Et si tout se jouait avant 10 ans?

SantéUne étude de l'Université de Genève montre une association entre la pauvreté dans l'enfance et l'état de santé à un âge avancé

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Image d'illustration Image: Lucien Fortunati (archives)

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La pauvreté dans l'enfance marque le corps toute la vie. Cet effet persiste même si, à l'âge adulte, les conditions socio-économiques et l'hygiène de vie s'améliorent. C'est ce que tend à montrer une étude pilotée par l'Université de Genève (UNIGE), publiée dans la revue Age and Ageing et rendue publique ce mardi.

Dans le cadre du Pôle de recherche national LIVES, des chercheurs de l'UNIGE – en collaboration avec des collègues en Europe et au Canada – ont examiné les profils de plus de 24 000 personnes âgées de 50 à 96 ans, vivant dans 14 pays européens. L'analyse de ces données révèle que les individus socio-économiquement désavantagés dans leur enfance ont un risque accru de développer une faible force musculaire à un âge plus avancé. Un bon indicateur de leur état de santé général, selon les chercheurs. Observation intéressante: ce risque n'est pas compensé par une amélioration du statut social et économique à l'âge adulte. Autre résultat: l'effet est beaucoup plus marqué chez les femmes que chez les hommes. Et il est moins patent dans les pays scandinaves, dont les habitants sont globalement en meilleure santé, indépendamment de leur niveau socio-économique – des pays plus égalitaires en termes d'éducation et d'accès aux soins, note le chercheur Stéphane Cullati.

Méthodologie

Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs ont évalué la force de préhension des participants à l'aide d'un dynamomètre portatif (un appareil servant à mesurer la force musculaire). Ils ont ensuite évalué le statut socio-économique des participants à l'âge de 10 ans. Pour ce faire, ils ont utilisé quatre indicateurs: la profession du principal soutien de famille, la qualité de l'habitation, le nombre de personnes y vivant en comparaison du nombre de pièces et le nombre de livres à la maison. «Cette dernière variable était la plus prédictrice de l'état de santé futur», note le psychologue Boris Cheval. De manière générale, il se trouve que «les personnes ayant dû faire face à des circonstances socioéconomiques défavorisées dans leur enfance avaient en moyenne une force musculaire plus faible que celles ayant été plus favorisées dans leurs premières années.»

Comment expliquer que des inégalités sociales s'incarnent biologiquement? «Nous pensons que le stress joue un grand rôle, répond Boris Cheval. Des événements perturbateurs dans une période critique du développement altèrent la réponse au stress. Cette hypersensibilité doit influer sur le fonctionnement du système immunitaire et inflammatoire et donc sur l'état de santé en général.»

Les chercheurs vont poursuivre leurs analyses afin de déterminer comment le système socio-économique d'un pays peut tempérer la corrélation entre enfance défavorisée et mauvaise santé lors de la vieillesse.

Développement suit (24 heures)

Créé: 20.02.2018, 10h40

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