médical requiert les compétences d’une personne spécialement formée comme Julien Didier. Rencontre au 5e étage du CHUV.

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Julien Didier est ingénieur, mais il ne travaille pas dans une usine. Il passe ses journées au cinquième étage du CHUV, celui qui abrite le bloc opératoire principal de l’hôpital. Son titre? Ingénieur biomédical. Et son cahier des charges est aussi varié qu’intéressant. «Je m’occupe de répondre de manière éclairée aux demandes de matériel spécifique des chirurgiens, explique l’intéressé. Ainsi, avant l’achat d’une nouvelle machine, je dois m’assurer de la pertinence de son usage au bloc. Je dois ensuite trouver le bon équipement parmi l’offre existante sur le marché, en collaboration avec mes collègues du Service d’ingénierie biomédicale, puis organiser et assister aux tests en salle d’opération.» Et lorsque l’appareil est particulièrement complexe à manipuler, Julien Didier le prépare et le pilote directement pour le chirurgien pendant l’intervention.

Mais le rôle de ce Français, arrivé comme responsable de l’atelier de maintenance du CHUV en 2000, ne s’arrête pas là. Il forme également tous les nouveaux collaborateurs afin qu’ils se familiarisent avec les équipements des salles d’opération: du repérage des prises électriques au fonctionnement des systèmes d’alarme, en passant par la manipulation des appareils plus ou moins sophistiqués.

Julien Didier fait partie de la direction du bloc opératoire depuis 2013. Avant la création de ce poste particulier, les soignants se formaient sur le tas. «Avec l’évolution rapide des technologies, la présence et les compétences d’un ingénieur biomédical rattaché à notre service est désormais indispensable, explique François Marguet, chef du bloc. La complexité des équipements d’aujourd’hui requiert un accompagnement professionnel des équipes chirurgicales et d’anesthésie, en termes de choix lors de l’acquisition, de formation, d’utilisation et de maintenance.»

Au cinquième étage, on opère en continu. De la chirurgie de la colonne vertébrale à la chirurgie bariatrique, traumatologique, neurologique ou pédiatrique (pour les cas complexes), entre autres, les cas de figures sont nombreux et les équipements à la hauteur des besoins. Julien Didier se charge de pas moins de trois cents pièces d’équipements. Cela va de la station d’anesthésie (voir ci-contre) aux colonnes de vidéochirurgie (utilisées pour les opérations intra-abdominale ou intra-thoracique), en passant par les bistouris électriques, les machines de circulation extra-corporelle (lors des chirurgies cardiaques), entre autres.

Rénovation du bloc de 1982

L’ingénieur biomédical ne chôme pas, d’autant que l’actuel bloc opératoire du CHUV, composé de dix-neuf salles d’opérations, de salles de réveil, bureaux et locaux divers, date de 1982 et va être totalement rénové. Pendant les trois ans de travaux prévus, un bloc transitoire prendra le relais dès mars 2017. Julien Didier a ainsi dû chercher les meilleurs équipements pour le futur bloc et celui de transition. Et la tâche est loin d’être simple. «Nous avons, par exemple, décidé de changer nos tables d’opération, mais ce n’est pas une mince affaire. Il faut imaginer qu’il en existe de toutes les sortes et qu’elles sont accessoirisables à souhait»: inclinables dans une multitude de positions, motorisables, fractionnables en différents morceaux selon la partie du corps à opérer… La bonne vieille table en inox d’il y a vingt ans, aux fonctionnalités basiques, n’est plus à l’ordre du jour.

Tuning en salle d’op

Le tuning gagne désormais même les salles d’opération! «On a du matériel hyperspécialisé, poursuit l’ingénieur. Les différents accessoires que l’on peut ajouter aux tables actuelles occupent deux cents pages de catalogue.»

Rien que pour équiper le futur bloc en éclairages, écrans et équipements médicaux, le CHUV a obtenu un crédit de 18 millions. Quand on sait qu’un bistouri électrique, capable de couper les tissus mais aussi de les cautériser, coûte 20'000 francs et qu’il en faut une petite trentaine au bloc, on comprend que l’addition devient vite salée. Idem pour le coût d’une table d’opération, qui oscille entre 80'000 et 100'000 francs.

Pour accueillir toutes ces machines, les salles d’opération du nouveau bloc passeront de 35 à 55 m2. Les équipements sont de plus en plus volumineux, mais ils permettent de faire des chirurgies de moins en moins invasives. (24 heures)

Créé: 29.11.2016, 09h00

Pas de formation en Suisse

Julien Didier a suivi sa formation d’ingénieur biomédical à Compiègne. La France dispose de plusieurs écoles proposant ce cursus. La Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale propose bien une option «biomédical» aux étudiants en master d’ingénierie, mais ce cours est destiné aux besoins des industries œuvrant dans le domaine de la santé. «Il y a actuellement peu de débouchés dans les hôpitaux, raison pour laquelle nous n’avons pas ouvert de filière dans ce domaine, explique Marianne Tellenbach, responsable de communication.

Les ingénieurs qui travaillent dans les hôpitaux universitaires de Suisse sont souvent issus d’écoles françaises.» C’est le cas des cinq personnes du service d’ingénierie biomédicale du CHUV. Cette équipe de conseillers techniques auprès de la direction de l’hôpital
est en charge du management des équipements biomédicaux et de la planification budgétaire.

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