Mobilisation contre un herbicide clé de Syngenta

Industrie chimiqueUn rapport souligne les risques sanitaires liés à l’utilisation du Paraquat en Inde. Le principal producteur demeure le suisse Syngenta.

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Une histoire de mondialisation. De pauvreté. D’éducation. Et de multinationale. Publié jeudi, un nouveau rapport réalisé par l’antenne indienne de l’organisation Pesticide Action Network – avec le soutien de la Déclaration de Berne et du syndicat international des travailleurs agricoles (UIF) – met une nouvelle fois à jour les problèmes de santé que posent l’utilisation sans protection d’un des herbicides les plus commercialisés au monde. Le Paraquat, un composant vendu sous une quinzaine de marques – le brevet est tombé dans le domaine public – mais dont le principal producteur reste le géant Syngenta.

Réalisée dans six Etats de l’Inde, cette enquête décrit notamment comment les agriculteurs achètent, au détail, le produit chimique bleu dans des bouteilles plastiques. Sans aucune information sur les risques causés par un produit interdit en Suisse depuis 1989 en raison de sa «toxicité aiguë».

Seul un quart des Indiens interrogés par le Pesticide Action Network indiquent avoir recours à une quelconque protection – ne serait-ce qu’une chemise à manches longues – durant sa diffusion. Et près d’un fermier sur cinq admet même doper l’efficacité du produit en lui adjoignant du shampooing, du sel ou du kérosène. Le Paraquat est sprayé en général avant les plantations pour éliminer les graminées. Mais il est aussi utilisé pour éclaircir les rangées des plantations de thé. Tristement, c’est aussi le poison auquel les agriculteurs mettant fin à leurs jours ont le plus recours.

Les effets secondaires de son utilisation vont des affections dermatologiques à des vomissements, maux de tête ou des tremblements. «Les paysans sont conscients de la toxicité du Paraquat mais en raison de problèmes d’effectifs pour l’arrachage des herbes à la main, ils ont recours au produit chimique qui coûte moins cher et demande moins d’efforts», admet l’étude. Aux Etats-Unis, l’utilisation du Paraquat, très encadrée, «exige le port d’une combinaison, d’un tablier, de lunettes et d’un masque filtrant», rappelle François Meienberg, spécialiste de la question au sein de la Déclaration de Berne.

Contacté vendredi, le groupe Syngenta dit être en train d’étudier le rapport. «Nous nous plions aux règles de chaque pays dans lesquels nous opérons et faisons tous les efforts pour éviter l’utilisation sans autorisation ou inadéquate de nos produits», rappelle une porte-parole. Ce travail d’enquête en Inde est publié quelques jours après le dévoilement par la revue Lancet d’un rapport de l’OMS qualifiant le glyphosate – le composant actif du RoundUp, le plus utilisé des herbicides, fabriqué par Monsanto – de «probablement cancérigène». La multinationale américaine, qui vend près de 5 milliards de dollars de RoundUp par an, a mis en doute les conclusions du rapport. Selon une étude commissionnée par Syngenta et citée par l’agence Reuters, les ventes de Paraquat représentaient, elles, 640 millions en 2011.

Pesticide Action Network et les organisations associées appellent au terme de leur enquête à «prendre les mesures pour interdire progressivement le Paraquat en Inde». Une première étape pourrait être franchie du 12 au 14 mai prochains à Genève, à l’occasion de la réunion des 154 pays de la Convention de Rotterdam sur les produits chimiques. Il y sera proposé d’inscrire le Paraquat sur la liste des produits à risque: leur exportation est placée sous contrôle, nécessitant une autorisation formelle du pays auxquels ils sont destinés. Pourtant, lors du dernier sommet de la Convention de Rotterdam, deux pays avaient bloqué cette mise au ban du Paraquat. Parmi ceux-ci figurait l’Inde.

Créé: 24.04.2015, 22h39

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