Une molécule géante pour lutter contre Ebola

ChimieDes scientifiques ont synthétisé des mégamolécules qui bloquent l’entrée du virus dans des cellules.

Mégamolécule, comprenant 120 unités de sucre, observées au microscope électronique à transmission.

Mégamolécule, comprenant 120 unités de sucre, observées au microscope électronique à transmission. Image: Jean-François Nierengarten

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«Les virus fonctionnent un peu comme du Velcro, raconte Jean-François Nierengarten, professeur à l’Ecole de Chimie, des Polymères et des Matériaux (ECPM), à Strasbourg. Ils possèdent des crochets, qui sont en réalité des sucres, qui vont leur permettre de s’accrocher à des récepteurs de la surface membranaire. Une fois cette liaison effectuée, ils pénètrent dans la cellule et utilisent la machinerie cellulaire pour se multiplier.»

Ainsi, dans le cas d’Ebola, le récepteur DC-SIGN reconnaît certaines glycoprotéines - des protéines sur lesquelles sont greffés des sucres - arborées par le virus. Pour bloquer l’infection, une piste consiste à concevoir des molécules qui se lient aux récepteurs DC-SIGN. «Mais pour que cela fonctionne, il faut que ces molécules possèdent une plus grande affinité pour la membrane cellulaire que les pathogènes, souligne Jean-François Nierengarten. Comme les virus possèdent de très nombreux crochets, il faut synthétiser des molécules géantes qui en ont encore plus. Mais jusqu’ici, fabriquer ce type de composés restait extrêmement fastidieux.»

Activité antivirale remarquable

Une collaboration internationale de chimistes a trouvé un moyen d’améliorer le processus. Leurs travaux, publiés lundi 9 novembre dans la revue Nature Chemistry, montrent qu’il est possible de synthétiser facilement des mégamolécules, portant 120 sucres, en assemblant progressivement des fullerènes - des molécules à douze branches.

In vitro, ces composés géants sont parvenus à se fixer au récepteur DC-SIGN et à inhiber l’entrée du virus Ebola dans des cellules humaines en culture. «Leur activité antivirale s’est révélée remarquable – supérieure de 33% à celle des antiviraux classiques, se félicite Jean-François Nierengarten, l’un des auteurs de l’étude. Au-delà d’Ebola, d’autres pathogènes, comme le virus du sida, utilisent aussi le récepteur DC-SIGN comme porte d’entrée dans les cellules. Les mégamolécules pourraient donc avoir de nombreux champs d’applications.»

Mais avant de rêver à d’éventuelles thérapies contre ces maladies, il reste de nombreuses étapes à franchir, notamment des tests in vivo.

Créé: 09.11.2015, 17h17

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