Malaise et tensions dans les couloirs de l’Hôpital de l’Enfance de Lausanne

CHUVDes collaborateurs font état de gestion «autoritaire» et de dysfonctionnements au sein du service de chirurgie pédiatrique.

Les jours de l’Hôpital de l’Enfance sont comptés. Il fermera ses portes après l’ouverture de l’Hôpital des Enfants, prévue en 2022, sur la station de métro du CHUV.

Les jours de l’Hôpital de l’Enfance sont comptés. Il fermera ses portes après l’ouverture de l’Hôpital des Enfants, prévue en 2022, sur la station de métro du CHUV. Image: ODILE MEYLAN

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L’ambiance est tendue à l’Hôpital de l’Enfance de Lausanne (HEL), si l’on en croit un rapport que «24 heures » s’est procuré. Des employés et ex-employés y font état de «dysfonctionnements multiples», de tensions hiérarchiques et de gestion «autoritaire». Leurs propos ont été recueillis par le groupe Impact, entité indépendante rattachée à l’État de Vaud chargée de lutter contre le harcèlement au travail dans l’administration. L’instance a été saisie en été 2017 par une cheffe de clinique opérant à l’Hôpital de l’Enfance.

Elle accuse deux cadres du service de chirurgie de l’enfant et de l’adolescent du CHUV de harcèlement psychologique. Il s’agit du chef dudit service, le professeur Pierre-Yves Zambelli, et d’un médecin qui ne souhaite pas être cité et que nous appellerons le Dr X. En décembre 2017, le rapport d’investigation d’Impact rejetait l’ensemble de ses accusations.

Au-delà de ce litige particulier, le document lève le voile sur un malaise. La plaignante déboutée n’est pas la seule à pointer des tensions au sein de la chirurgie pédiatrique, sur le site de l’HEL. Plusieurs collaborateurs entendus comme témoins par Impact dépeignent un sombre tableau.

«Je pense qu’à la base, il y a un grand souci dans les relations humaines dans notre service», fait savoir un employé. «Je n’y enverrai aucun de mes élèves et aucune de mes connaissances. Quelle honte», lâche une chirurgienne qui garde un mauvais souvenir de son passage à l’HEL et évoque «un climat général de dénigrement et d’hypocrisie».

«La pointe de l’iceberg»

Un cadre en pédiatrie estime que «le service de chirurgie pédiatrique dysfonctionne gravement, du point de vue du rapport entre les gens», et ce depuis de nombreuses années. Il déplore un climat de travail tendu, un milieu «où les rapports de force sont présents en permanence».

«À mon avis, (cette plainte) n’est que la pointe de l’iceberg», affirme une collaboratrice administrative. Et de qualifier la gestion du service de chirurgie pédiatrique sur le site de «despotique».

Un médecin qui a longtemps travaillé avec le Dr X rapporte avoir été témoin de situations où ce dernier «rudoyait» des subalternes. «C’est le rôle du formateur d’aider et de corriger les chefs de clinique en formation, mais il peut y mettre les formes. (…) Je n’ai pas beaucoup d’estime pour lui, ni comme chirurgien ni comme enseignant.» Il pointe aussi du doigt la «gestion très autoritaire» du Pr Zambelli, laquelle «crée une crainte auprès de ses collaborateurs qui ont peur pour leur carrière».

«Je pense qu’il faudrait élargir l’investigation pour crever l’abcès et donner une chance à ce service d’évoluer vers le mieux», indique une cadre en chirurgie pédiatrique – qui a eu elle-même des difficultés relationnelles avec le Dr X. Elle indique que certains chefs de clinique «ont exprimé avoir peur de lui.»

