«Pour la majorité des gens, le cancer égale la mort»

SantéMartine Rossel, psycho-oncologue, a fondé l’association Eléos qui propose accompagnement et écoute professionnels aux personnes atteintes d’un cancer ainsi qu’à leurs proches.

L’écoute est très importante tout au long du traitement, mais aussi un fois celui-ci terminé.

L’écoute est très importante tout au long du traitement, mais aussi un fois celui-ci terminé. Image: Getty

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La psycho-oncologie n’était pas son domaine au départ. «Dans le cadre d’un projet de recherche, j’ai beaucoup parlé avec des patients atteints de cancer, avec leurs proches aussi, et j’ai pris la mesure du choc que représente un diagnostic de cancer et de la détresse qu’il peut engendrer. J’ai aussi constaté qu’ils n’osaient souvent pas en parler.»

Infirmière devenue psychologue dans le domaine de la santé, maître d’enseignement à la Haute École de la santé de La Source à Lausanne et psycho-oncologue au sein de la clinique du même nom jusqu’à sa retraite l’an dernier, Martine Rossel a fondé voici un an l’association Eléos. La bien nommée – Eléos est une divinité grecque incarnant la compassion – offre un soutien professionnel aux personnes touchées par un cancer et à leurs proches. Car il est avéré que cette aide n’est aujourd’hui pas accessible à tous, même si la psycho-oncologie fait partie intégrante de l’offre thérapeutique en cas de cancer et que la plupart des hôpitaux proposent une aide psychologique remboursée par l’assurance de base.

«Le besoin d’aide peut se faire sentir à n’importe quel moment, parfois aussi lorsque les traitements sont terminés. L’accompagnement proposé par Eléos n’est alors plus pris en charge par l’assurance de base, affirme Martine Rossel, également coordinatrice de la plateforme romande de la Société suisse de psycho-oncologie. À la fin des traitements pour un cancer du sein, une patiente m’a dit: j’ai l’impression d’être passée dans une essoreuse. Pouvoir en parler après coup peut être un grand soulagement.» On n’ose pas demander de l’aide

Plusieurs études indiquent que 40% des patients éprouvent une détresse psychologique à un moment ou à un autre de leur parcours. «Mais ils sont réticents à l’idée de rencontrer un psychologue. Quant aux soignants, ils ont tendance à sous-estimer les peurs et les angoisses de leurs patients, car ils n’en parlent pas.»

Apprendre qu’on a un cancer, endurer les traitements, constitue pour chacun une crise existentielle majeure, affirme Martine Rossel. «Pour l’immense majorité des gens, malgré les chiffres indiquant que 50% des malades guérissent, le cancer égale la mort. Et cette équation remet tout en question, ébranle profondément et fait surgir toutes sortes d’interrogations, notamment sur le sens de la vie». La psychologue estime qu’il faut beaucoup plus systématiquement proposer aux patients un soutien psychologique, et cela dès le début de la prise en charge. «Nombreux sont ceux qui ignorent que cela existe. Ensuite, bien sûr, chacun fait comme il veut.»

Un cancer, analyse Martine Rossel, c’est une longue trajectoire avec différents moments critiques. «D’abord l’attente du diagnostic. Puis les traitements, les chimiothérapies qui suscitent, à côté d’effets secondaires possibles, beaucoup d’anxiété. Si les chimios se suivent, les patients entrent dans une certaine routine qui, lorsqu’elle se termine, les laisse vidés et parfois déboussolés. Car leur vie a tourné autour de ça pendant des mois et le reste a été chamboulé. Même si le médecin leur dit que c’est derrière eux, que les proches leur répètent inlassablement qu’il faut être optimistes et lutter, ils n’arrivent souvent pas à s’en réjouir parce qu’ils craignent une récidive.»

Proposer du sur-mesure

Martine Rossel s’insurge contre les conseils d’optimisme et de combativité. «Quand on est en pleine chimio, que l’on doit affronter nausées et fatigue, s’entendre dire qu’il faut se battre, c’est juste insupportable.»

Lorsqu’on lui demande de quoi elle parle avec les patients, ce qu’elle leur apporte exactement, Martine Rossel a de la peine à répondre. «Je fais du sur-mesure. Ce que je sais, c’est que les personnes affirment se sentir mieux après avoir passé un moment avec moi. Elles me disent: ça m’a fait du bien» (lire encadré).

Créé: 22.06.2019, 09h13

Elle m'a accompagnée dans mon chagrin

Témoignage

«Elle a été ma bouée de sauvetage, la seule personne à laquelle je pouvais me raccrocher, avec laquelle, hormis ma mère, je pouvais pleurer et vivre mon chagrin. Je ne sais pas comment j’aurais fait sans elle pour continuer.» Dominique, 58 ans, évoque le soutien psychologique que lui a apporté Martine Rossel, à elle mais aussi à sa maman, après que le médecin leur a annoncé le terrible diagnostic.

Tout s’est joué en à peine cinq semaines. Arrivée fiévreuse et avec une douleur sur le côté aux urgences de la Clinique de La Source le 7 juin 2017, la maman de Dominique y est décédée le 13 juillet d’un cancer des voies biliaires très agressif. «Ma mère et moi étions très proches. À 84 ans, elle était encore en pleine forme et nous faisions plein de choses ensemble. Mon monde s’écroulait», raconte Dominique.

Martine Rossel œuvrait encore comme psycho-oncologue à La Source lorsque la mère de Dominique est arrivée. «Elle m’a accompagnée dans mon chagrin. En prenant acte de la souffrance vécue, en accueillant mes émotions avec beaucoup de bienveillance et aussi parfois de l’humour. Cela aide. Pouvoir parler à quelqu’un qui capte et qui écoute, c’est infiniment précieux. C’est un cadeau que j’ai reçu, tout le monde a été formidable et je suis très reconnaissante.»

Une offre gratuite

L’association Eléos, soutenue par de nombreux donateurs – la recherche de fonds se poursuit –, est présidée par Martine Rossel. Le comité compte quatre autres membres, tous bénévoles. Les prestations (la zone géographique va de Lausanne à Avenches) sont gratuites. À noter que l’association Eléos ne fait pas «concurrence» à la Ligue vaudoise contre le cancer qui, elle, propose depuis toujours un soutien psychosocial.

www.association-eleos.ch

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