On modifie ses perceptions grâce à l’auto-hypnose

SantéCet état de transe naturelle agit sur la douleur, le sommeil ou l’anxiété, chez soi comme à l’hôpital.

Image: Lionel Portier

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Chacun fait de l’autohypnose sans s’en rendre compte. En conduisant sa voiture perdu dans ses pensées mais attentif malgré tout aux piétons; plongé dans un livre sans être concentré sur son contenu. «Ce sont déjà des états d’autohypnose non contrôlés», explique Dany Dan Debeix, fondateur de l’Ecole centrale d’hypnose française. Lui comme de nombreux autres thérapeutes présentent les bienfaits de cette pratique ce week-end au Salon des médecines naturelles et du bien-être – Mednat – au Palais de Beaulieu à Lausanne.

Dany Dan Debeix l’a découverte dans les années 1970 suite à un grave accident de voiture. Si l’autohypnose permet de mieux gérer la douleur ou encore l’anxiété au quotidien, elle est aussi pratiquée par certains sportifs. «En apprenant à développer l’audition et la vision périphérique par exemple, les navigateurs sont capables de garder leurs sens en éveil, d’être toujours attentifs aux bruits suspects pendant de longues traversées», explique-t-il. Bertrand Piccard, lui, y a recours pour contrôler ses moments de repos à bord de Solar Impulse.

«On pense que l’hypnose ou cette transe naturelle a un effet proche du sommeil paradoxal, qui permet de régénérer notre système nerveux de façon à ne pas avoir besoin de sommeil comme en temps normal, explique Eric Bonvin, psychiatre et directeur de l’Hôpital du Valais. Bertrand Piccard peut rester ainsi plusieurs jours en vol sans dormir à proprement parler mais avec des phases de récupération qui sont contrôlées.»

L’autohypnose joue sur les mécanismes naturels de l’attention. «Cet état est induit volontairement et orienté vers un but choisi par la personne qui la pratique, continue le psychiatre. L’expérience est très utile car elle permet de modifier nos perceptions de ce qui nous environne ou nous arrive. Par exemple, si on a mal au bras, on va agir sur la perception de la douleur liée à cette partie du corps.L’autohypnose est un processus simple, tout le monde peut s’y initier», poursuit le psychiatre. Dans le large choix de formations possibles, il recommande de garder en tête que ce n’est «ni une religion, ni une philosophie, ni un modèle de pensée. Chacun prend ce qui lui convient. On peut s’exercer en prenant un instant pour soi tout en portant son attention sur quelque chose d’agréable ou un endroit rassurant puis se laisser absorber.»

En médecine, l’hypnose a fait sa première apparition au XIXe siècle, ouvrant la voie à l’usage des anesthésiants. Aujourd’hui, elle est régulièrement pratiquée à l’hôpital. Maryse Davadant, infirmière et hypno-praticienne au CHUV, la propose aux patients du Service des grands brûlés pour améliorer la prise en charge de la douleur.

«Nous l’avons introduite en 2007 après avoir mené une étude sur une vingtaine de patients. Les personnes ayant eu recours à l’hypnose consommaient moins d’antalgiques, montraient une meilleure cicatrisation et la durée de leur hospitalisation était plus courte. Dès que les patients sont capables de faire de l’autohypnose, ils deviennent acteurs.» Les soins, particulièrement douloureux, sont appréhendés avec moins de stress et ces petits moments pour eux-mêmes les aident aussi à mieux dormir, à prendre un peu de distance et à se ressourcer. «Plusieurs patients m’ont dit qu’ils utilisaient désormais cette technique dans leur quotidien.» Elle est d’ailleurs également proposée aux soignants. (24 heures)

Créé: 28.03.2015, 09h16

Infos pratiques

www.mednatexpo.ch
Jusqu’à dimanche.
www.irhys.ch

«J’ai été surpris de découvrir ma réceptivité à l’état hypnotique»

En 2008, Olivier Ciampi, chef d’entreprise dans le domaine de la construction, est victime d’un accident de karting. Le véhicule prend feu, brûlant sa jambe au 3e degré.
Il est conduit au Service des grands brûlés du CHUV, où il sera soigné pendant un mois.

«Dès les premiers jours, on m’a proposé des séances d’hypnose pour l’accompagnement de la douleur. Je ne m’y étais jamais intéressé jusque-là. J’ai d’abord eu un petit sourire en coin, sans être très convaincu, puis je me suis dit: «Pourquoi pas?» J’ai eu un bon contact avec l’infirmière praticienne. Le relationnel avec le thérapeute est important pour se sentir en confiance. Il faut aussi y croire. J’ai été très surpris de découvrir ma réceptivité à l’état hypnotique. On reste conscient tout en se projetant dans un contexte rassurant et confortable. Pour ma part, je pouvais m’imaginer dans des endroits que j’aime comme la terrasse d’un chalet ou sur un circuit automobile. J’ai observé que j’arrivais à détourner mon attention et à ne plus penser à la douleur. C’est un moment de relâchement pendant lequel le corps fait une pause. Cela m’a aussi aidé à libérer mon esprit. Sous hypnose, j’ai pu subir de petites interventions sans antalgiques supplémentaires. J’ai vite acquis les outils pour le faire moi-même et je l’utilise désormais dans ma vie quotidienne. Comme je suis incapable de faire des siestes, j’essaie le plus souvent possible de prendre 15 minutes pour récupérer, faire une pause, sans être endormi pour autant.»

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