Les témoignages recueillis par Impact ne sont pas anonymes. Les deux personnes incriminées peuvent savoir qui a dit quoi à leur sujet. «Beaucoup n’osent pas parler», affirment deux collaborateurs que nous avons rencontrés. L’un est membre du personnel soignant, l’autre secrétaire. Ils dénoncent d’une seule voix «des comportements irrespectueux» et des «situations d’humiliations». «Ce service est malade depuis longtemps. Les gens se taisent depuis des années. Certains continuent de se taire, de peur d’en subir les conséquences.»

Avis contraires

À noter que les avis sont partagés. Certains témoins relèvent, dans le rapport d’Impact, les qualités des deux médecins cadres, louant leur exigence, leur rigueur, leur professionnalisme et la qualité de l’enseignement. Un médecin adjoint qualifie par exemple le Pr Zambelli «d’excellent patron», «juste» et «fédérateur». Et un cadre dit du Dr X qu’il est un «bon pédagogue, exigeant sur la façon d’opérer, lui-même étant très méthodique et systématique.» (24 heures)

Créé: 22.06.2018, 09h13

«J’ai fait de l’ordre»

Plusieurs témoignages publiés dans le rapport d’investigation visent le chef du Service de chirurgie de chirurgie de l’enfant et de l’adolescent (depuis 2007), le professeur Pierre-Yves Zambelli. Il répond aux accusations.



«Autoritaire? Peut-être parfois, mais jamais dans le but de blesser. À un moment donné, il faut prendre des décisions. Je peux me tromper mais je les prends toujours en pensant à l’intérêt de l’individu et du service. Je suis le premier à admettre que certains jours, je suis moins patient. Il peut y avoir un peu de colère. J’ai envie que les choses avancent dans ce service.»

Pierre-Yves Zambelli l’admet volontiers: son service est victime depuis longtemps de dysfonctionnements. Il explique qu’à son arrivée, il y a dix-huit mois, il a découvert une «culture de l’indécision», «des gens qui discutaient sans arrêt les décisions». «Cela a été une période difficile. Il a fallu responsabiliser les gens, leur demander de reprendre les rênes. Il y avait parmi les chefs de clinique des gens qui n’étaient pas indépendants au niveau chirurgical. J’ai fait de l’ordre, identifié les compétences des gens pour leur donner les moyens de progresser.» Et écarté d’autres? «En effet, certaines personnes étaient difficilement intégrables.»

Le Dr X, l’autre cadre mis en cause dans les témoignages recueillis par Impact, n’a pas souhaité s’exprimer.

Un recadrage des médecins, mais aucune sanction

Réactions

Le CHUV fait savoir que «certains cadres» de chirurgie pédiatrique ont fait l’objet d’un recadrage, mais pas de sanctions. «Les conclusions de ce rapport ont montré qu’il n’y a pas de raison de procéder à des sanctions dans l’état actuel des choses, indique le directeur des Ressources humaines, Antonio Racciatti. Il n’y a pas de harcèlement ni de mobbing constitué mais les témoignages indiquent que l’ambiance n’est pas facile et que cela dure depuis quelque temps.»

Une réalité liée, selon lui, au fait que ce service est en mutation, sujet à des changements «plus ou moins bien acceptés. Nous sommes donc dans un processus d’ajustements et d’alignement de visions diverses, ce qui peut générer des difficultés.» Rappelons que la pédiatrie va être regroupée dans le futur Hôpital des Enfants à l’horizon 2022. En 2014, l’instauration d’une collaboration entre les professionnels du CHUV et des HUG au sein du Centre universitaire romand de chirurgie pédiatrique a aussi changé la donne.

«Les cadres et le chef de service se doivent d’être exigeants afin de garantir la qualité et la sécurité des jeunes patients qu’ils prennent en charge, continue Antonio Racciatti. Sur la forme, l’autorité de certains cadres est exprimée d’une manière qui n’est pas toujours comprise. Je suis intervenu, comme j’interviens ailleurs dans l’institution, pour rappeler les règles et attentes institutionnelles en matière de management: l’autorité peut s’exprimer mais avec écoute, considération et respect.»

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